Une nouvelle génération du seul médicament préventif testée à Montréal

Une participante à la Conférence internationale sur le sida à Durban est interpellée par deux mascottes représentant le virus. Une nouvelle version de la PreP (prophylaxie préexposition sexuelle) sera bientôt testée à Montréal. Les nouvelles molécules sont jugées prometteuses pour freiner la progression des infections au VIH dans le monde.
Photo: Rajesh Jantilal Agence France-Presse Une participante à la Conférence internationale sur le sida à Durban est interpellée par deux mascottes représentant le virus. Une nouvelle version de la PreP (prophylaxie préexposition sexuelle) sera bientôt testée à Montréal. Les nouvelles molécules sont jugées prometteuses pour freiner la progression des infections au VIH dans le monde.

Une nouvelle version du seul traitement pharmacologique existant pour se prémunir contre le VIH sera prochainement testée à Montréal, là où quelque 1054 patients considérés comme à risque ont déjà accès à la PreP (prophylaxie préexposition sexuelle).

Selon le Dr Réjean Thomas, fondateur de la clinique l’Actuel, une nouvelle génération de ce médicament novateur sera bientôt accessible à Montréal, choisie parmi les sites retenus pour tester ces nouvelles molécules jugées prometteuses pour freiner la progression des infections au VIH dans le monde.

« Cette nouvelle version améliorée pourrait réduire les effets secondaires sur les reins et les os qui affectent 5 à 6 % des patients. On pense même développer bientôt une forme injectable du médicament qui serait [administré tous les] deux mois », a fait valoir le Dr Thomas, joint à Durban, en Afrique du Sud, dans le cadre de la 21e Conférence internationale sur le sida.

Le traitement préventif, offert actuellement aux seuls patients considérés comme à haut risque de contracter le VIH, consiste en la prise de deux comprimés de 2 à 24 heures avant une relation sexuelle, puis de deux autres dans les deux jours suivants.

« Pour les personnes à haut risque, comme chez les hommes gais, c’est efficace à plus de 96 %, donc plus efficace qu’un vaccin », a expliqué ce dernier, alors que l’annonce de premiers tests de vaccin contre le VIH d’ici 2017 était sur toutes les lèvres à cette 21e rencontre mondiale.

« En attendant ces vaccins, on doit travailler avec ce qu’il y a de plus efficace, estime-t-il. Il n’y a toujours pas de baisse du nombre de personnes infectées au VIH dans le monde. Dans les pays pauvres, de 50 à 60 % des gens infectés par le VIH ne sont ni dépistés ni traités. Il est peu probable qu’on atteigne les objectifs de l’OMS sans ce type de traitements. »

Objectifs lointains

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vise l’atteinte d’un taux de 90 % de dépistage des personnes vivant avec le VIH en 2020, l’accès à la trithérapie pour 90 % des patients atteints et la réduction de 90 % la charge virale des patients traités. Des objectifs encore bien lointains puisque 54 % des 38 millions de personnes infectées dans le monde ignorent qu’elles sont porteuses du VIH, et seules 16 millions reçoivent un traitement antiviral en 2015.

Pour l’instant, seule la France assume totalement le coût de la PreP. Le Québec est la seule province au Canada à assumer, depuis janvier 2015, 80 % du coût de ce traitement qui s’élève à 1000 $ par mois. Entre janvier 2015 et juillet 2016, le nombre de patients recevant ce traitement est passé de 115 à 1054. Pour des raisons financières toutefois, plusieurs patients l’utilisent de façon intermittente, affirme le Dr Thomas. Aux États-Unis, la PreP est aussi offerte à San Francisco dans le cadre d’essais et le sera bientôt à Los Angeles, ainsi qu’en Australie.

Cette nouvelle version améliorée pourrait réduire les effets secondaires sur les reins et les os

« On ne donne pas à ce traitement à n’importe qui, cela nécessite un suivi médical rigoureux. Mais si on croit que quelqu’un est à haut risque, on a le devoir de lui donner accès au traitement », croit ce médecin qui rappelle qu’il y a de 300 à 600 nouveaux cas d’infection au VIH par an au Québec.

Pour des raisons morales, plusieurs pays refusent d’autoriser l’accès à ce traitement prophylactique, de crainte que cela n’incite ces patients à haut risque à avoir plus de relations sexuelles non protégées et augmente le taux d’infections transmissibles sexuellement (ITS).

« Les études faites à ce jour ne démontrent pas d’augmentation des ITS chez nos patients. Cet argument ne tient pas la route, car ce sera la même chose avec un vaccin. Il faut prendre considération que beaucoup de patients abandonnent la trithérapie et qu’il continue d’y avoir 3,5 millions de nouvelles infections chaque année. Si on peut juste prévenir de 5 à 10 % des cas d’infection au VIH grâce à la PreP, c’est déjà énorme », plaide le Dr Thomas.

1 commentaire
  • Jean Boulanger - Abonné 21 juillet 2016 07 h 19

    Une nouvelle génération du seul médicament préventif....

    Bonjour,
    Votre article est imprécis et décrit mal, selon moi, ce qu'est réellement la PPrE prescrite.
    Il ne signale que le modèle à la demande où au besoin, ce qui n'est pas l'option à privilégier dans beaucoup de cas.
    Cette médication est à la base prescrite (Truvada) un comprimé chaque jour et vient avec un suivi médical chaque 3 mois incluant un depistage des ITSS.
    Quant au nombre de nouveau cas au Quebec l'indication que vous donnez est exagérée comparer aux statistiques officielles des dernières années.
    Je suis aussi surpris, que seul le docteur Thomas soit nommé.
    L'information sur la couverture par la RAMQ est aussi erronée selon les informations que je possède.
    Comme abonné du Devoir et comme professionnel de la sante, je suis déçu.
    Jean Boulanger, infirmier SIDEP+