Une banque à l’honneur au CHU Sainte-Justine?

Le docteur Joaquim Miro craint «que la philanthropie soit vue comme une façon de dédouaner le gouvernement face à ses responsabilités dans le milieu de la santé».
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le docteur Joaquim Miro craint «que la philanthropie soit vue comme une façon de dédouaner le gouvernement face à ses responsabilités dans le milieu de la santé».

L’un des principaux amphithéâtres du nouveau CHU Sainte-Justine portera le nom de BMO, selon un groupe de spécialistes de la pédiatrie. Ils déplorent que l’entreprise donatrice ait été préférée, au détriment des bâtisseurs du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Les docteurs Fernando Alvarez, Christophe Faure et Joaquim Miro signent aujourd’hui une lettre ouverte dans nos pages pour inciter à remettre en valeur « l’oeuvre des personnes qui ont consacré leur vie à l’institution », notamment le Dr Claude C. Roy, décédé en juillet 2015.

Considéré mondialement comme l’un des pionniers de la gastro-entérologie pédiatrique, le Dr Roy a reçu nombre d’honneurs, dont ceux l’Ordre du Canada et du Québec.

« Aucun de nous trois n’est contre la charité, c’est une question d’équilibre et de ce qu’on veut montrer à notre jeunesse », explique le Dr Alvarez. L’accent doit être mis sur le travail scientifique, le dévouement et l’implication auprès des patients pour inspirer les prochaines générations de médecins selon le cardiologue Miro.

Son collègue Joaquim Miro renchérit : « J’adore la Fondation, il faut que ce soit clair. Le débat est plutôt autour de ce qu’un don peut acheter ou non. » En donnant le nom « de ceux qui ont aidé à payer le béton et non celui des hommes et des femmes exceptionnels qui ont donné une âme à ce même béton », c’est la transmission de la mémoire collective qui s’interrompt, écrivent-ils dans cette lettre.

La Fondation CHU Sainte-Justine n’a pas voulu confirmer ces informations. Personne n’était non plus en mesure de chiffrer les dons de BMO, un contributeur de longue date à cette fondation.

Désengagement et centralisation

Salon L’Oréal ou Deloitte, Atrium Hydro-Québec, salle Tata Communications, place Banque Royale : plusieurs établissements universitaires ont déjà baptisé leurs salles de cours du nom d’entreprises ayant contribué à leur construction. Aux yeux de Fernando Alvarez, la visibilité engendrée par ces dons est très avantageuse par rapport à l’achat de publicité, notamment grâce à sa durée dans le temps et grâce aux crédits d’impôt ainsi obtenus.

« Notre crainte est aussi que la philanthropie soit vue comme une façon de dédouaner le gouvernement face à ses responsabilités dans le milieu de la santé », exprime M. Miro. Les politiques d’austérité actuelles leur font redouter que la charité devienne « le seul recours, alors qu’elle devrait être un supplément et non pas remplacer ce que l’on doit assumer comme société », poursuit M. Alvarez.

L’impression que la dissension se tait à l’intérieur de l’institution avec la réforme du ministre Gaétan Barrette l’a aussi encouragé à reprendre son droit de parole. Le ministre de la Santé a regroupé en septembre 2015 le CHU Sainte-Justine et le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) qui partagent maintenant le même conseil d’administration ainsi que le même président-directeur général.

En plus de devoir réduire ses effectifs de psychologues et de travailleurs sociaux, l’hôpital pour enfants réclame depuis deux ans des contributions de plusieurs millions de dollars à sa fondation pour financer certains projets déjà entamés.

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 juin 2016 09 h 54

    le monde ne peut plus être un casino

    je savais bien que tôt ou tard cette façon de faire allait être dénoncée car c'est la grande deviance dont souffre nos sociétées, je n'ai rien contre les banquiers mais quand nous en avons que pour eux, il y a des choses qui clochent,je me permetrai de dire que c'est peut- être, ce qui détruira le monde ,quelle culture qui existe depuis mille ans. peut être qu'elle a fait son temps, pauvre Québec qui n'en est encore qu'a ses premières expériences, combien de temps ca lui prendra pour se rende compte que ca sert des maitres qui ne sont pas les nôtres, enfin nous verrons bien car les échéances arrivent a grands pas, attendons de voir ce que vont faire les anglais avec l'Europe , le monde ne peut plus etre un casino

  • Réal Bergeron - Abonné 13 juin 2016 11 h 13

    À la santé du privé!

    Pour baptiser leurs nouvelles infrastructures, les dirigeants de nos institutions publiques semblent puiser leur inspiration dans le répertoire de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

    • Robert Beauchamp - Abonné 13 juin 2016 19 h 04

      Et à la santé des grands donateurs. Parions sans nous tromper qu'un grand donateur utilisera une ligne directe pour expliquer son «cas». Toujours en lien avec les institutions de pointe évidemment, plusieurs d'entre eux sont déjà bien représentés sur les c/a par des contacts croisés.

  • Nicole Delisle - Abonné 13 juin 2016 14 h 33

    BMO manque une belle occasion de se montrer vraiment "charitable".

    Quand la charité doit s'afficher, ce n'est plus de la charité au vrai sens du terme, mais plutôt de l'exhibitionnisme publicitaire. Leur don n'en est plus que très peu méritoire.
    Ces personnes qui nous interpellent aujourd'hui ont bien raison. Ce devrait être des gens qui ont consacré leur vie à l'institution qui devraient être mis en plan. Sinon, c'est détourner le vrai sens de la valeur des personnes qui se sont impliquées au profit de ceux qui ne font qu'un don, apprécié bien sûr, mais bien loin de la réalité
    de l'existence de l'œuvre ou de la recherche scientifique. Afficher le nom d'une banque au lieu d'un médecin ayant consacré toute sa vie à un établissement, ou un
    pavillon, ne fait que renforcer l'idée qu'avec de l'argent on peut tout acheter! Bien dommage que des banquiers n'aient pas compris cela.

  • Mario Laprise - Abonné 13 juin 2016 15 h 25

    Ah! les docteurs

    Bien sûr nos médecins en politique savent reconnaître les leurs, leurs amis des banques et des grandes entreprises.
    Ils ne font pas affaire avec Desjradins, une coopérative, mais avec leur alter ego, les grosses banques canadiennes. Ce qui leur fait une belle visibilité à petit prix.

  • Pierre Hélie - Inscrit 13 juin 2016 22 h 32

    Bientôt dans nos hôpitaux...

    "Cette session de chimiothérapie vous a été offerte par BMO, philanthropes qui paient moins d'impôts sur leur milliards que vous sur votre revenu de classe moyenne, qui influencent les gouvernements pour diminuer les services publics, privatiser la santé, payer encore moins d'impôt et j'en passe. "M. le cancéreux, veuillez remettre votre insigne BMO"... Ah, le show de la charité!