Le cas du spécialiste Amer Omar sous la loupe du Collège des médecins

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée

Le sort d’Amer Omar, un médecin spécialiste des maladies génétiques de la rétine, de Montréal, est toujours incertain, mais son histoire pourrait connaître un dénouement imminent.

Selon l’Office québécois de la langue française (OQLF), aucune dérogation ne semble possible pour cet ophtalmologiste qui s’est vu retirer son permis faute d’avoir réussi le test de français obligatoire, mais le Collège des médecins s’est réuni jeudi en comité exécutif pour en discuter et prendre une décision, a-t-on indiqué au Devoir.

Quant au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et celui responsable de la Charte de la langue française, Luc Fortin, ils se sont faits plutôt discrets, refusant de commenter ce cas particulier, préférant renvoyer le dossier dans le camp de l’OQLF.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a quant à elle pris la balle au bond, reconnaissant qu’il y avait un problème dans les admissions aux ordres professionnels et qu’il fallait agir. « Bien souvent, il y a des gens qui se retrouvent dans des situations où ils n’arrivent pas à faire reconnaître leurs acquis ou intégrer un [ordre]. On se lance un peu la balle car il n’y a pas d’instance à laquelle l’individu qui traverse ces difficultés peut s’adresser pour arriver à déterminer les problèmes », a dit la ministre Vallée en entrevue au Devoir.

Son projet de loi 98, présentement à l’étude en commission parlementaire, vise justement à élargir le rôle d’un commissaire, qui serait chargé d’entendre les problèmes, comme celui qu’éprouve le Dr Omar, et d’enjoindre aux parties visées — que ce soit les ordres professionnels, l’OQLF, les universités ou autres — de trouver une solution.

« Quand on a des gens qui ont une spécialité et des compétences et qu’on souhaite les intégrer à notre système de santé, on peut se demander “est-ce que nos façons de faire actuelles sont les meilleures ? Est-ce qu’il n’y a pas lieu de revoir certaines choses à l’intérieur du système pour l’adapter ?” »

Pas de dérogation

Questionné sur la possibilité d’offrir une dérogation, notamment pour le cas du Dr Omar, qui est ultraspécialisé dans son domaine et qui laisse en plan des patients qui ont besoin de soins, l’OQLF est demeuré ferme. Il a indiqué qu’il avait déjà approuvé les trois demandes de renouvellement du permis de pratique temporaire du Dr Omar, mais qu’il ne pouvait faire plus : « L’Office ne peut pas déroger au Règlement qui prévoit un maximum de trois renouvellements », a dit sa porte-parole, Isabelle Létourneau.

Pour la ministre Stéphanie Vallée, cela « soulève des questionnements ». « On sait que l’OQLF est un organisme indépendant et autonome. Mais l’objectif serait de l’amener autour de la table pour voir comment s’assurer du respect de la langue française et de la protection du public tout en voyant s’il y a quelque chose qu’on peut faire », a-t-elle soutenu, évoquant, par exemple, la possibilité de revoir les examens ou de les adapter.

Réagissant au cas de M. Omar rapporté par Le Devoir, le chef de l’opposition officielle, Sylvain Gaudreault, a invité le gouvernement libéral à trouver une « solution particulière » à la « situation tout à fait particulière » de cet ophtalmologiste.

« L’administration gouvernementale devrait être et peut être suffisamment souple. […] La population comprendrait considérant aussi les besoins qu’on a en matière de spécialistes en santé. À un cas exceptionnel, on peut peut-être trouver des solutions exceptionnelles. C’est ma façon de voir les choses », a-t-il déclaré à la clôture du caucus présessionnel du PQ jeudi après-midi.

7 commentaires
  • Éric Deland - Abonné 2 septembre 2016 06 h 23

    Laissons l'OQLF faire son travail.

    Avant de monter en épingle le cas d'un médecin qui se prétend irremplaçable (ne le sont-ils pas tous?), il mporte de mettre en perspective la contribution de ce médecin à l'ensemble des soins ophtalmologiques au Québec. Le ton alarmiste des articles produits par Mme Gervais provoque une tempête dans un verre d'eau, en laissant entendre que les soins à la population sont compromis par cette suspension de trois mois. La consultation d'experts québécois en maladies de la rétine aurat permis une mise en perspective de la situation beaucoup plus juste.
    En tant que médecin spécialiste, je ressent beaucoup de lassitude à observer certains collègues utiliser le chantage pour obtenir des avantages indûs, qui ne sont pas consentis aux autres citoyens. La hausse fabuleuse de la rémunération consentie aux médecins spécialistes constitue l'exemple-type de l'efficacité stratégique du <<couteau sur la gorge>>, alors qu'on nous a voulu nous faire croire qu'un <<exode>> de ces professionnels hors du Québec était imminent.
    Le Dr Omar veut se hisser au dessus de la loi, prétextant qu'il est << unique>>, et que sans lui les soins ophtalmologiques au Québec s'effondreraient. Mais comment avons nous donc pu nous débrouiller pendant toutes ces années où il a travaillé à l'extérieur du Québec? Et depuis son retour, observe-t-on une <<révolution >> dans les soins ophtalmologiques dispensés?
    Tout ça, c'est manifestement de l'esbrouffe, et il est fort décevant de voir Le Devoir lancer un brulôt aussi mal documenté dans l'agora médiatique québécoise.

    Éric Deland, médecin spécialiste, Sherbrooke.

    • Pierre Robineault - Abonné 2 septembre 2016 11 h 01

      Heureusement que vous ayez décidé de vous exprimer à ce sujet, monsieur Deland!
      Votre rétorque est la seule crédible dans toute cette saga patentée jusqu'ici. Et comment avoir confiance en cette ministre à ce sujet? C'est décourageant et démobilisant à la fois!

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 2 septembre 2016 06 h 58

    La même loi pour tous

    Je ne suis pas d'accord d'un traitement particulier pour les gens en haut de la hierarchie, surtout que comme patient on doit pouvoir se faire soigner en français. Ce monsieur qui vit au Québec marié avec une francophone ne devrait pas avoir trop de difficulté à apprendre le français. OLFQ fait bien son travail dans ce dossier.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 2 septembre 2016 09 h 10

    L'icurie tout azimut de Couillard

    est responsable de tous les maux qui affligent le Québec.

  • Lucien Cimon - Inscrit 2 septembre 2016 10 h 16

    Toutes les occasions sont bonnes pour affaiblir les moyens mis en place pour protéger notre langue. Qu'un homme intelligent qui pratique la médecine en milieu francophone n'ait pas réussi à acquérir la compétence minimale exigée par l'OQLF en 14 ans est soit un signe de mauvaise volonté, soit une tactique de plus pour rogner ces protections.
    Rien de surprenant au fait que Stéphanie Vallée ait «saisi la balle au bond»: tous les efforts de ce gouvernement tendent imposer progressivement le bilinguisme institutionnel en faisant du français un obstacle à la prospérité. Cela n'est pas sans rappeler le triste épisode du pastagate; dommage que les journalistes, par absence de conscience professionnelle, participent à cette opération dénigrement.
    Bien sûr, en exploitant ces événements, le PLQ s'assure de consolider les appuis de l'électorat qui lui assure le pouvoir pour des siècles et des siècles.

  • Denis Larose - Inscrit 2 septembre 2016 10 h 38

    Ne pas vouloir

    en tant que médecin spécialiste à la retraite, je ne suis pas d'accord pour faire une exception. Que ce médecin se mette à l'étude intensive du français, et compte tenu de son niveau élevé d'intelligence, il l'apprendra. On dit que ceux qui ne peuvent apprendre une langue c'est plutôt qu'ils ne veulent pas l'apprendre.