Barrette recule, mais obtient ce qu’il veut

Québec avait tenté en avril de contraindre ces médecins à travailler un nombre minimal de 210 jours par an.
Photo: iStock Québec avait tenté en avril de contraindre ces médecins à travailler un nombre minimal de 210 jours par an.

Québec a renoncé à obliger les nouveaux médecins à suivre 500 patients en cabinet pour obtenir un poste dans un hôpital. Mais ceux qui veulent travailler à l’urgence sans faire de suivi dans la communauté essuieront des pénalités financières.

Le ministre de la Santé et des Service sociaux Gaétan Barrette a abandonné la clause, décrétée fin avril, qui obligeait les nouveaux médecins à suivre un quota de patients en cabinet pour pratiquer à l’urgence ou aux soins intensifs, par exemple. Québec avait aussi tenté de contraindre ces médecins à travailler un nombre minimal de 210 jours par an.

« Notre objectif d’augmenter la prise en charge et l’inscription de patients est toujours le même, mais nous avons modifié les modalités pour y arriver », confirme l’attachée de presse du ministre, Julie White.

Recul, donc, d’une part, mais de nouvelles modalités s’appliquent aux nouveaux médecins. Ils doivent tous exécuter des « activités médicales prioritaires », ou AMP. Et les AMP accordées cette année sont la prise en charge de… 500 patients, justement, la majorité du temps.

C’est donc bonnet blanc, blanc bonnet pour les nouveaux médecins qui veulent travailler à l’hôpital. « La différence, c’est qu’ils n’ont plus l’obligation de suivre ces patients pour maintenir le privilège de travailler à l’hôpital », soutient le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin. C’est plutôt une pénalité de 30 % sur la rémunération qui s’applique quand un médecin ne respecte pas ses AMP.

Le Dr Godin, qui est satisfait de cette entente avec Québec, explique que, pour la FMOQ autant que pour le gouvernement, il est « prioritaire » que les nouveaux médecins suivent des patients dans la communauté pour atteindre les cibles d’inscription à un médecin de famille. Rappelons que le coercitif projet de loi 20 s’appliquera si les médecins de famille n’ont pas inscrit 85 % de la population au 31 décembre 2017.

« S’il y a des besoins particuliers, il pourra arriver qu’un médecin obtienne une dérogation pour travailler exclusivement en établissement à temps plein. Mais ça doit demeurer exceptionnel, ça ne peut pas être la moitié des 400 nouveaux [médecins] », explique le Dr Louis Godin.

En ce qui concerne les 32 nouveaux médecins qui avaient obtenu, fin juin, un « assouplissement » de l’exigence de suivre 500 patients pour pratiquer à l’hôpital, impossible de savoir si cela sera respecté. « Il y a des discussions » en cours, indique Julie White.

Des conséquences dans les hôpitaux

« Aucun médecin hospitalier ne va obtenir un poste sans suivre des patients en plus », prédit le Dr Simon-Pierre Landry. Pour le co-porte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), il semble acquis que des hôpitaux se retrouveront à découvert rapidement en raison de ces mesures, puisqu’ils n’arrivent pas à recruter des finissants. Le ROME regroupe environ 700 membres. Il y a plus de 10 000 médecins de famille au Québec.

Cette semaine, le départ de trois omnipraticiens du Centre de réadaptation La RessourSe, en Outaouais, a forcé le transfert de patients à l’hôpital de Hull voisin. Selon les syndicats locaux, les règles édictées par Québec empêchent le centre de recruter de nouveaux médecins pour combler les départs. Conséquence, les patients sont transférés dans un établissement moins adapté à leur condition, qui comprend des handicaps physiques le plus souvent.

Pendant ce temps, des médecins qui travaillent à l’hôpital ne peuvent diminuer leur tâche pour travailler davantage en cabinet, même s’ils le désirent. « Ça désorganise complètement le réseau, constate le Dr Landry. J’ai des collègues qui voudraient aller faire du cabinet, mais qui en sont empêchés parce qu’il y a des trous dans la liste de garde à l’hôpital. »

Départs vers l’Ontario

La directive aura eu le temps de causer des dégâts puisque de jeunes médecins sont partis pratiquer en Ontario comme l’a écrit Le Devoir en mai, dénonce aussi le Dr Landry.

Il dénonce l’application de la loi 20 aux jeunes médecins « par la porte d’en arrière ». « Les jeunes médecins pensaient que la loi 20 ne s’appliquait pas avant 2018, mais ils apprennent sur le tard qu’elle est déjà imposée et ils paniquent », raconte-t-il. Selon lui, « les jeunes sont sacrifiés au nom de l’engagement de donner un médecin de famille à tous ».

Pour atteindre cet objectif, le ROME préconise une meilleure utilisation des infirmières. « Plutôt que d’envoyer les médecins de famille d’un bord et de l’autre, formons des infirmières praticiennes spécialisées et utilisons au maximum les compétences des infirmières actuelles », demande le Dr Landry.

13 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 14 juillet 2016 05 h 52

    «Pour le co-porte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), il semble acquis que des hôpitaux se retrouveront à découvert rapidement en raison de ces mesures, puisqu’ils n’arrivent pas à recruter des finissants. Le ROME regroupe environ 700 membres. Il y a plus de 10 000 médecins de famille au Québec.»

    Alors que le docteur Barrette fait miroiter toutes sortes de propositions sur la table, il est peut-être possible que, pour des médecins récalcitrants, la porte de sortie soit le cabinet privé? Sauf si leur code de déontologie les oblige à exercer au public, pour une partie de leur mandat? Je ne sais pas si les médecins peuvent exercer uniquement en cabinet privé?

    • Patrick Daganaud - Abonné 14 juillet 2016 10 h 45

      ROME = CASTE (Conglomérat apoplectique sans trace éthique)


      Ce qui est préoccupant, c'est la déclaration du Dr Landry : « Selon lui, les jeunes sont sacrifiés au nom de l’engagement de donner un médecin de famille à tous ».

      Diable, diable ! Les jeunes médecins sont sacrifiés...

      On pourrait tout autant écrire que les infirmières sont sacrifiées au nom de l'engagement de donner des soins infirmiers à tous ou que les enseignants sont sacrifiés au nom de l'engagement de scolariser et de faire réussir le plus grand nombre.

      Le Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME) et les jeunes médecins auraient avantage à réviser la notion d'engagement et celle de sacrifice...

      Les jeunes générations de médecins s'agglutinent majoritairement en un regroupement de satrapes et de nababs : leur nombril doré les intéresse plus que leur serment.

      Conscience sociale? Zéro!

  • Denis Marseille - Inscrit 14 juillet 2016 06 h 02

    Prenez-en moins, Prenez-en mieux.

    Une chose à la fois...

    Même si il faut toutes les faire en même temps.

  • Jean Lapointe - Abonné 14 juillet 2016 06 h 41

    Le terme "communauté"

    «Mais ceux qui veulent travailler à l’urgence sans faire de suivi dans la communauté essuieront des pénalités financières.» (Amélie Daoust-Boisvert)

    A mon avis le terme "communauté" est utilisé ici dans le sens anglais de "community".

    Beaucoup de gens font ce que je pense est une erreur.

    Et je ne sais pas trop pourquoi mais ça m'énerve.

    Allez donc savoir pourquoi.

    • Pierre Bernier - Abonné 14 juillet 2016 14 h 58

      Et comment !

  • Josée Duplessis - Abonnée 14 juillet 2016 07 h 04

    Quand le ministre et son parti sont complètement malades dans leurs politiques, le système public ne peut faire autre chose que de mourir à petit feu.
    On assiste à l'agonie.

    • François Dugal - Inscrit 14 juillet 2016 09 h 05

      Vous osez contredire monsieur le ministre Barette, madame Duplessis; y avez-vous bien pensé?

    • Jacques Morissette - Abonné 14 juillet 2016 09 h 07

      Ça me rappelle le titre d'un livre que j'avais lu un moment donné «La médecine est malade». Plus le temps passe, moins ils sont des disciples d'Hipppocrate, plus ils sont ceux d'Adam Smith, non pas le père mais le pape de la religion du capitalisme.

  • François Dugal - Inscrit 14 juillet 2016 07 h 45

    La Faculté

    Diplôme de la Faculté de Médecine le l'Universite de Montréal, monsieur le ministre Barette est par conséquent infaillible. Ainsi, toute discussion argumentaire avec lui est vaine et non-avenue.