Consommation excessive d’alcool et… promotions en hausse

Selon l'étude de l'INSPQ, le prix de l’alcool a augmenté de 18,5 % entre 2002 et 2015, alors que l’indice des prix à la consommation (IPC) a connu une croissance de 24,7 %.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Selon l'étude de l'INSPQ, le prix de l’alcool a augmenté de 18,5 % entre 2002 et 2015, alors que l’indice des prix à la consommation (IPC) a connu une croissance de 24,7 %.

La consommation excessive d’alcool est en hausse, ce qui n’empêche pas Québec de tolérer la multiplication d’offres promotionnelles qui contournent le règlement sur le prix minimum de la bière, dénonce Éduc’alcool.

Il était par exemple possible de se procurer de la bière à moins de 80 % du prix minimum fixé par la loi la semaine dernière chez IGA. En déduisant le rabais d’essence de 15 $ offert à l’achat de deux caisses de 30 canettes, la bière revenait à 2,49 $ le litre. Le prix minimum est fixé à 3,13 $ le litre pour la bière dont la teneur en alcool se situe entre 4,9 et 6,2 %. Le même genre de promotion avait été offert à pareille date l’an dernier, pendant les festivités de la fête nationale.

C’est tout à fait légal, affirme la Régie des alcools, des courses et des jeux, qui approuve ce genre de publicité sur la bière, puisque le rabais n’est pas appliqué directement sur la bière. Le prix minimum est donc respecté.

Peut-être, mais cela ne devrait pas être toléré, tempête le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy.

« La loi est contournée en toute impunité, dénonce-t-il. On fait de la bière un élément de marketing pour attirer la clientèle en magasin, c’est amoral et, à mon sens, illégal. »

Éduc’Alcool a répertorié des promotions semblables chez d’autres épiciers, comme Super C, Loblaws ou Provigo, qui ont déjà offert un rabais sur l’épicerie à l’achat de bière. Des promotions ont aussi été offertes dans des dépanneurs et des stations d’essence.

Le prix, un levier puissant

Cette « banalisation » de l’alcool survient alors que la consommation excessive est pourtant en hausse, selon une étude publiée récemment par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), déplore le directeur général d’Éduc’alcool.

Et le principal levier pour freiner la consommation excessive, c’est le prix, indiquent les chercheurs de l’INSPQ qui signent cette étude.

« Quand les prix augmentent, la consommation et les problèmes qui y sont associés diminuent », explique la Dre Nicole April.

« Le discours dominant, c’est que l’alcool est trop cher, renchérit son collègue Réal Morin. Mais dans le contexte où l’alcool n’est pas un bien de consommation comme les autres, c’est tout à fait raisonnable d’ajuster les prix pour tenir compte des impacts de santé et sociaux. »

L’abus d’alcool est responsable de maladies chroniques (hépatites, cancers, etc.), de nombreux traumatismes et accidents, de problèmes sociaux comme la violence et de problèmes de santé mentale comme les dépendances. Les bienfaits attribués à la consommation raisonnable d’alcool sont de plus en plus contestés. « Il y a un débat actuellement, les études auraient surestimé les bénéfices », selon la Dre April.

Leur étude souligne que l’alcool est de moins en moins cher. En effet, le prix de l’alcool a augmenté de 18,5 % entre 2002 et 2015, alorsque l’indice des prix à la consommation (IPC) a connu une croissance de 24,7 %.

« Plutôt que de se demander comment baisser les prix et privatiser, le gouvernement devrait se pencher sur la consommation excessive », s’indigne Hubert Sacy. En mai, le rapport de la vérificatrice générale, qui estimait que la Société des alcools du Québec n’en faisait pas assez pour obtenir les meilleurs prix, l’a profondément dérangé. « Le mandat de la SAQ n’est pas de vendre au plus bas prix possible. C’est de trouver l’équilibre pour ne pas écoeurer le consommateur avec des prix trop hauts et limiter la consommation excessive. »

Les chercheurs de l’INSPQ proposent qu’un prix minimum soit fixé pour tous les types d’alcool.

Réal Morin convient que ce n’est pas très populaire de proposer une augmentation des prix par les temps qui courent. « Mais il faut prendre conscience qu’actuellement, c’est très clair, on ne fait pas d’argent avec l’alcool. Les conséquences coûtent plus cher que ce que ça nous rapporte ». Selon le Dr Morin, il est dans « l’intérêt de tous » que l’alcool coûte un peu plus cher : on protège les jeunes, les personnes présentant une dépendance, les potentielles victimes de la route, etc.

Consommation en hausse

Environ 82 % des Québécois âgés de 12 ans et plus consomment de l’alcool de temps à autre. Alors que cette donnée est plutôt stable, la consommation par personne, la consommation excessive et la consommation au-delà des limites à faible risque sont en croissance, selon l’étude de l’INSPQ.

À 8,5 litres en équivalent d’alcool pur par personne en 2014-2015, chaque Québécois consomme en moyenne 500 verres d’alcool par an.

La consommation excessive est observée chez 23 % des buveurs québécois et 44 % des 18 à 24 ans. « On pourrait avoir des mesures ciblées pour les jeunes », croit la Dre April.

La proportion de jeunes de moins de 18 ans qui consomment de l’alcool est, elle, en baisse. Elle est passée de 56,3 % (2000-2001) à 45,4 % (2013-2014).

Bien que les hommes continuent à boire davantage que les femmes, c’est chez ces dernières que la consommation excessive est en croissance marquée, avec une hausse de 48 % entre 2000-2001 et 2011-2012.


Parlons consommations

On parle de consommation excessive à partir de cinq verres ou plus par occasion, plus d’une fois par mois. Depuis 2013-2014, ce seuil a été abaissé à quatre verres chez les femmes.

La consommation à faible risque est définie par un maximum de trois verres par jour chez les hommes et deux chez les femmes, cinq jours et moins par semaine.


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