Barrette met de la pression sur les spécialistes

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a présenté mercredi des données concernant l’accès aux soins, graphique à l’appui.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a présenté mercredi des données concernant l’accès aux soins, graphique à l’appui.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, venait à peine de dévoiler mercredi les progrès dans l’atteinte des cibles imposées aux médecins spécialistes que les uns félicitaient le travail accompli et les autres critiquaient l’approche privilégiée par son gouvernement.

Par souci de « transparence », le ministre a annoncé que le nombre de patients en attente de chirurgie depuis plus d’un an est passé de 7009 à 4995 entre le 1er janvier et le 30 juin, tandis que le nombre de chirurgiens ayant des demandes en attente d’une chirurgie depuis plus d’un an est passé de 708 à 498.

Gaétan Barrette a aussi présenté les critères dont tient compte le gouvernement pour évaluer l’amélioration de l’accès aux soins en médecine spécialisée (voir encadré).

Pour le ministre, il s’agit de nouvelles encourageantes, qui doivent néanmoins amener les médecins spécialistes à « redoubler d’efforts » pour atteindre les objectifs prévus pour le 31 décembre 2017. Ceux qui ne le feront pas subiront une coupe de 30 % de leur rémunération, a-t-il rappelé.

À la Fédération des médecins spécialistes du Québec, la présidente Diane Francoeur a dit avoir bon espoir de voir les spécialistes atteindre les cibles… à condition que le gouvernement continue d’y mettre du sien. « La seule chose qui ferait en sorte qu’on ne les atteigne pas, ce serait que le gouvernement ne déploie pas les ressources nécessaires », a-t-elle commenté. Pour l’instant, la collaboration est bonne, a-t-elle assuré. « Le ministre s’est engagé à régler les problèmes à mesure qu’on les identifie pour qu’on puisse atteindre ses cibles. »

L’opposition moins optimiste

Dans l’opposition, on a décrié une approche qui privilégie la productivité au détriment de la qualité. « Les médecins qui en bénéficient le plus sont ceux qui voient leurs patients pour des consultations rapides. Nous connaissons les conséquences engendrées par cette médecine accélérée : la surprescription de médicaments, les tests et consultations inutiles, les diagnostics bâclés ou l’abandon du suivi des cas les plus complexes », a commenté Amir Khadir, député de Québec solidaire et lui-même médecin spécialiste.

Pour la porte-parole du Parti québécois en matière de santé et d’accessibilité aux soins, Diane Lamarre, la progression des indicateurs d’accessibilité aux soins montre que les cibles établies par le Dr Barrette sont irréalistes.

« Les cibles quant aux délais de réponse aux demandes de consultation à l’urgence ne concernent que les plages horaires entre 8 h et 16 h, et seulement du lundi au vendredi, a-t-elle rappelé. Donc, pour tous ceux qui sont à l’urgence les soirs ou la fin de semaine, les chiffres, ratios, cibles et pourcentages — avec lesquels tente de nous endormir le ministre — n’améliorent en rien l’accès aux soins. Ce que ça signifie, c’est qu’au Québec, on ne peut pas être malade du vendredi à 16 h au lundi à 8 h. »

Indicateurs d’accessibilité aux soins utilisés par Québec

Patients qui attendent moins de quatre heures pour une consultation à l’urgence:

1er janvier 2016 : 59,9 %
30 juin 2016 : 61 %

Objectif fin 2017 : 75 %

Taux de prise en charge par des médecins spécialistes de la clientèle hospitalisée:

1er janvier 2016 : 59,5 %
30 juin 2016 : 61,6 %
Objectif fin 2017 : 65 %

Proportion de chirurgiens qui accordent la priorité aux patients inscrits sur une liste d’attente depuis plus d’un an:

1er janvier 2016 : 10,9 %
30 juin 2016 : 47,9 %
Objectif fin 2017 : 95 %

Pourcentage de respect de la priorité clinique:

Données non divulguées
4 commentaires
  • Jean-Paul Ouellet - Abonné 18 août 2016 10 h 03

    Les 40% qui sont-ils?

    Si l'on se fie aux statistiques présentées par le Dr Barrette, 40% des gens admis à l'hôpital ne sont pas pris en charge par un médecin spécialiste. Généralement, on est hospitalisé parce qu'on est en phase aigue de maladie et qu'on a besoin de soins médicaux spécialisés. Pour quels motifs serait-on admis à l'hopital sans avoir besoin de soins médicaux spécialisés? Qui les prend en charge? Les médecins généralistes? Il doit bien y avoir un problème structurel quelque part, non?

    Quant à Mme Francoeur, pourrait-elle nous expliquer en quoi il faut investir des ressources additionnelles pour atteindre les objectifs fixé par le ministre Barrette? Les hôpitaux- et la rémunération des médecins- se voient déjà attribués la majorité du budget de la santé au Québec.

    Jean-Paul Ouellet

    • André Bissonnette - Abonné 18 août 2016 13 h 07

      il faudrait peut-être permettre le plein usage des salles d'opération et interdire de fermer une telle salle (parfois à 15 heures) parce que la chirurgie projetée ne pourrait se terminer avant 16 heures. Ceci se pratique dans plusieurs centres hospitaliers, pour éviter le surtemps du personnel. Ainsi donc, dans ces cas, ce personnel reste disponible jusqu'à 16 heures, mais la chirurgie n'a pas lieu. Belle façon d'économiser!

    • Christian Labrie - Abonné 20 août 2016 21 h 54

      Quand un patient est hospitalisé sous les soins d'un omnipraticien, il demande des consultations aux spécialistes requis qui, parfois font un suivi conjoint. Cela me semble un bon modèle de services, car un patient peut avoir des problèmes de santé secondaires, pouvant être réglé par l'omnipraticien, alors que, si le patient est admis en spécialité, le spécialiste doit faire une consultation dans une autre spécialité car, selon les règles du Collège des médecins, le spécialiste ne peut exercer hors de sa spécialité.
      Les ressources additionnelles sont particulièrement nécessaire en chirurgie. Le chiurgien a besoin d'une salle d'opération, d'une infirmière, d'un anesthésiste et d'un inhalothéràeute. Dans les dernières années, les chirurgiens manquaient de temps opératoire pour opérer, mais il n'avait pas de salle d'opération disponibles qui manquaitde chirurgien. Cela dépend du gouvernement d'offrir plus de temps opératoire.

  • Christian Labrie - Abonné 20 août 2016 22 h 21

    Changement de règles?

    L'entente entre la FMSQ et le gouvernement prévoyait des cibles que les spécialistes devaient atteindre en tant que groupe, pas sur une base individuelle. Selon les déclarations actuelles du ministre, ce n'est pas en tant que groupe mais sur une base individuelle. Alors que la seule façon de répondre aux exigences pour les délais des consultations à l'urgence, est, dans ma spécialité, d'y répondre à plusieurs, tout déploiment de services en ce sens devient alors inutile.
    Si le gouvernement a accepté une entente avec la FMSQ, c'est en partie pour échapper à la bêtise qu'était sa loi, et les règlements qui ont suivi, quant au volet des consultations à l'urgence. "Inappliquable" qu'on disait, d'un point de vue bureaucratique. Comment faire pour que n'éclate pas cette bêtise? Une entente avec les spécialistes. Le ministre n'appliquera pas la loi 20 si les spécialistes n'expliquent pas en quoi elle est bête, et en atteignant les objectifs, le minstre se réserve une porte de sortie honorable, juste à la veille des élections.
    Quant à madame Lamarre, elle semble ne rien comprendre aux services de santé, du moins en milieu hospitalier. Les patients à l'urgence sont sous les soins des urgentologues 24 h sur 24. Et si il y a urgence, il y aura toujours le spécialiste pour répondre à n'importe qu'elle heure.