Les fonds manquent partout

Le milieu de la recherche réclame que le Québec se dote rapidement d’une stratégie ou d’une politique de recherche et d’innovation «cohérente et intégrée».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le milieu de la recherche réclame que le Québec se dote rapidement d’une stratégie ou d’une politique de recherche et d’innovation «cohérente et intégrée».

Il n’y a pas qu’au Centre de recherche de l’hôpital Sainte-Justine que les fonds accordés à la recherche fondent comme neige au soleil. Plusieurs autres institutions crient famine, et accusent tantôt la réforme du mode de financement fédéral, tantôt le gel de celui offert par Québec.

L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill observe par exemple que ses revenus, incluant les subventions, ont chuté de 19,4 millions entre 2013-2014 et 2014-2015. Les subventions ont chuté à elles seules de 13 millions pendant cette période.

À l’instar de ceux de Sainte-Justine, les programmes de recherche du CHUM font face, comme bien d’autres au Québec et au Canada, à une baisse des subventions provinciales et fédérales, indique au Devoir une porte-parole du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), Isabelle Richard. Celle-ci n’a pu chiffrer l’ampleur de cette réduction des fonds accordés à l’institution. « Cependant, nous appliquons une gestion des plus rigoureuses et le budget du Centre de recherche du CHUM est équilibré », a-t-elle ajouté.

Aux prises avec « des difficultés financières importantes », le Centre de recherche de Sainte-Justine a procédé au cours des dernières semaines à une restructuration, à une réduction des activités de son comité d’éthique et à la mise à pied de neuf personnes, révélait mercredi Le Devoir. Le budget accordé au maintien des services de base du centre a chuté de près de 20 % au cours des dernières années.

D’autres informations obtenues jeudi montrent donc que le centre n’est pas le seul à faire l’objet d’une diminution préoccupante des ressources financières à sa disposition.

« Tous les bailleurs de fonds, sans exception, financent moins les infrastructures administratives sur lesquelles s’appuient les équipes de recherche, à Sainte-Justine ou ailleurs. Pourquoi ? Parce que ça a moins de sex-appeal de financer un comité d’éthique qu’un jeune chercheur, par exemple », expose le Dr Marc Girard, directeur des Affaires médicales et universitaires à Sainte-Justine.

Réforme bâclée

Tandis que les libéraux à Ottawa ont récemment rappelé à l’ordre les dirigeants des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le principal organisme subventionnaire de la recherche au pays, en raison d’une réforme bâclée du mode d’attribution des subventions, le pendant québécois de cet organisme n’a pas vu son budget croître d’un cent depuis 2006.

La semaine dernière, poussée de toutes parts à intervenir afin d’annuler la mise sur pied du nouveau processus d’octroi des subventions des IRSC, la ministre de la Santé Jane Philpott a sommé ceux-ci de tenir une « réunion de travail » avec la communauté scientifique afin de « trouver un terrain d’entente » concernant les inquiétudes « soulevées par rapport à la qualité et l’intégrité du système d’examen par les pairs des IRSC », qui octroient chaque année près d’un milliard de dollars.

Le Fonds de recherche du Québec Santé (FRQS) dispose d’un budget de 77 millions pour financer la recherche, depuis 10 ans. En dollars constants, ce sont donc 13,5 millions de dollars qui manquent aujourd’hui à l’appel pour fournir un niveau d’appui similaire à ce qui se faisait à l’époque.

« C’est sûr que si on tient compte de l’inflation, on n’est certainement pas dans une période de croissance, et c’est ce qu’on essaie de corriger, explique le directeur scientifique du FRQS, Renaldo Battista. C’est la raison pour laquelle notre priorité avec la ministre responsable, Dominique Anglade, est d’augmenter les sommes accordées aux fonds de recherche. »

Avec la venue d’un nouveau gouvernement à Ottawa, le contexte devient « très favorable » à la recherche et à l’innovation, a-t-il estimé.

Inquiétudes

Malgré ces encouragements, l’Association francophone pour le savoir (Acfas) se dit très inquiète. « Nous déplorons cette situation, qui ne touche pas seulement le secteur de la santé d’ailleurs ! » soutient Frédéric Bouchard, président de l’Acfas.

Le milieu de la recherche réclame que le Québec se dote rapidement d’une stratégie ou d’une politique de recherche et d’innovation « cohérente et intégrée ». « Cela exige, entre autres, un rehaussement du financement de la recherche autant par Québec que par Ottawa. Comme on le voit aujourd’hui, il y a urgence d’agir. »

La ministre Anglade en est consciente et a annoncé son intention de consulter le milieu sur ce dossier à l’automne. L’Acfas attend d’ailleurs avec impatience les modalités de consultation. Du côté fédéral, le processus de consultation est déjà en cours et l’Acfas compte bien y participer. « Si ces deux démarches mènent à des stratégies fortes et arrimées, on peut espérer éviter d’autres cas navrants comme celui [de Sainte-Justine] », affirme M. Bouchard.

En entrevue, la ministre Anglade soutient être bien au fait de la situation, mais prévient qu’il faudra que les chercheurs soient patients.

« À terme, il faudra considérer un investissement supérieur, parce que la recherche et l’innovation vont permettre une croissance économique, [mais] il faut aussi considérer la capacité de payer des Québécois. »

La nouvelle politique de financement de la recherche que promettent les libéraux ne sera pas dévoilée avant la « fin 2017 », selon elle.

« Je sais que les gens regardent les surplus et se disent qu’on a les moyens, mais on ne prendra pas de réponse à brûle-pourpoint. »

6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 22 juillet 2016 03 h 54

    Moi, c'est de la chute...

    Moi, c'est de la chute de ce pseudo-gouvernement aux prochaines élections que je m'impatiente drôlement...
    Dans la prochaine Constitution de la République du Québec, il faudra prévoir en priorité un processus populaire de destitution de ses présidents et gouvernements.
    La chose est aussi obligatoire que celle du scrutin proportionnel, la situation actuelle nous en fait la démonstration absolue.
    Tous, et les fédéralistes de bonne foi avec les indépendantistes qui le sont aussi, nous méritons mieux que le genre de regroupement de personnes que nous connaissons aujourd'hui.

  • Maxime Parisotto - Inscrit 22 juillet 2016 07 h 20

    les chercheurs sont patients...au moins autant que les médecins...mais payés 10 fois moins

  • Bernard Terreault - Abonné 22 juillet 2016 08 h 13

    Typiquement Anglade

    Typique du gouvernement libéral, la réaction de la ministre Anglade. Pour elle, la recherche en santé n'a pas pour but d'améliorer les traitements, de redonner la santé à des personnes, de sauver des vies, mais de faire du développement économique.

  • Michele Laverdure - Inscrite 22 juillet 2016 08 h 16

    Inquiétant

    Super important de subventionner , supporter, promouvoir la recherche quel que soit le domaine
    C est manquer de vision et de foi dans l avenir de notre société que de couper dans la recherche

  • Robert Morin - Abonné 22 juillet 2016 09 h 28

    L'héritier de Harper...

    Non mais ça ne vous rappelle rien, cette volonté d'asphyxier les chercheurs et la recherche scientifique en général? Ça s'inscrit dans une idéologie, une ligne d'action purement conservatrice de droite...