Sécurité alimentaire - Tous les morceaux de l'histoire des trois petits cochons transgéniques sont réunis

Panique dans la région de Québec. Trois cochons génétiquement modifiés se sont retrouvés par accident, la semaine dernière, dans la chaîne alimentaire animale, a finalement reconnu hier l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). Une agence qui, au terme d'un branle-bas de combat associant plusieurs ministères fédéraux tout comme l'entreprise à l'origine de cette dissémination, estime maintenant que la situation est «totalement sous contrôle».

«Tout a été retracé, a commenté Jacques Fafard, de l'ACIA. Les produits dans lesquels ces animaux modifiés génétiquement se sont retrouvés ont été mis de côté et devraient être placés dans un site d'enfouissement dans les prochaines semaines, avec l'accord du ministère de l'Environnement du Québec.»

La société TGN Biotech, propriétaire de la ferme expérimentale d'où provenaient les trois truies issues du génie génétique, peut donc se remettre à respirer. «Il y a eu une double erreur humaine, a expliqué Jean-François Huc, président de l'entreprise de biotechnologie située dans les alentours de Québec. Mais nous avons réagi rapidement. C'est la première fois que cela nous arrive et cela va être également la dernière fois. Des mesures ont été prises dans les derniers jours pour éviter que ce scénario ne se reproduise.» Un scénario catastrophe pour les autorités sanitaires canadiennes, qui, à l'heure où la sécurité alimentaire est sur toutes les lèvres et où la peur du génétiquement modifié loge dans tous les esprits — ou presque —, n'aiment guère voir les failles d'un système mises au jour par l'histoire de ces trois petits cochons.

Et pourtant. La trame narrative de cette «dissémination de matériel animal modifié génétiquement», comme l'appelle l'ACIA, n'a pas été compliquée à mettre en place depuis la ferme expérimentale de TGN Biotech.

L'établissement fait en effet l'élevage d'une trentaine de bêtes dont la majorité ont été génétiquement modifiées pour leur permettre de produire une protéine pharmaceutique entrant dans la préparation de traitements expérimentaux de fertilité et d'oncologie destinés aux humains. «Nous avons des animaux modifiés génétiquement, et d'autres, non, dit M. Huc. Lorsque ces animaux sont euthanasiés, nous les traitons dans deux filières distinctes. Les modifiés sont envoyés à l'incinération et les non-modifiés sont recyclés.»

Et c'est justement ce qui n'a pas été fait correctement le 9 février dernier, lorsque trois cochons dont les gènes ont été transformés pour les besoins de la science se sont retrouvés par mégarde dans le mauvais bac.

La suite était prévisible: envoyés chez un équarrisseur de la région de Québec, les trois porcs ont été transformés en aliments pour d'autres animaux — principalement les poulets — et ont pris la route, sous forme de farine, vers 19 fermes d'élevage du Québec et de l'Ontario. Les spécimens génétiquement modifiés ne se sont toutefois pas retrouvés sous forme de bacon, de côtes levées et d'autres cochonnailles dans la chaîne alimentaire humaine, a tenu à préciser l'Agence hier.

Même s'il est difficile d'évaluer le nombre d'animaux ayant été en contact avec ces farines, reconnaît l'ACIA, celle-ci assure par contre que la propagation de ces farines a été rapidement arrêtée. Qui plus est, «les animaux qui en ont consommé ne sont pas à risque, a souligné M. Fafard, de l'ACIA, car le matériel génétiquement modifié est en très faible concentration dans le matériel équarri [le processus de transformation à ultra-haute température ne laissant aucune chance de survie aux gènes, modifiés ou non]. Pour cette même raison, d'ailleurs, cela ne fait peser aucun risque sur la santé humaine.»

Sans doute. Mais ce genre de dissémination accidentelle ne doit pas être pris à la légère pour autant, a jugé hier Greenpeace, qui garde toujours en mémoire un incident similaire survenu il y a deux ans en Ontario.

À cette époque, 11 cochons issus du génie génétique avaient emprunté la mauvaise porte en sortant d'une ferme tout aussi expérimentale de Guelph, pour finir leur course, eux aussi, dans des farines carnées destinées aux poulets.

«C'est donc la deuxième fois que cela arrive en deux ans au Canada, a souligné Éric Darier, du groupe de pression écologiste, et c'est dommage. Dans ce contexte, il devient de plus en plus difficile de croire que les autorités sanitaires canadiennes mettent vraiment tout en oeuvre pour assurer la protection du public contre les organismes ou animaux génétiquement modifiés. Ces bêtes sont censées être hautement contrôlées, nous dit-on. Mais ce n'est visiblement pas le cas.»