Le CUSM se défend de contrevenir à la loi

Le directeur de l’unité des soins palliatifs, le Dr Manuel Borod (droite), et le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP), le Dr Olivier Court
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le directeur de l’unité des soins palliatifs, le Dr Manuel Borod (droite), et le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP), le Dr Olivier Court

Le CUSM modifiera sa politique de soins de fin de vie, a annoncé l’hôpital lundi, mais pas parce que Gaétan Barrette a rabroué le centre hospitalier ni parce qu’elle contreviendrait à la loi, se défendent les médecins. Insatisfait de cette réponse, le ministre de la Santé et des Services sociaux comptait, lundi soir, rappeler rapidement l’établissement pour obtenir des précisions.

D’ici « quelques semaines », le conseil d’administration devrait entériner une modification à la politique de soins de fin de vie de l’hôpital. Cela permettrait aux patients de l’unité de soins palliatifs de recevoir l’aide médicale à mourir sans devoir changer d’unité. Toutefois, le CUSM n’a pas pu garantir qu’un autre aspect de sa politique serait abrogé, soit l’obligation pour les patients qui demandent l’aide médicale à mourir d’y avoir été admis dans les 18 mois précédant la demande.

En conférence de presse lundi, le directeur de l’unité des soins palliatifs, le Dr Manuel Borod, et le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP), le Dr Olivier Court, ont défendu la politique de l’établissement. « Nous continuons à penser qu’il n’y avait rien d’illégal dans cette politique », a affirmé le Dr Court, ajoutant qu’il ne s’y cachait aucune intention de « limiter l’accès à l’aide médicale à mourir ».

Beaucoup ont pensé que c’était difficile de transférer le patient. Pour ces raisons, on a commencé une réflexion immédiatement après la situation. Pas à cause de Mme Hivon qui a posé des questions ni de M. Barrette qui nous a accusés d’être enfantins.

 

Le Devoir a révélé la semaine dernière qu’une politique interne du CUSM stipulait que l’aide médicale à mourir n’était pas offerte à l’unité de soins palliatifs. Un patient a déjà été changé d’étage pour cette raison. La semaine dernière, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a pressé l’hôpital, dans une lettre envoyée à son p.-d.g. Normand Rinfret, de revoir sa politique.

Modifications à venir

Les médecins de l’unité de soins palliatifs ne pensaient pas que des patients dont la douleur est bien soulagée en viendraient à demander l’aide médicale à mourir, a admis le Dr Borod. « Mais après, on a eu un cas. Beaucoup ont pensé que c’était difficile de transférer le patient, a-t-il raconté. Pour ces raisons, on a commencé une réflexion immédiatement après la situation. Pas à cause de Mme Hivon qui a posé des questions ni de M. Barrette qui nous a accusés d’être enfantins ».

La modification de la politique prendra quelques semaines. Mais si des cas devaient se présenter entre-temps, l’intention de l’hôpital est, « pour l’instant, de ne pas déplacer les patients », a affirmé le Dr Court.

L’obligation faite au patient qui demande l’aide médicale à mourir d’avoir été admis au CUSM au cours des 18 derniers mois ne sera pas nécessairement modifiée, même si, dans sa lettre, Gaétan Barrette jugeait que cela contrevenait à la loi.

« Nous n’avons pas adopté cette politique pour faire barrière à l’aide médicale à mourir », s’est défendu le Dr Court. La politique des « 18 mois » sera-t-elle modifiée ? « Nous sommes en train d’en discuter », a-t-il répondu. Selon lui, ce sont les CISSS et CIUSSS qui ont la « responsabilité populationnelle » de leurs patients, et qui devraient gérer les demandes d’aide médicale à mourir pour ces derniers. « Si un patient a reçu des soins ailleurs qu’au CUSM, il sera mieux servi à cet endroit, selon le Dr Court. Notre priorité est de nous occuper des patients qui nous sont attribués. »

Pas d’obstruction

Il n’y a pas lieu de croire qu’une certaine obstruction empêche les patients d’avoir accès à l’aide médicale à mourir au CUSM, selon le Dr Court. « On nous a qualifiés de hors norme, alors que d’autres établissements ont eu un nombre comparable de cas avec plus de patients en fin de vie. Pourquoi isoler le CUSM ? »

Le Dr Borod a expliqué que, lorsqu’elle a été adoptée, la politique controversée visait à rassurer les patients. « Très souvent, les patients ont peur des soins palliatifs, il existe une vraie crainte qu’on accélère leur mort. Il faut être sensible à cette réalité. »

Toutefois, cette crainte, après réflexion, « ne justifie peut-être pas le transfert des patients » qui eux voudraient avoir accès à l’aide médicale à mourir, a convenu le Dr Court.

Est-ce que l’aide médicale à mourir est un soin au même titre que les soins palliatifs ? Le Dr Borod a hésité avant de répondre à la question lancée par un journaliste. « C’est maintenant considéré comme un soin dans la loi. Ce n’est pas à moi de considérer si c’est un soin ou non. »

Reste que ses collègues et lui craignent toujours « qu’une personne demande l’aide médicale à mourir sans s’être fait offrir de bons soins palliatifs ».

Le ministre insatisfait

 

Le ministre Barrette s’est montré insatisfait de la réaction du CUSM. « Je m’attendais à ce que les modifications demandées soient apportées rapidement. Je demeure sur mon appétit », a-t-il réagi en entrevue. Il comptait contacter l’établissement rapidement pour demander des précisions, car « il n’y a aucune justification légale pour mettre en place une telle politique ».

À voir en vidéo