Des patients infectés puis guéris peuvent propager l’infection à leur entourage

Les chercheurs ont visité des familles, comprenant au total 67 personnes et 15 animaux domestiques, pendant quatre mois.<br />
 
Photo: Alex Raths Getty Images Les chercheurs ont visité des familles, comprenant au total 67 personnes et 15 animaux domestiques, pendant quatre mois.
 

Même guéries de leurs symptômes, les personnes ayant souffert d’une infection au Clostridium difficile (C. difficile) peuvent transmettre la bactérie aux individus et aux animaux vivant sous le même toit qu’elles. De ce fait, ils contribuent à propager ce type d’infection dans la communauté, indique une étude de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM).

Les infections à C. difficile, qui provoquent la diarrhée et une inflammation du côlon potentiellement grave, sont principalement nosocomiales, c’est-à-dire qu’elles sont contractées au cours d’un séjour en milieu hospitalier. Des chercheurs de l’Université McGill ont voulu savoir si les personnes ayant été infectées à l’hôpital pouvaient s’avérer une source de transmission de la bactérie et de propagation de l’infection dans la communauté lorsqu’elles réintégraient leur domicile, étant donné que même après avoir été traités et guéris, de 10 à 25 % des patients restent porteurs de la bactérie ou de ses spores.

« Cette proportion varie notamment en fonction de l’âge du patient et de la souche de la bactérie, car certaines souches produisent plus de spores que d’autres et ces spores peuvent être beaucoup plus persistantes », précise le Dr Mark Miller, professeur au Département de médecine de l’Université McGill, qui est l’un des auteurs de l’étude de l’IR-CUSM qui a été publiée mercredi dans la revue Infection Control Hospital Epidemiology.

Suivi pendant quatre mois

L’étude a consisté à suivre l’entourage, les membres de la famille et les animaux domestiques de 51 patients qui sont rentrés à la maison après avoir été traités pour une infection à C. difficile contractée en milieu hospitalier ou ambulatoire, ou pendant qu’ils suivaient un traitement contre la bactérie.

Les chercheurs ont visité ces familles, comprenant au total 67 personnes et 15 animaux domestiques, pendant quatre mois.

Chaque mois, ils collectaient un échantillon de selles de tous les membres de chaque famille, et ils procédaient à des prélèvements sur les portes, les éviers de cuisine et les toilettes de la maison. Au terme des quatre mois, les chercheurs ont constaté que 13,4 % des 67 personnes vivant avec un patient guéri du C. difficile avaient contracté la bactérie et en étaient « devenues porteuses ». Et parmi ces personnes contaminées, 66 % étaient âgées de moins de cinq ans ; cinq d’entre eux portaient encore une couche.

« Cela est probablement dû au fait que les contacts directs avec les bébés et les jeunes enfants sont beaucoup plus nombreux qu’avec des adultes », avance le Dr Miller. De plus, les enfants deviennent porteurs beaucoup plus facilement que les adultes quand ils entrent en contact avec la bactérie. Il est en effet très fréquent de trouver des porteurs asymptomatiques parmi les enfants de moins d’un an.

« Si les jeunes enfants sont plus susceptibles de contracter la bactérie, ils sont par contre beaucoup moins enclins à développer une infection, et ce, même s’ils sont gravement malades. Les personnes les plus à risque de souffrir de l’infection sont les personnes âgées de plus de 65 ans », précise le chercheur.

La communauté à risque

Également, plus d’un quart (26,7 %) des animaux, en majorité des chats et des chiens, sont devenus porteurs de la bactérie au cours des quatre mois de l’étude. « Il était déjà connu que les chats, les chiens, les porcs et les chevaux peuvent être porteurs et développer une infection au C. difficile, et ensuite la retransmettre à des humains par le biais de leurs selles », confirme le Dr Miller.

Ces personnes et ces animaux devenus porteurs pourront à leur tour transmettre la bactérie à d’autres, ou devenir malades s’ils reçoivent une antibiothérapie.

« Ce fut le cas d’un membre de la famille d’un patient qui est devenu porteur et qui a développé une infection au C. difficile à la suite d’un traitement antibiotique. C’est la prise d’antibiotique qui a déclenché l’infection, car ceux-ci perturbent la flore intestinale qui ne peut plus combattre aussi efficacement le C. difficile, qui prend alors le dessus et sécrète des toxines », précise le Dr Miller.

Les résultats de l’étude indiquent que la transmission intrafamiliale aux enfants et aux animaux représente une source importante de transmission de l’infection dans la communauté, résume le chercheur, tout en rappelant que la majorité des contaminations surviennent néanmoins à l’hôpital.

Prévention

Il est très difficile d’éliminer les bactéries C difficile de l’environnement parce qu’elles produisent des spores très résistantes, précise le Dr Miller. On peut toutefois réduire leur nombre afin de prévenir la transmission en nettoyant les surfaces avec un bactéricide, comme l’eau de javel ou le peroxyde. Le Dr Miller affirme qu’il est préférable de se laver les mains avec de l’eau et du savon plutôt qu’avec des gels alcooliques après s’être approché d’une personne infectée car les spores du C difficile résistent à l’alcool. « Les gels à base d’alcool à l’entrée des hôpitaux restent néanmoins efficaces pour éliminer la plupart des bactéries, des virus et autres pathogènes », souligne-t-il.


Traitements contre le C. difficile

En général, les traitements, qui durent de 10 à 14 jours, sont très efficaces. Les taux de guérison dépassent les 90 %. Par contre, le taux de récidive est assez élevé puisqu’environ un quart des patients (25 %) rechute dans les 30 jours suivant la fin du traitement. « Et bien sûr, si l’infection réapparaît, les patients redeviennent porteurs de la bactérie qu’ils peuvent transmettre. On ne comprend toujours pas pourquoi l’infection est récurrente chez certaines personnes et pas chez d’autres qui peuvent même être porteurs de la bactérie. On sait toutefois que si la flore intestinale est modifiée en raison d’un autre traitement antibiotique administré après la guérison d’une première infection, le risque de récidive est très élevé », explique le Dr Miller.

Un programme efficace

Au début des années 2000, les hôpitaux du Québec ont connu des éclosions de la souche C. difficile 027, l’une des formes les plus pathogènes de la bactérie. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a alors mis sur pied un programme de surveillance des infections à C. difficile en milieu hospitalier. Les taux d’infection dans les hôpitaux du Québec sont aujourd’hui beaucoup moindres qu’à cette époque. Ils ne dépassent pas les six cas par 10 000 jours-présence à l’hôpital, ce qui est « un taux endémique qui n’est pas problématique », souligne le Dr Mark Miller de l’Université McGill.