Barrette intervient pour mater les médecins du CHUM

La députée péquiste Véronique Hivon
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La députée péquiste Véronique Hivon

Pour contrer ce qu’il qualifie d’« obstruction » à l’aide à mourir, le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, a pris les grands moyens au CHUM pour mettre au pas les médecins et réclame que les demandes des patients ne transitent plus par ces professionnels, mais plutôt par le reste du personnel soignant. Ce dernier entend aussi serrer la vis au Centre universitaire de santé McGill, dont il a jugé mardi la politique interne restrictive sur les soins de fin de vie « inappropriée et exagérée ».

Joint alors qu’il était en déplacement sur la Côte-Nord, le ministre Barrette s’est montré outré par les informations publiées mardi dans Le Devoir révélant qu’une politique interne récemment adoptée par le CUSM permet à l’unité des soins palliatifs de ne pas offrir l’aide à mourir aux patients hospitalisés qui en feraient la demande. Pour respecter l’objection de conscience des médecins de cette unité et la « tradition » des soins palliatifs, le CUSM transfère plutôt ces patients vers d’autres unités.

« C’est de l’obstruction […], ça ressemble à ça », a insisté le ministre. « Il y a des médecins qui choisissent de défendre leur intérêt philosophique avant celui des patients et c’est dommage. Il doit y avoir une intervention », a ajouté le Dr Barrette. Ce dernier entend d’ailleurs « avoir une conversation avec la direction du CUSM » dès son retour dans la métropole.

« La loi est claire. Tout citoyen doit avoir accès à sa demande [d’aide à mourir] dans la mesure où la personne respecte les critères prévus par la loi. Leur règle est inappropriée sur la base des soins à donner. Cette mesure m’apparaît exagérée. Il n’y a pas d’unité [dans un hôpital] qui a l’exclusivité de quoi que ce soit », a insisté le ministre.

Nouvelle directive au CHUM

Dans la même veine, le ministre Barrette a déclaré être intervenu la semaine dernière au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) pour faire en sorte que toutes les demandes d’aide à mourir ne transitent plus uniquement par les médecins, mais par d’autres membres du personnel soignant. « J’ai demandé à l’administration que les demandes soient faites au personnel […] de façon à “bypasser” les médecins », a-t-il affirmé, à la suite de rapports démontrant qu’il y avait eu très peu de demandes d’aide à mourir ayant suivi leur cours au CHUM pour un établissement de cette ampleur.

Tout comme au CUSM, plusieurs médecins de l’unité de soins palliatifs du CHUM sont eux aussi farouchement opposés à l’aide à mourir. Outre des cas rarissimes (un seul à notre connaissance), les patients mourants qui en ont fait la demande n’ont pas été suivis dans cette unité. Seulement cinq demandes d’aide à mourir ont été recensées en six mois au CUSM (trois n’ont pu être remplies), et une douzaine au CHUM (la moitié a été acceptée), alors que vingt-six demandes ont été reçues et autorisées au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) et quinze au Centre hospitalier universitaire de l’Estrie (trois refusées).

Ces chiffres ont été jugés assez préoccupants pour justifier l’intervention du ministre dans la gestion interne du CHUM et celle annoncée au CUSM. Lorsque questionné à savoir s’il n’y avait pas un problème en général dû au fait que la grande majorité des spécialistes en soins palliatifs au Québec sont opposés à l’aide à mourir — un soin de fin de vie désormais garanti par la loi —, le ministre a soutenu qu’il y avait « un problème philosophique ». « Non, ce n’est pas normal qu’on oppose cette philosophie aux droits des patients », a soutenu ce dernier en entrevue.

Le CHUM a confirmé mardi qu’une nouvelle directive avait été mise en place ces derniers jours pour permettre à tout membre du personnel de contresigner un formulaire de demande d’aide à mourir présenté par un patient, alors qu’auparavant seuls les médecins étaient autorisés à le faire. Le suivi de toutes les demandes d’aide médicale à mourir est désormais assuré par la personne qui coordonne le Groupe interdisciplinaire de soutien (GIS), dont la mission est d’accompagner patients et professionnels dans les procédures d’aide médicale à mourir.

« On s’assure que le service est offert, et un document complet d’information sur l’aide à mourir destiné aux patients est en rédaction », a fait savoir Joëlle Lachapelle, porte-parole de l’établissement.

Véronique Hivon dénonce

Plus tôt au cours de la journée, la députée de Joliette et porte-parole du Parti québécois en matière de soins de fin de vie et de justice avait décrié la politique interne adoptée par le CUSM, et pressé le ministre Barrette d’agir pour s’assurer que « tous les patients, où qu’ils soient traités, aient accès à un continuum de soins de fin de vie ».

« Ce n’est pas aux patients à s’adapter à l’organisation des soins ; c’est la responsabilité de l’établissement d’offrir des soins aux patients, dans le respect de leur autonomie, de leur liberté décisionnelle et de leur dignité. Il est inconcevable que des patients, parce qu’ils sont dans un hôpital ou une unité X, aient besoin de se battre pour avoir accès aux soins auxquels ils ont droit », a déclaré Véronique Hivon.

Rappelant que la majorité des médecins « ont pris le virage » et se conforment à l’esprit de la loi, la députée a déploré qu’il persiste « des poches de résistance dans certains milieux de soins palliatifs » pour des raisons idéologiques. « Il faut qu’on se sorte du paternalisme médical » affiché par certains d’entre eux, a-t-elle ajouté, appelant le ministre Barrette à assurer un meilleur suivi de la loi et à accroître la formation sur l’aide à mourir dans les milieux de soins.

 

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