Barrette juge rassurantes les demandes refusées

Pour le ministre Barrette, le nombre de demandes refusées est « une bonne nouvelle ».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Pour le ministre Barrette, le nombre de demandes refusées est « une bonne nouvelle ».

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se réjouit que 30 % des demandes d’aide à mourir avortent, preuve que les garde-fous prévus par la loi fonctionnent. Mais les défenseurs du droit de mourir dans la dignité s’inquiètent des délais observés et décrient l’« obstruction idéologique » exercée par les médecins de certains hôpitaux universitaires de la région de Montréal.

Interpellé lors d’un impromptu de presse à Québec, le ministre Barrette a fait valoir que les chiffres publiés jeudi dans Le Devoir, révélant que près du tiers des demandes d’aide à mourir ne suivent pas leurs cours, « étaient une bonne nouvelle ».

« La population devrait être rassurée de ça, parce que pour avoir accès à l’aide médicale à mourir, il faut satisfaire à un certain nombre de paramètres. […] On a un système qui fait en sorte qu’on a garde-fou », a-t-il insisté, d’avis que ces chiffres ne doivent pas être reçus « négativement ».

Or, les rapports de la majorité des régions sur l’application de la loi sur l’aide à mourir compilés par Le Devoir démontrent qu’une forte proportion des demandes non administrées n’est pas du tout liée aux critères dictés par la loi, mais plutôt aux délais qui ont entraîné soit l’inaptitude, la sédation ou la mort naturelle du patient avant que sa requête n’ait pu être traitée.

« Je n’ai pas les détails de chacun de ces cas refusés, mais le fait que des gens n’y aient pas eu accès, il ne faut pas voir ça négativement. […] Si 100 % des demandes étaient acceptées, ça soulèverait un questionnement réel », a ajouté le ministre.

Ce dernier n’a fait aucun commentaire sur le fait que l’accès soit inégal selon les régions, et surtout, sur le fait qu’elles soient autorisées au compte-gouttes dans certains centres universitaires de la région de Montréal.

Lois déficientes

Pour l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD), les données révélant que plusieurs patients sont devenus inaptes avant d’avoir pu recevoir l’aide à mourir « sont troublantes » et viennent renforcer l’urgence de modifier les lois actuelles sur le consentement.

« Cette portion des lois fédérale et québécoise va devoir être reformulée. Car cela accroît les possibilités que des patients deviennent inaptes ou qu’ils se privent des médicaments que requiert leur état et tolèrent des souffrances intolérables pour rester aptes à consentir », insiste le porte-parole de l’AQDMD, le Dr Georges L’Espérance.

Par ailleurs, ce dernier juge inacceptable et « d’une tristesse infinie » le « blocage idéologique » exercé par certains médecins de soins palliatifs dans les centres hospitaliers universitaires de McGill (CUSM) et de l’Université de Montréal (CHUM), où un faible nombre de demandes ont été autorisées, malgré l’important bassin de population desservi par ces centres. « Les lits n’appartiennent pas aux médecins, mais aux patients, a déploré le Dr L’Espérance. Ces médecins confondent l’objection de conscience avec les agissements d’une organisation payée à même les taxes du public. »

4 commentaires
  • Christian Debray - Abonné 23 juin 2016 06 h 17

    Dr de la mort

    Le Dr L’Espérance est devenu ce que TVNDY a prévu depuis 3 ans, un docteur de la mort. Le ministre Barette a partiellement raison. Je suis rarement en accord avec lui, mais aujourd’hui je le suis. Si certains patients reçoivent une sédation, c’est qu’il y a eu de bonnes décisions, au minimum des tentatives. C’est de plus la preuve que les soins palliatifs sont la solution, pas la mort assistée (aide et médical étant des euphémismes).
    La peur de la souffrance est un facteur beaucoup plus fréquent que la souffrance elle-même, selon les chiffres de l’Oregon. La peur de devenir handicapé est encore plus fréquente. La peur est le motif le plus puissant et le plus courant. Prendre des décisions graves sous l’influence d’une émotion puissante, c’est une mauvaise façon de faire.
    Pour ceux qui disent que l’on achève bien les chevaux, je ne veux pas être traité comme un animal.

    • Patrick Provost - Abonné 23 juin 2016 17 h 43

      Vous jouez avec les mots. La peur de la souffrance est aussi réelle que sera la souffrance annoncée. La raison prévaut.

      En fin de parcours, les soins palliatifs consistent à endormir le patient pour lui éviter les souffrances, physiques et mentales, afin qu'il n'ait pas conscience de sa propre mort. Moi, je lève mon chapeau devant ces gens qui veulent mourir dans la dignité et qui ont le courage de leur conviction et demande à mourir en toute conscience.

      Votre exemple du cheval qu'on achève est bien mauvais... Montrez plus de compassion envers un animal qu'envers un humain? Misère...

      En terminant, quand vous dites: "Prendre des décisions graves sous l’influence d’une émotion puissante, c’est une mauvaise façon de faire.", je comprends que vous n'êtes pas marié ou que vous le regrettez...

    • Christian Debray - Abonné 25 juin 2016 07 h 00

      Je suis très bien marié et très heureu, je viens de fêter mon 9e anniversaire de mariage.
      Non les soins palliatifs ne consistent pas seulement à endormir le patient. Ça c'est la sédation palliative qui est l'extrème mesure utilisée en soins palliatifs.
      La peur de souffrir est bien une peur mais pas la réalité de la douleur, J'en sais queque chose, je souffre de sténose de la colonne vertébrale causé par de l'arthrose dégénérative.
      Je ne veux pas que l'on me traite comme un annimal. Il n'y a pas de dignité supplémentaire à mourrir.

  • Yvon Bureau - Abonné 23 juin 2016 10 h 48

    Appui à AQDMD

    Le CMDL appuie les positions et les recommandations de l’AQDMD.

    Inacceptable et abominable que «certains médecins de soins palliatifs dans les centres hospitaliers universitaires de McGill (CUSM) et de l’Université de Montréal (CHUM), où un faible nombre de demandes ont été autorisées, malgré l’important bassin de population desservi par ces centres.»

    Si nous suivons la logique de ces médecins de SP, ils pourraient aussi enlever aux mourants le droit de refuser et de faire cesser les traitements, de demander un mourir sans aucune douleur même si cela avance le moment de la mort, au nom de la cohérence avec leurs valeurs de médecins !!! Que les dieux, les diables et les néants qui les habitent sortent d’eux!!!

    Ghislain Leblond et Yvon Bureau
    Coprésidents du Collectif Mourir digne et libre