L’urgence de Gatineau, une des pires du monde occidental

L’urgence de l’hôpital de Gatineau arrive dernière du «palmarès des urgences».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’urgence de l’hôpital de Gatineau arrive dernière du «palmarès des urgences».

Dans un rapport produit après le décès d’un homme de 75 ans, le coroner Pierre Bourassa décrit l’urgence de l’hôpital de Gatineau « parmi les pires du monde occidental pour les délais de soins ».

De Sale Gauthier, mort en août 2015, y a en effet attendu 20 fois plus longtemps que le « délai d’attente idéal » pour voir un médecin. Ce délai est de 30 minutes pour son niveau de priorité selon l’Échelle canadienne de triage et de gravité (ETG), alors que M. Gauthier a été vu 10 heures après son arrivée le 15 août 2015.

L’homme souffrait de sclérose latérale amyotrophique (SLA). Après s’être blessé à l’épaule en raison d’une chute, il est amené en ambulance à l’hôpital, où il est admis à 16 h 07. Le médecin le voit à 2 h 07 dans la nuit du 16 août, et une fracture de l’humérus est diagnostiquée. Il décédera le 22 août dans ce même hôpital.

Le niveau 3 de priorité avait été attribué à M. Gauthier. Le délai moyen d’attente ce jour-là pour ce niveau était de 4 h 25, note le coroner. Il souligne également que cinq patients arrivés après 16 h, jugés aussi ou moins prioritaires, ont été pris en charge avant M. Gauthier.

Le coroner Bourassa cite le commissaire à la santé et au bien-être, qui place les urgences du Québec en queue de peloton du monde occidental. L’urgence de l’hôpital de Gatineau arrive dernière du « palmarès des urgences », ayant obtenu la note de D– dans ce classement. Ce sont ces deux indicateurs mis ensemble qui lui font dire que les délais de soins y sont parmi les pires du monde occidental.

Un problème dont les administrateurs du nouveau Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) se disent « très conscients ». Le directeur des services professionnels du CISSSO, le Dr Guy Morissette, insiste cependant pour ne pas désavouer la qualité des soins : « On parle des délais d’accès à des services, pour voir un médecin, on ne parle pas de comment ils font leur travail. » Cet enjeu est provincial, rappelle-t-il, en assurant que l’établissement a déjà entrepris des actions.

Autres questions

Aline Breton Gauthier a décrit, au journal Le Droit, les derniers jours de son mari comme « une semaine de calvaire ». Elle racontait dans ce même article de janvier 2016 qu’elle avait eu du mal à obtenir de la nourriture pour M. Gauthier, que ses médicaments n’avaient pas été administrés au bon moment et qu’elle l’avait retrouvé souillé dans son lit à quelques reprises.

Ces éléments sont notés dans le rapport du coroner Bourassa, comme pouvant avoir un lien indirect. L’inscription du médecin le jour du décès — « décédé subitement sans cause évidente » — aurait dû en outre déclencher « automatiquement un avis au coroner ou au moins au directeur de l’établissement ».

Après sa médiatisation, le commissaire aux plaintes du CISSSO s’est déjà penché sur ce décès. « Il va de soi que les soins et services décrits dans votre plainte ne correspondent pas à la qualité des services attendus », écrit-il dans son rapport.

2 commentaires
  • Maxim Bernard - Abonné 27 août 2016 23 h 15

    Une honte nationale, ce système de santé

    À force de se voir succéder des gouvernements qui ne font rien pour améliorer la qualité des soins (ce qui inclut le temps d'attente), on se retrouve avec des situations comme celle-là. Bientôt, la seule manière d'être soigné adéquatement sera d'aller au privé. Peut-être que c'est ce que le gouvernement veut : ça lui coûte beaucoup moins cher comme ça.

    • Isabelle Martineau - Abonnée 29 août 2016 08 h 42

      J'ai l'intime conviction que c'est exactement ce que souhaite l'actuel gouvernement: développer le privé. Et pas pour que ça coûte moins cher à l'État, mais bien pour qu'il y ait plus de profit pour le secteur privé. Jusqu'à présent, un marché de 7 millions (ou je-ne-sais-plus-trop-combien) de personnes leur échappait. Maintenant, que le lobbyistes sont au gouvernement, ils sont à l'oeuvre et font ce qu'il faut pour remettre enfin une belle mane de revenu aux assureurs privées, aux cliniques privées, ect.