Vers un bras de fer entre Québec et la fédération?

Un total de 224 nouveaux médecins de famille a obtenu un poste hospitalier. La grande majorité sera soumise à la nouvelle règle édictée à la fin d’avril.
Photo: Pixland Un total de 224 nouveaux médecins de famille a obtenu un poste hospitalier. La grande majorité sera soumise à la nouvelle règle édictée à la fin d’avril.

Seuls 32 nouveaux omnipraticiens ont obtenu un « assouplissement » de l’exigence de suivre 500 patients en cabinet pour obtenir le « privilège » d’exercer aussi à l’hôpital, notamment à l’urgence, à partir de leur diplomation le 1er juillet. Pour les 192 autres qui ont obtenu un poste hospitalier, Québec s’attend à ce qu’ils respectent ce quota d’inscription de patients.

Pour la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), aucun de ces médecins ne devrait être obligé de suivre des patients en plus du travail à l’hôpital. Son président, le Dr Louis Godin, accuse le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette de « bafouer » ses ententes avec la FMOQ et la loi. « C’est peut-être difficile pour un médecin seul de se lever contre un ministre, mais nous allons défendre ces médecins-là jusqu’au bout ! » a-t-il lancé en entrevue.

Le Dr Godin ajoute qu’il a encore bon espoir « que tout le monde entende raison » dans ce dossier. Questionné sur son intention de recourir aux tribunaux dans le cas contraire, il répond que le « nécessaire » sera fait.

Un total de 224 nouveaux médecins de famille a obtenu un poste hospitalier. La grande majorité sera soumise à la nouvelle règle édictée à la fin d’avril. Il s’agit surtout de nouveaux diplômés, mais des médecins d’expérience qui souhaitaient changer de région sont aussi concernés.

Environ 500 médecins de famille seront assermentés dans les prochains jours.

Une règle irritante

Le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette a confirmé au Devoir que 32 dérogations avaient été accordées à cette règle des « 500 patients » que les jeunes médecins ont décriée. On n’a pas été en mesure d’indiquer combien de demandes de dérogations avaient été formulées. La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) estimait à une centaine le nombre de cas litigieux.

Même les médecins qui ont obtenu une dérogation devront suivre des patients en cabinet dans la plupart des cas. « Il s’agit d’assouplissement des demandes de prise en charge », précise l’attachée de presse de Gaétan Barrette, Julie White. On pourrait par exemple exiger d’un jeune médecin qu’ils suivent 250 patients plutôt que 500, en plus de ses gardes à l’hôpital.

Ces assouplissements ont été accordés pour des « situations particulières », ajoute Mme White.

La nouvelle règle a irrité certains jeunes médecins qui ont décidé de quitter le Québec. Il sera par exemple tout à fait normal d’entendre l’accent québécois à l’urgence de Hawkesbury, en Ontario. Selon les informations colligées par Le Devoir, on y a dernièrement recruté au moins cinq médecins du Québec.

Le Devoir a rencontré un couple de jeunes omnipraticiens qui préparait son déménagement pour pratiquer dans une urgence ontarienne. Ces deux jeunes médecins d’urgence avaient la possibilité d’accepter des postes en hôpital dans trois régions différentes. Mais la nouvelle règle a été décrétée par Québec, détruisant leurs rêves. « Nous n’avions pas envie d’aller en Ontario. Nous avons tout fait pour l’éviter », a confié la jeune médecin, qui ne désire pas être identifiée.

Son conjoint s’est senti abandonné par la FMOQ dans cette histoire. « Je suis resté avec l’impression qu’ils avaient vendu les jeunes médecins », reproche-t-il.


Barrette accroît la pression sur les omnis

Le ministre Gaétan Barrette a fait le point, jeudi, sur les cibles de prise en charge de nouveaux patients convenues avec les fédérations médicales. Les médecins devront accélérer le rythme d’inscription. Le 23 mai, le taux d’inscription était de 71,8 %, un retard de 2,2 % par rapport à la cible « si l’inscription se faisait à un taux approprié », a indiqué le ministre. Les omnipraticiens devront inscrire 58 000 nouveaux patients par mois d’ici 18 mois, a résumé M. Barrette. « Nous sommes près des cibles », a réagi le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin. Il invite le ministre à « regarder dans sa cour ». « Ce serait intéressant que le ministre regarde ce qu’il doit livrer, le soutien clérical en CLSC, l’accès aux spécialistes pour nos patients, le personnel dans les GMF », soutient-il.
2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 17 juin 2016 08 h 47

    Juste le nombre ?

    "Prendre en charge" un trentenaire en santé, ou un septuagénaire diabétique et arthritique, ce n'est pas la même chose. Je ne comprends pas ce chiffre magique de 500 patients.

  • Jean-François Trottier - Abonné 17 juin 2016 09 h 52

    La différence de formation

    Je crois que le ministre Barette (il est encore là celui-là ????) a une perspective totalement erronée du rôle du médecin.

    Mon expérience personnelle : il y a quelques années, je ne posais même pas le petit orteil dans un certain hôpital tellement je savais qu'on y était interventionniste à tout crin, et que seul tout y dépendait uniquement des spécialistes. Je les appelais les "bouchers".
    Par la suite, obligé d'y aller pour urgence, j'ai constaté comment ce même hôpital avait évolué. Comme toujours et beaucoup trop (et partout), les spécialistes ont le dernier mot, mais plus personne ne les prend pour des dieux. On y est beaucoup moins interventionniste tout en étant vigilant.

    Les services sont moins empressés qu'avant... il y a moins de personnel! Mais l'avis du patient est pris en compte, alors qu'autrefois ont avait l'impression que le patient était un mal nécessaire, celui qui apporte le "cas" mais ne débite que des niaiseries.

    Barette a été formé à l'ancienne école, celle des dieux descendus sur terre. Couilllard aussi d'ailleurs.
    Comme tous deux sont, désolé de le dire, sociopathes, i.e. incapables de comprendre comment le rôle du médecin s'insère dans la société au lieu de la dominer, alors ils ne peuvent évoluer dans le sens général où vont les centres de soins et hôpitaux.

    Nous sommes encore loin de ce que devrait être le rôle du médecin et du spécialiste dans les hôpitaux et dans la santé en général, mais une meilleure orientation a été prise depuis 20 ans. Barette au contraire tord le système et croit RÉELLEMENT qu'il ne peut se tromper.

    Un médecin n'a rien à faire dans l'administration d'un hôpital, qu'il ait ou non des études en administration: le type de décision, sa portée et sa démarche ne sont pas du tout les mêmes, au point d'être antinomiques. Tout au plus porte-parole.

    Les médecins ont le statut d'électrons libres dans ce système à l'acte, sont au sommet de la pyramide et ont AUSSI le dernier mot partout.
    Stupide!