Entente entre Québec et les omnipraticiens - Les médecins devront s'installer là où sont les plus grands besoins

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Renald Dutil, et le ministre de la Santé, Philippe Couillard, ont conclu une entente pour inciter des médecins à s’installer d’abord dans les régions où la pénurie
Photo: Jacques Nadeau Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Renald Dutil, et le ministre de la Santé, Philippe Couillard, ont conclu une entente pour inciter des médecins à s’installer d’abord dans les régions où la pénurie

Fini le temps où les médecins s'installaient où bon leur semblait. Pour mieux répartir les effectifs médicaux, les médecins et le ministère de la Santé viennent de s'entendre sur un plan qui récompensera la pratique en région éloignée, mais qui pénalisera de 30 % les omnipraticiens qui pratiqueront là où les besoins sont déjà comblés.

L'entente rendue publique hier par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, et le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Renald Dutil, prévoit en effet une batterie de primes à la pratique en région totalisant 17,5 millions de dollars, mais aussi des pénalités sévères en cas de non-respect de l'accord.

Dorénavant, tout médecin qui désirera s'installer dans une région devra d'abord obtenir un avis de conformité des autorités régionales de la santé. Sans cet avis en poche, le médecin qui choisira malgré tout d'exercer en cabinet privé dans cette région verra sa rémunération amputée de 30 %, et il lui sera interdit de pratiquer dans un établissement de santé.

L'idée, a expliqué hier le ministre Couillard, est de s'assurer que les médecins s'installent d'abord là où la population les réclame. «En d'autres mots, si les besoins sont déjà comblés dans une région, le médecin sera incité à établir sa pratique dans un milieu où on a davantage besoin de ses services», a expliqué le ministre.

Mais les nouvelles pénalités instaurées par cette entente sont susceptibles de toucher très peu de médecins, puisque le plan d'effectifs en médecine générale pour 2004 conclut à une pénurie de 759 médecins au Québec, qui affecte à peu près toutes les régions.

À l'heure actuelle, seules deux régions sont considérées suffisamment pourvues en médecins: l'Estrie et la région de Québec. «L'entente est relativement souple, elle permet aux médecins de s'établir à peu près n'importe où au Québec, sauf à Québec et en Estrie», a ajouté le Dr Dutil, porte-parole des omnipraticiens. Ce dernier n'exclut pas la possibilité que des médecins qui persisteraient à s'installer dans ces régions soient pénalisés à l'avenir. «C'est possible que des médecins se retrouvent dans cette situation. Mais si on veut que nos plans de répartition servent à quelque chose, ils doivent être respectés», a tranché le Dr Dutil.

Selon le nouveau plan d'effectifs médicaux, la plus grande pénurie est observée dans la région Mauricie-Bois-Francs, où l'écart entre les besoins et les ressources médicales atteint 23 %, tandis qu'il oscille autour de 17 % en Outaouais et en Abitibi-Témiscamingue et de 15 % dans le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Pour ces raisons, Québec crée de nouveaux incitatifs financiers en rehaussant de 20 à 30 % le salaire des médecins qui travaillent dans sept régions éloignées. Ce salaire sera majoré de 25 à 30 % après trois ans en région. Après cinq années en région, les médecins retrouveront toutefois le privilège de s'installer là où ils le veulent, et ce même dans une région où les effectifs seront jugés suffisants.

Québec instaure aussi un statut particulier pour certaines régions intermédiaires, dont la Mauricie et Chaudière-Appalaches, qui peinent aussi à recruter des médecins. Le ministre Couillard a promis l'octroi de 30 forfaits de 20 000 $ pour inciter des omnipraticiens à s'installer pendant deux ans dans certaines MRC où les manques sont criants. Ces mesures spéciales visent notamment l'Anse Saint-Jean, au Saguenay, Valcourt, en Estrie, Acton Vale et Saint-Denis-sur-le-Richelieu, en Montérégie, certains secteurs de l'Outaouais, Argenteuil, dans les Laurentides, et plusieurs secteurs de la Beauce et de la Rive-Sud de Québec, en Chaudière-Appalaches, et de la Mauricie.

Malgré cet ambitieux plan de répartition des ressources, le ministre Couillard a confié qu'il ne s'attend pas à des miracles à court terme, compte tenu de l'existence d'une pénurie généralisée de médecins. Ce dernier anticipe d'ailleurs un autre été difficile, alors qu'il faudra recourir à des médecins dépanneurs dans plusieurs régions. «On n'invente pas de nouveaux médecins, on prend ceux dont on dispose et on les répartit de la façon la plus efficace possible», a convenu le ministre.

Le ministère de la Santé doit aussi conclure, au cours des prochaines semaines, une entente similaire avec les médecins spécialistes pour s'assurer de leur répartition équitable entre les régions.
1 commentaire
  • Thérèse Domingue - Inscrite 18 février 2004 12 h 57

    Lorsque les dirigeants associent les régions au sous-développement

    Le phénomène qui entoure la situation des médecins reflète la force de ces derniers sur le gouvernement.

    Même si nous tenons compte que la majorité des régions connaissent une pénurie de médecins, il est impossible de ne pas aborder le principe derrière le propos. L'on mentionne que les médecins qui décideront de s'installer dans une région qui possède déjà les effectifs médicaux nécessaires, seront pénalisés.

    Comme l'on mentionne également que les médecins recevront une prime pour exercer leur profession dans une région.

    Rapidement je serais tentée de résumer ainsi: si tu décides de t'installer en région par toi même et que la région considère que les effectifs médicaux sont suffisants, on te pénalise toutefois, si tu ne veux pas venir en région et que j'ai besoin de toi, je t'offre une prime. Il y a un un problème qui va au-delà de l'information véhiculée dans les médias.

    Pourquoi ne pas répartir le budget dédié à la rémunération des professionnels de ce secteur en fonction des besoins des régions du Québec. Par la même occasion, pourquoi ne pas confier à chaque région la gestion de son bugbet pour les professionnels.

    à partir du moment qu'une répartition régionale est effectuée, le médecin professionel devra aller travailler dans la région qui sera en mesure de défrayer les honoraires professionnels de sa pratique.

    Je crois sincèrement qu'il faudrait revoir les critères d'admissibilité des étudiants (tes) qui s'inscrivent dans ce secteur. Si l'étudiant veut devenir un médecin pour Montréal ou Québec, il devrait assumer l'ensemble des coûts des études.

    Comme québécoise je suis en faveur de soutenir l'éducation afin que nous nous assurions d'une relève professionnelle qui puisse répondre aux besoins de la collectivité et dans se sens il est essentiel de contribuer au système d'éducation. Cependant, je suis en total désaccord avec le fait que mes impôts contribuent à former des professionnels uniquement pour une partie du Québec.

    Présentement au QUébec, nous ne formons pas que des médecins, nous formons des médecins montréalais et québécois pour la région de Québec. La preuve nous est présentée quotidiennement car nous sommes maintenant à offrir des primes d'éloignement.

    Avec de telles propositions pour inciter les médecins à pratiquer dans les régions, le gouvernement présent comme celui qui le précédait, achète une paix avec les professionnels à un prix qui est au-delà d'un coût financier.

    Ce geste reconnaît que la majorité des territoires au Québec, ne permettent pas à des professionnels de s'épanouir et de se développer pleinement.

    Il faut comprendre que les régions adhèrent au jeu du plus offrant, car plusieurs sont en situation de crise. Cette situation ne vient pas justifier le fait que le gouvernement joue cette carte en profitant de la fragilité des régions.

    Toujours avec la logique (si elle existe) du gouvernement, il faudra augmenter l'ensemble des salaires des travailleurs professionnels des autres secteurs qui contribuent à offrir des services et à permettre aux citoyens des régions de s'épanouir.

    Jinviterais les travailleurs en provenance de d'autres secteurs à se réunir et à revendiquer le même traitement concernant notre rémunération.