Le Québec traite mal les victimes d’AVC

Le problème se situe en partie en amont, puisqu’une minorité de patients, soit 35 %, était arrivée à temps à l’urgence pour recevoir le traitement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le problème se situe en partie en amont, puisqu’une minorité de patients, soit 35 %, était arrivée à temps à l’urgence pour recevoir le traitement.

Au Québec, une minorité de victimes d’un accident vasculaire cérébral ischémique (AVC) sont traitées « selon les recommandations nationales et internationales ». C’est la conclusion inquiétante d’une étude de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui souligne des lacunes importantes dans la prise en charge des AVC. C’est pourtant la troisième cause de décès et première cause d’incapacité grave chez les adultes.

Selon les données recueillies en 2013-2014, en raison de divers délais avant et après l’arrivée à l’hôpital, seulement 8 % des patients ont reçu la thrombolyse, un traitement qui permet de dissoudre le caillot qui bloque la circulation sanguine vers le cerveau.

Le problème se situe en partie en amont, puisqu’une minorité de patients, soit 35 %, était arrivée à temps à l’urgence pour recevoir le traitement. Mais même parmi ceux qui sont arrivés en moins de 3,5 heures à l’urgence, la cible, seulement 23 % ont reçu la thrombolyse.

L’étude a été menée auprès de 3152 patients d’un peu partout au Québec, dont les dossiers médicaux ont été épluchés après un AVC. L’étude de l’INESSS a été déposée sur le Web le 31 mai.

« La présente évaluation à l’échelle provinciale montre un grand besoin d’amélioration de la prise en charge des AVC », concluent ses auteurs.

Selon la neurologue au CHUM Céline Odier, ces données ont provoqué un électrochoc quand elles ont circulé dans le milieu, avant leur publication. « C’est une grande critique du système et beaucoup de choses ont été mises en place depuis », constate celle qui a siégé au comité consultatif de l’INESSS dans le cadre de cette étude.

L’AVC ischémique est le plus fréquent des AVC et se caractérise par une mauvaise irrigation du cerveau en raison d’un caillot de sang. Il entraîne la mort dans 15 % des cas et des handicaps ou des séquelles graves chez la moitié des victimes.

Une course contre la montre

Le traitement de l’AVC est une véritable course contre la montre. L’accès à des traitements rapides commence par l’identification rapide des symptômes — visage affaissé, incapacité à lever les bras normalement, trouble de la prononciation — par les patients et leurs proches. « L’AVC, ça ne fait pas mal, donc les gens n’ont pas le réflexe de venir à l’hôpital », déplore la Dre Odier, qui remarque qu’une campagne de sensibilisation récente commence à porter ses fruits.

Dans l’étude, 71 % des patients ont été transportés à l’urgence en ambulance. D’où l’importance que les paramédics puissent reconnaître les signes d’AVC et diriger les patients vers un centre tertiaire ou secondaire.

À Montréal, Sherbrooke et Québec se trouvent les quatre « centres tertiaires ». La thrombolyse, et plus récemment la thrombectomie, y est disponible 24 heures sur 24. Il y a aussi 19 centres secondaires, qui offrent un peu moins de services.

À Montréal, une grande réorganisation est en cours, indique la Dre Odier. Les ambulanciers seront appelés à reconnaître les AVC graves afin que les patients soient dirigés vers le CHUM ou le CUSM pour recevoir la thrombectomie. C’est un tout nouveau traitement, plus efficace, qui consiste à retirer le caillot mécaniquement en passant par les artères.

Des délais à l’hôpital

Une fois à l’hôpital, les délais continuent à jouer contre les patients. L’imagerie médicale, d’abord, est nécessaire pour le diagnostic. Alors que dans les centres tertiaires 43 % des patients sont passés à l’imagerie dans le délai prescrit de 25 minutes après leur arrivée, cette proportion chute à 23 % et 11 % dans les centres secondaires et tertiaires.

Par la suite, la thrombolyse doit être administrée rapidement si elle est indiquée. Selon l’étude, dans les centres tertiaires, moins de la moitié des patients qui ont eu une thrombolyse ont reçu le traitement dans le délai recommandé de 60 minutes. C’est 22 % dans les centres secondaires et 26 % dans les centres primaires.

Dernièrement, la cible a été abaissée à 30 minutes. Au CHUM, par exemple, le délai médian est actuellement de 43 minutes, indique la Dre Odier.

Le récent programme de télé-thrombolyse devrait avoir amélioré les statistiques en région, croit-elle. Les spécialistes du CHUQ et du CHUM peuvent interpréter les examens diagnostiques et examiner les patients à distance.

Après les soins d’urgence, seulement 14 % des patients, dans l’étude, ont été pris en charge dans une unité d’AVC, où les services sont adaptés, ce qui permet une meilleure réadaptation. « L’augmentation de l’accès à une unité d’AVC constitue un des facteurs les plus importants pour améliorer les résultats cliniques », souligne le rapport de l’INESSS. Réagissant à cette statistique « catastrophique », plusieurs hôpitaux organisent l’ouverture de nouvelles unités d’AVC, selon la Dre Odier.

Point positif, après leur épisode aigu, la majorité des patients ont reçu une thérapie antiplaquettaire, un traitement qui prévient la formation de caillots, et ont été évalués quant à leurs besoins en réadaptation.

Les médecins n’ont pas obtenu de financement du MSSS pour gérer une base de données qui permettrait aux hôpitaux de suivre leurs indicateurs et d’apporter des changements rapidement, indique la Dre Odier. « C’est en voyant nos statistiques sur les délais à l’imagerie, au CHUM, que nous avons décidé de former les techniciens de nuit, illustre-t-elle. On espère maintenant pouvoir continuer à développer la base de données à faible coût. »

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 8 juin 2016 02 h 49

    Il me vient une question...

    A la lecture du titre "Le Québec traite mal les victimes d’AVC", il me vient une question : Qui donc le Québec traite-t-il favorablement, si ce ne sont les Canadiens les plus favorisés qui y vivent ?
    Les autres, les gens ordinaires, les humbles et les sans-grades qui forment l'essentiel du Québec lui-même, ne comptent que pour payer et à tous les quatre ans, voter selon les ordres donnés par ceux qui s'emparent du micro pour parler le plus fort et se proclamer eux-mêmes comme de grands hommes...
    Combien de temps cela va-t-il durer encore ?