Le Dr Amer Omar pourra continuer de pratiquer

Amer Omar n’est pas arrivé à obtenir la note de passage dans la portion « expression écrite » du test de français.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Amer Omar n’est pas arrivé à obtenir la note de passage dans la portion « expression écrite » du test de français.

L’ophtalmologiste Amer Omar pourra de nouveau soigner ses patients, et ce, même s’il n’a pas complètement réussi l’examen de français obligatoire. Le Collège des médecins a décidé d’octroyer un autre permis temporaire d’un an à ce spécialiste des maladies génétiques de la rétine, le seul au Québec à pratiquer dans ce domaine particulier.

« Je suis très heureux, je pense surtout à mes patients », a-t-il dit, en entrevue téléphonique au Devoir. M. Omar, qui comprend bien le français et s’exprime aisément à l’oral, devra toutefois réussir l’examen de l’Office québécois de la langue française pour avoir un permis « permanent ».

Son troisième permis temporaire était venu à échéance le 30 juin dernier. La Charte de la langue française prévoit que certains ordres professionnels, dont le Collège des médecins (CMQ), ne peuvent renouveler ce permis annuel que trois fois. Au terme de ce délai, si l’examen administré par l’Office québécois de la langue française (OQLF) n’est pas réussi, le professionnel ne peut voir son permis renouvelé. C’est ce qui est arrivé au médecin canadien d’origine égyptienne, Amer Omar, qui, après trois ans de permis temporaire, n’est pas arrivé à obtenir la note de passage dans la portion « expression écrite » du test de français. Il s’est retrouvé sans permis de pratique le 1er juillet dernier.

Le comité exécutif du Collège des médecins, qui se réunissait jeudi, a pris la décision de lui renouveler son permis pour une 4e fois, en vertu de l’article 41 du Code des professions. Ce dernier stipule que « le conseil d’administration d’un ordre peut délivrer aux conditions que le conseil d’administration détermine […] un permis temporaire valable pour un an et renouvelable ». S’il en avait le pouvoir, pourquoi le Collège des médecins n’a-t-il pas renouvelé aussitôt le permis du Dr Omar lorsque celui-ci venait à échéance ?

Par la voix de sa relationniste de presse, le Collège des médecins a simplement indiqué que c’était le comité exécutif qui devait se pencher sur ce cas et que sa première réunion depuis l’expiration du permis de Dr Omar n’a pu avoir lieu que jeudi dernier. « Les rencontres du comité exécutif sont prévues à l’avance et plusieurs sujets sont à l’ordre du jour », a expliqué Caroline Langis, du CMQ.

De nombreuses réactions

Révélée dans Le Devoir mercredi, l’histoire de ce médecin âgé de 37 ans, qui a étudié la médecine familiale en Ontario, mais qui a pratiqué au Québec en plus d’y faire une spécialité en ophtalmologie, a provoqué grand bruit. Amer Omar, qui se désolait d’avoir laissé ses patients « orphelins », dit avoir reçu des dizaines de demandes d’entrevue de médias de partout au Canada et même d’Angleterre.

M. Omar déplorait de ne pas pouvoir prodiguer des soins aux Québécois, alors que c’est à Montréal qu’il avait choisi de travailler. Malgré qu’il soit au Canada — et surtout au Québec — depuis 1997 et que son épouse est une Québécoise francophone, le français écrit est sa bête noire. Il a eu 37 % lors de son dernier examen d’« expression écrite », qu’il reprenait pour la 7e fois, a indiqué l’OQLF. L’Office a d’ailleurs tenu à préciser qu’il n’a aucune responsabilité dans l’octroi des permis, un privilège réservé aux ordres, et qu’il n’a qu’un rôle d’intermédiaire : celui d’administrer, de corriger et donc d’évaluer les connaissances en français d’un individu. C’est en vertu de la Charte de la langue française, et non parce que l’OQLF le décide, que certains professionnels qui veulent exercer au Québec doivent réussir le test de français. Le « Règlement sur la délivrance d’attestations de connaissance de la langue officielle en vue de l’admission aux ordres professionnels et sur certains équivalents à ces attestations » — un titre pour le moins prolixe — dicte quant à lui certaines conditions, comme la reprise de l’examen après un délai de trois mois minimum. L’OQLF fait passer 2500 examens par année.

16 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 3 septembre 2016 09 h 43

    Et bien docteur Omar, vous êtes un cancre... Rien de moins!

    Et tous les organismes qui cherchent à ne pas se prononcer itou...

    • Lise Bélanger - Abonnée 4 septembre 2016 08 h 51

      C'est un jour de deuil. Deuil de mon droit au respect de la langue française et de mon droit à un dossier médical dans ma langue.

      Ceci est la suite logique des deux méga centres hospitaliers au Québec: un pour le peuple et un autre pour l'élite anglophone.

  • Nicole Delisle - Abonné 3 septembre 2016 09 h 59

    Sectaire et déconnecté!

    Verra-t-on un jour ce Collège des médecins travailler réellement pour l'ensemble de la
    population et non juste pour eux-mêmes? Existe-t-il juste pour favoriser le statut
    tres sectaire de leur profession et tous les avantages pécuniers qui viennent avec
    ce titre? C'est une confrérie tellement fermée qui n'entre pas qui veut! Quand on empêche des médecins compétents et parfois rarissimes de pratiquer sous un prétexte discutable, ce sont les québécois que l'on prive d'une expertise indéniable.
    Quand verra-t-on entrer le modernisme et l'ouverture dans ce club si privé? Bien sûr, il faut s'assurer de la compétence des candidats, mais leur mettre des bâtons dans les roues, où les faire patienter des années en leur faisant pratiquement refaire
    leur cours de médecine, c'est tout simplement un traitement inadmissible. Le citoyen
    qui attend des mois et des années pour se faire soigner adéquatement exige plus et
    mieux de ses médecins et ne comprend pas que cet organisme fait plus pour contrôler ses pouvoirs que pour avantager et faciliter l'accès des citoyens à une
    médecine de qualité en acceptant des nouveaux membres qualifiés! À vouloir trop jouer au petit roi, on finit par y perdre sa couronne!

  • Serge Sokolski - Abonné 3 septembre 2016 10 h 55

    Le français: impossible à écrire

    Refuser à un spécialiste (ou non) d'exercer parce qu'il parle français mais ne l'écrit pas assez bien relève d'une intransigeance injustifiable. Écrire en français est une tâche complexe. Voyez à quel point les francophones massacrent leur propre langue (pas seulement écrite et ce, à tous les niveaux académiques). Y a-t-il beaucoup d'autres langues pour lesquelles il y a des concours d'orthographe? La dictée de Bernard Pivot, ça vous dit quelque chose? Francophone et farouche défenseur d'une belle langue, j'ai appris l'allemand, le russe et l'espagnol. Je n'ai jamais eu de problème à écrire dans ces langues. Maintenant que j'écris beaucoup en espagnol, je cafouille en français et suis tout le temps en train de me demander combien de l, combien de m, combien de p etc. Chaque mot est un musée qui traîne son histoire ancienne. Le français est une des langues à alphabet latin la plus difficile à écrire. Parfois sans rapport avec la langue parlée. Un mot de 7 lettres dont vous n'en prononcez aucune: oiseaux. Allez donc écrire sans fautes après ça!
    Commençons par bien parler et bien écrire nous-mêmes. Après on verra...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 3 septembre 2016 13 h 19

      @ Serge Sokolski M. Omar est un médecin, un docteur...
      Vous êtes un citoyen lambda qui n'avez pas à prescrire, rédiger et
      présenter des verdicts, ordonnances ou comptes-rendus sur l'état de santé voire, sur la vie d'une personne. Voilà d'où l'importance capitale
      pour le docteur Omar de savoir l'écrire...et bien l'écrire.

      M. Sokolski, faire un effort pour bien faire ce qu'on a à faire...voilà comment on doit réagir . Cela vaut autant pour vous, le docteur Omar et ...moi !

    • Louise Collette - Abonnée 4 septembre 2016 06 h 53

      Bravo Madame Sévigny, on parle de la santé et de la vie des gens ici.....
      Question de vie ou de mort parfois, il faut savoir rédiger des rapports en français compréhensible, sans l'ombre d'un doute.

  • Benoît Poulin - Inscrit 3 septembre 2016 13 h 59

    Scandale

    Scandale: Fait qui heurte la conscience, le bon sens, la morale, suscite l'émotion, la révolte (Larousse).
    C'est manifestement le cas ici.

  • Jana Havrankova - Abonnée 3 septembre 2016 16 h 15

    Oui, scandale!

    Ce qui est scandaleux, c'est que trois articles plus tard, le lecteur ne peut toujours pas se faire une idée si le docteur Omar est un cancre qui n'arrive pas à écrire un français correct pour être compris par des collaborateurs qui lisent ses notes et par les pharmaciens qui remplissent ses prescriptions ou si L'OQLF s'enfarge (désolée pour le québécisme!) dans les arcanes de la langue française : combien y a-t-il de « l » dans bal(l)ade (chanson ou promenade), le verbe pallier doit-il ou non être suivi de la préposition « à », le verbe « supporter » peut-il remplacer « soutenir » sans passer pour un anglicisme, etc, etc.
    Peut-on enfin avoir un échantillon de cet examen ou va-t-il falloir qu'on aille le passer pour savoir de quoi il retourne?

    • Raymond Labelle - Abonné 4 septembre 2016 08 h 10

      Il serait en effet intéressant de voir une copie des examens passés (ou d'un ou deux) pour avoir une idée du degré de difficulté de ceux-ci. Je ne sais pas si c'est affiché ou non au site de l'OQLF.