Décès de la première femme au monde greffée du visage

La Française Isabelle Dinoire lors d'une conférence de presse en 2006.
Photo: Denis Charlet Agence France-Presse La Française Isabelle Dinoire lors d'une conférence de presse en 2006.

La Française Isabelle Dinoire, la première patiente au monde greffée du visage, est morte en avril dernier d’« une longue maladie », un peu plus de dix ans après une opération qui reste exceptionnelle et difficile à maîtriser.

Défigurée par son chien, Isabelle Dinoire devient à 38 ans la première personne au monde à bénéficier d’une greffe du triangle facial formé par le nez, la bouche et la mâchoire. 

L’opération est réalisée par une équipe comprenant le professeur Bernard Devauchelle, spécialiste de chirurgie maxillo-faciale, et le professeur Jean-Michel Dubernard, chirurgien français mondialement connu pour avoir effectué la première greffe d’une main en 1998.

La mort de la Française, le 22 avril, avait été tue depuis afin de préserver l’intimité de sa famille, selon l’hôpital d’Amiens, qui la suivait depuis l’intervention.

Espoirs dans le monde médical
En 2005, cette première avait soulevé de grands espoirs dans le monde pour les blessés de la face : accidentés, grands brûlés, victimes d’arme à feu…. Depuis, les États-Unis, l’Espagne, la Chine, la Belgique, la Pologne et la Turquie se sont lancés dans ce type de transplantation, partielle ou totale.

En mars 2010, une équipe espagnole réalise la première greffe totale du visage sur un homme souffrant de difformité suite à un accident. Une opération similaire est menée en juin de la même année par l’équipe française d’Henri Mondor à Créteil, en région parisienne.

Mais malgré l’enthousiasme des débuts, les risques de rejet à court et à long terme de tissus provenant d’un donneur décédé demeurent l’un des défis de cette chirurgie lourde et complexe.

Rejet du greffon
Selon le quotidien français Le Figaro, Isabelle Dinoire avait subi l’hiver dernier un « rejet du greffon et avait perdu une partie de l’usage de ses lèvres ». « Les lourds traitements anti-rejet qu’elle devait prendre à vie avaient favorisé la survenue de deux cancers », d’après le journal.« Tous les patients qu’on a opérés ont fait des rejets, ce qui conduit à augmenter les doses de médicaments et avec, les risques », fait valoir le Dr Jean-Pierre Meningaud, de l’hôpital Henri Mondor à Créteil, qui a réalisé 7 greffes de la face. Parmi ces sept patients, deux sont décédés, selon lui.

Les traitements immunosuppresseurs destinés à empêcher l’organisme du receveur de rejeter organes ou tissus greffés ont dans l’ensemble contribué aux succès des autres greffes. Mais cancers et lymphomes sont devenus plus fréquents chez les transplantés en général.

« Indépendamment des cancers, la facture est un peu lourde : on a des greffons qui vieillissent un peu plus vite que les gens, des problèmes de couleur (de peau), d’hypertension, d’humeur…, égrène le Dr Meningaud. Le visage du greffé ne passe pas inaperçu, contrairement aux espérances du début. »

« Je pense qu’il faut marquer une pause sur cette greffe tant que l’immunologie n’aura pas progressé », juge-t-il. « Il y a eu une bonne trentaine de greffes de face dans le monde. En dix ans, si c’était vraiment fabuleux, on en aurait 500 », lance-t-il, en pointant que « depuis, la chirurgie conventionnelle réparatrice a progressé ».

Selon le Pr Olivier Bastien, directeur du prélèvement de la greffe d’organes et des tissus de l’agence française de biomédecine, « il y a eu dix greffes partielles ou plus complètes du visage en France et huit des receveurs sont encore vivants ». Mais les difficultés subsistent dans ce type de greffes. « On n’est pas encore sorti de la phase de recherche », souligne-t-il.