Le CUSM, toujours plus gros

Les trois établissements de santé bilingues de Montréal pourraient être fusionnés pour former un mégaétablissement dont le budget excéderait les 2,5 milliards de dollars.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les trois établissements de santé bilingues de Montréal pourraient être fusionnés pour former un mégaétablissement dont le budget excéderait les 2,5 milliards de dollars.

Le candidat pressenti à la direction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) aurait l’ambition de secouer les structures : sous sa gouverne, les trois établissements de santé bilingues de Montréal pourraient être fusionnés pour former un mégaétablissement dont le budget excéderait les 2,5 milliards de dollars.

Le scénario du regroupement du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), du CIUSSS de l’Ouest et du CIUSSS Centre-Ouest de Montréal aurait été mis de l’avant par le candidat approuvé par le CA du CUSM, le Dr Lawrence Rosenberg, selon le quotidien The Gazette, qui a écrit sur cette affaire ces derniers jours.

Le p.-d.g. du CUSM, Normand Rinfret, prenait sa retraite vendredi dernier.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette est resté muet mardi sur ces rumeurs. C’est à lui, ultimement, que revient le privilège de nommer celui qui prendra les rênes de l’hôpital universitaire. Une décision qui pourrait bouleverser à nouveau les structures alors que le réseau est toujours au coeur de la réforme administrative la plus importante de son histoire.

Plusieurs scénarios

Le conseil d’administration du CUSM a recommandé la nomination du Dr Lawrence Rosenberg, l’actuel p.-d.g. du CIUSSS Centre-Ouest, à la tête du mégahôpital universitaire, confirme le Dr Rosenberg lui-même dans une note interne envoyée le 1er septembre. Ce CIUSSS comprend l’Hôpital général juif, dont la direction était assurée par le Dr Rosenberg avant les fusions entraînées par le projet de loi 10.

Mais, s’il est nommé, le Dr Rosenberg avertit qu’il n’a pas l’intention de quitter son poste actuel. « Je ne le ferai pas », écrit-il dans la note.

« J’ai dit au comité que mon intérêt principal est de créer un réseau de santé articulé autour de l’Université McGill beaucoup plus intégré, qui ajoutera de la valeur à tout le continuum de services de soins de santé offerts à la communauté. Étant donné que cette vision implique de nouvelles formes de coopération entre les différentes institutions de soins de santé affiliées à McGill qui servent la communauté, les idées que j’ai mises de l’avant seront mieux servies si j’assume les deux postes », ajoute-t-il.

Usagers inquiets

Des hôpitaux affiliés à l’Université McGill sont disséminés tant au sein de l’entité du CUSM que des CIUSSS de l’Ouest et du Centre-Ouest. Selon The Gazette, qui cite des sources anonymes, le véritable projet du Dr Rosenberg est de fusionner ces trois entités. Le CIUSSS Centre-Ouest n’a pas souhaité commenter l’affaire mardi, pas plus que le CUSM.

Les « idées annexionnistes » de Lawrence Rosenberg inquiètent Amy Ma, qui est coprésidente du Comité des usagers du CUSM. « Un mandat a été donné au CA pour remplacer M. Rinfret, pas une carte blanche ! » dit-elle en entrevue.

Un CUSM fusionné aux CIUSSS serait « beaucoup trop gros » et les usagers y perdraient au change, juge Amy Ma.

« Quelle serait la prochaine étape ? Fusionner le CHUM et les établissements francophones de Montréal ? Où ça s’arrête ? » demande-t-elle.

Un projet sur l’axe ouest

Dans une note interne envoyée vendredi, le président du CA du CIUSSS de l’Ouest, Richard Legault, reconnaît lui aussi qu’une « réorganisation » est sur la table. Des discussions ont été entamées avec l’administration du CUSM à ce sujet, indique M. Legault.

Selon The Gazette, le président-directeur général du CIUSSS de l’Ouest, Benoît Morin, a lui aussi présenté sa candidature pour succéder à Normand Rinfret à la tête du CUSM. Il défendrait l’idée d’une fusion du CIUSSS de l’Ouest avec le CUSM, un projet moins ambitieux que celui du Dr Rosenberg.

« Nous ne commentons pas et n’accordons pas d’entrevue », a indiqué au Devoir le service des communications du CIUSSS de l’Ouest.

La note interne envoyée par M. Legault porte à croire que Québec n’a pas encore tranché entre les deux scénarios.

« Nous n’avons pas de commentaires à faire. Pour ce qui est du processus de nomination du remplaçant de M. Rinfret, il suit son cours », s’est contenté de répondre l’attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette, Julie White.

Depuis le départ de M. Rinfret vendredi, c’est la p.-d.g. adjointe du CUSM, Martine Alfonso, qui assure l’intérim.

Questionné par Le Devoir à ce sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a indiqué qu’il n’avait pas en sa possession d’études de faisabilité sur la fusion des établissements de santé de l’ouest de Montréal.

Mégaétablissements

Déjà, les trois établissements de santé en cause sont imposants. Mais s’ils devaient fusionner, l’entité qui en résulterait gérerait un budget dépassant les 2,5 milliards de dollars, a calculé Le Devoir. C’est 7 % du budget de dépense total du MSSS. Le tout pour 10 hôpitaux et plus de 80 points de service, comme des CLSC, des centres de réadaptation et des centres d’hébergement. À titre de comparaison, le budget du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est de près de 1 milliard de dollars.

Lors des débats autour du projet de loi 10, la communauté anglophone s’inquiétait de l’impact des fusions sur sa capacité à faire entendre sa voix dans le réseau de la santé. Aujourd’hui, le Quebec Community Group Network ne rejette pas d’emblée l’idée de nouvelles fusions.

« Ce n’est pas nécessairement illogique [de regrouper les trois établissements bilingues], indique sa directrice des communications, Rita Legault. Mais avant de commenter des rumeurs, nous allons attendre de pouvoir comprendre et analyser une proposition réelle. »

La possibilité de nouvelles fusions, alors que le réseau a atteint un niveau de concentration historique avec seulement 29 établissements, en excluant ceux du nord, fait sursauter la présidente-directrice générale de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, Carole Trempe. « À ce compte, pourquoi ne pas créer un seul centre de santé universitaire intégré pour tout le Québec, qui serait dirigé par Gaétan Barrette », ironise-t-elle.

Elle doute toujours que les économies d’échelle promises par Québec dans la foulée de cette réorganisation majeure soient au rendez-vous.


9 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 7 septembre 2016 07 h 42

    Mégalomanie contagieuse

    Il règne chez certains hauts dirigeants une mégalomanie rampante et contagieuse.

    Le patient est le grain de poussière qui obstrue leurs branchies...

    • Robert Beauchamp - Abonné 7 septembre 2016 11 h 19

      Des monstres pour ne pas dire des empires qui devienent de plus en plus ingerables.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 septembre 2016 14 h 24

      Si le Quebec Community Group Network est d'accord avec cette fusion,c'est que ca deviendra plutot anglophone que bilingue. D'abord ce CUSM a été une erreur,pouvons-nous supporter deux méga-hopitaux a Montreal si ce n'est que s'attacher des votes de la minorité la plus choyée au monde,comparée avec les minorotés francophone dans le ROC. Toujours un cheval et un lapin....Que voulez-vous....c'est ainsi dans le plus meilleur pays du monde,n'est-ce pas ?

  • Mathieu Larrivée - Abonné 7 septembre 2016 07 h 52

    Ironise-t-elle ?

    « À ce compte, pourquoi ne pas créer un seul centre de santé universitaire intégré pour tout le Québec, qui serait dirigé par Gaétan Barrette », ironise-t-elle.

    Ce n'est pas de l'ironie. C'est la réelle ambition de Gaetan Barrette. Le Québec, un gros hopital avec Barrette comme PDG.

    • Johanne Fontaine - Abonnée 7 septembre 2016 10 h 58

      J'estime la chose déjà réalisée,
      et le Québec,
      avec la caste qui le gouverne
      potentat médical sui generis,
      à l'agonie depuis fort longtemps.

  • Pierre Robineault - Abonné 7 septembre 2016 09 h 08

    Les "vrais de vrais" médecins

    Et qu'en pensent les médecins eux-mêmes ... avant de quitter le réseau pour ne pas se voir engouffrés par un tel monstre administratif?

  • Claude Rondeau - Abonné 7 septembre 2016 09 h 31

    Pourquoi pas ?

    Pourquoi pas un ministère de la santé pour l'ouest de Montréal ? Bilingue, bien sûr !

    Et pourquoi s'embêter du gouvernement du Québec ? Le CA suffirrait bien à la tâche.

    Gaétan Barette devrait exerçer ses talents et montrer sonn autorité.

    C Rondeau

  • Denis Paquette - Abonné 7 septembre 2016 10 h 42

    Efficience ou mégalomanie

    Est-ce de l'efficience ou de la mégalomanie, j'aimerais que l'on m'explique et que l'on m'aide a comprendre, avoir une masse critique est important, mais le gigantisme n'est-il quelque part anti efficience, a l'exception évidemment du salaire des administrateurs, faut- il laisser des mégalomanes se faire une carriere en douce, au détriement de l'efficience, je crois qu'il faut se méfier, de ces approches, la mégalomanie devient a la mode, peut- etre est- ce pas le produit des nouvelles communications, peut-etre faudrait-il que des chercheurs se penchent sur ce nouveau phénomene, plus rien ne devient abordable , je vous laisse y réfléchir