Des dizaines de milliers de bébés pourraient naître avec des malformations

Plus de 90 millions de personnes, dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes, pourraient avoir été infectées à la fin de l’épidémie, qui a débuté en 2015.
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse Plus de 90 millions de personnes, dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes, pourraient avoir été infectées à la fin de l’épidémie, qui a débuté en 2015.

Des « dizaines de milliers » de bébés risquent de naître avec des malformations du crâne et du cerveau ou d’autres affections en raison de l’épidémie de Zika en Amérique latine et aux Caraïbes, selon une étude publiée lundi.

« Dans le pire des scénarios », 1,65 million de femmes enceintes pourraient contracter le virus au cours de cette épidémie, d’après les auteurs de cette étude, qui jugent « crédible » ce chiffre « plafond ».

Parmi ces femmes infectées pendant leur grossesse, « des dizaines de milliers » pourraient mettre au monde un enfant atteint de microcéphalie (développement insuffisant du crâne et du cerveau) ou d’anomalies cérébrales sans malformation visible du crâne à la naissance. Parmi les autres risques liés au virus figurent divers troubles neurologiques, des retards de croissance ou même la mort du foetus.

Au total, plus de 90 millions de personnes, dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes, pourraient avoir été infectées à la fin de l’épidémie, qui a débuté en 2015 sur le continent, estiment les chercheurs, dont les travaux sont publiés dans la revue Nature Microbiology.

Dans 80 % des cas, l’infection reste bénigne et passe même souvent inaperçue, rappellent ces chercheurs.

Il n’existe à ce stade aucun vaccin ni traitement spécifique contre le Zika, transmis principalement par des moustiques Aedes aegypti, mais aussi par voie sexuelle et de la mère à l’enfant qu’elle porte.

Cette prévision, comme d’autres, comporte cependant une « énorme » part d’incertitude, reconnaît Alex Perkins de l’Université Notre-Dame, en Indiana, principal auteur de l’étude.

D’après ces calculs, avec 37,4 millions d’infections, le Brésil devrait se retrouver en tête des pays de la région touchés, devant le Mexique (14,9) ou le Venezuela (7,4), en raison de sa taille et de conditions favorables à la transmission du virus (température).

D’autres experts, qui n’ont pas participé à cette étude, jugent « prudentes » ces estimations concernant le nombre de bébés potentiellement atteints.

Une recherche récente suggère que jusqu’à 29 % des bébés de mères infectées développent des problèmes, relève ainsi le Dr Derek Gatherer, de l’université britannique de Lancaster. « Si cela se confirme, plus d’un demi-million d’enfants en Amérique latine pourraient finalement être touchés », ajoute-t-il.

Le Zika s’est rapidement propagé en 2015 en Amérique du Sud et dans les Caraïbes.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà prévenu depuis plusieurs mois qu’elle s’attendait à une propagation « explosive » dans les Amériques, avec 3 à 4 millions de cas cette année.

Pour faire les projections publiées lundi dans Nature Microbiology, les chercheurs ont notamment pris en compte l’immunité acquise par la population, au départ totalement vulnérable à l’infection.

Cette immunité, dite « immunité de troupeau », survient quand le nombre de personnes immunisées a dépassé une masse critique, conférant une protection indirecte au reste de la population, un phénomène de barrière que l’on retrouve dans d’autres épidémies.

Les auteurs ont aussi intégré dans leurs calculs les niveaux réels d’infection au Zika dans la population, mesurés à l’aide d’analyses de sang.

Par comparaison, 53 millions d’infections par le virus de la dengue ont eu lieu en 2010 dans cette région du monde, d’après une étude parue en 2013.

L’épidémie actuelle de Zika devrait s’éteindre d’elle-même dans les deux à trois ans en Amérique latine, ont estimé à la mi-juillet des chercheurs britanniques dans la revue Science. Une autre épidémie de grande ampleur ne devrait pas survenir avant au moins dix ans, le temps nécessaire pour qu’apparaisse une nouvelle génération de personnes qui n’ont pas été exposées au virus et ne sont donc pas immunisées.


Premier cas de microcéphalie due au virus Zika en Espagne

Barcelone — Une femme porteuse du virus Zika a donné naissance lundi en Espagne au premier bébé en Europe atteint de microcéphalie liée à ce virus, selon des responsables de l’hôpital de Barcelone où l’enfant est né.

Un autre cas avait été détecté en Slovénie, mais les parents avaient décidé d’avorter.

« Le bébé va bien d’un point de vue clinique, ses fonctions vitales sont normales et stables », a déclaré lors d’une conférence de presse Félix Castillo, directeur du service de néonatalogie de l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone. Mais il a une circonférence crânienne en dessous de la normale et « il est atteint de microcéphalie », a-t-il précisé.

La mère du bébé, dont les médecins n’ont pas révélé le sexe, a contracté le virus Zika lors d’un voyage dans un pays d’Amérique latine, a-t-on précisé de source hospitalière, sans révéler le pays concerné.

L’enfant est né par césarienne, à terme, a précisé le médecin. Ses parents sont « très heureux », a ajouté la directrice du service d’obstétrique, Elena Carreras.

Au total, plus de 90 millions de personnes, dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes, pourraient avoir été infectées à la fin de l’épidémie. En Europe, l’Espagne se trouve en première ligne, car près de 21 % des étrangers qui y habitent viennent de cette zone, avec laquelle ils gardent des liens étroits.

Au 22 juillet, l’Espagne avait répertorié 190 personnes touchées par le virus. Toutes l’ont contracté lors de déplacements dans des régions touchées, sauf une femme qui a été contaminée par voie sexuelle.