Des patients redoutent l’éloignement des services

La clientèle du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau réside à 75 % dans l’est de Montréal et éprouve le plus souvent des difficultés à se déplacer pour recevoir des soins.
Photo: iStock La clientèle du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau réside à 75 % dans l’est de Montréal et éprouve le plus souvent des difficultés à se déplacer pour recevoir des soins.

Le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau, le seul de l’est de Montréal répondant aux besoins des personnes qui souffrent de handicaps physiques ou neurologiques, risque de déplacer la majorité de ses services dans l’ouest de l’île en raison des efforts de centralisation du ministère de la Santé, a appris Le Devoir. Une situation que dénoncent la CSN et les usagers du centre, qui redoutent des impacts majeurs sur l’accès aux services.

Le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau (CRLB) offre des services spécialisés et surspécialisés en réadaptation en déficience physique motrice ou neurologique qui se déclinent en dix programmes. Ceux-ci s’adressent notamment aux personnes souffrant de paralysie, de lésions diverses résultant d’accidents, de la maladie de Parkinson, de la sclérose en plaques, qui ont subi un accident vasculaire cérébral ou qui tentent de se réadapter en vue d’un retour au travail.
 

Le Devoir


La clientèle, qui réside à 75 % dans l’est de Montréal selon les données obtenues auprès de la CSN, éprouve donc le plus souvent des difficultés à se déplacer pour recevoir des soins, et ce, de deux à quatre fois par semaine. Qui plus est, les usagers reçoivent habituellement des traitements qui s’échelonnent sur plusieurs mois.

Ampleur imprécise

Or, il est prévu de déménager plusieurs des services actuellement offerts au CRLB vers l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal, qui est situé dans l’ouest de Montréal. Combien exactement ? Le comité des usagers et le syndicat des techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux du CRLB l’ignorent, et ce, même si l’incertitude plane depuis déjà plusieurs mois. « J’ai peur qu’ils déménagent plusieurs des dix programmes, même si une telle décision n’a aucun sens, puisque nous sommes le seul centre du genre dans l’est de Montréal », affirme le président du syndicat des techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux du Centre, Laurier Courtemanche.

Il a déjà été question d’un déménagement de 80 % des services, ajoute M. Courtemanche, mais le flou demeure entier. « On nous a dit, au cours des derniers mois, que rien n’avait encore été décidé. »

En fait, le conseil d’administration du CRLB devrait se réunir le 14 juin prochain pour statuer officiellement sur les services qui seront déménagés dans l’ouest de la ville. Selon les informations émanant de la partie syndicale, l’administration ferait part de sa décision dans les jours suivants.

Au moment où les usagers ont sonné l’alarme, dans une lettre publiée dans Le Devoir en novembre 2015, la ministre déléguée à la Réadaptation, Lucie Charlebois, s’était voulue rassurante. « L’objectif n’est pas de fermer le Centre Lucie-Bruneau. Les services de réadaptation vont rester là. Ce qui est projeté, c’est de ramener les blessés médullaires [blessures à la moelle épinière] et les traumatisés crâniens à l’Institut Gingras-Lindsay », avait-elle fait valoir en réagissant au cri du coeur du comité des usagers.

Mobilité très réduite

Malgré les propos de la ministre déléguée, sept mois plus tard, les inquiétudes demeurent toujours aussi vives. Pour la présidente du comité des usagers, Monika Throner, le déplacement des services vers l’ouest est tout simplement inacceptable.

En entrevue au Devoir, cette femme tétraplégique explique qu’elle et la majorité des patients du CRLB demeurent tout près parce que le secteur est mieux adapté pour les personnes handicapées, mais aussi parce que cela facilite leur accès aux soins. Compte tenu du fait que la simple question du transport demeure un défi quotidien, il s’agit selon elle d’un enjeu majeur pour les usagers. « Si je dois me rendre au CRLB, je peux prévoir environ 15 minutes. Mais si je dois aller dans l’ouest, on parle d’une heure en transport adapté, et dans des conditions plus difficiles. C’est donc essentiel que les programmes demeurent au Centre Lucie-Bruneau. »

Même son de cloche du côté de Jean Archambault, victime d’un accident vasculaire cérébral en 2015. Il se rend au CRLB pour ses soins en réadaptation trois fois par semaine et redoute lui aussi le déménagement des services spécialisés qu’il y reçoit. « Aller dans l’ouest, c’est long et on perd notre énergie dans le transport adapté, alors qu’on va sur place pour faire de la physiothérapie », fait-il valoir dans une vidéo produite par la CSN et qui doit être rendue publique ce lundi.

« Qu’est-ce que ça veut dire pour les personnes qui reçoivent ces services, les personnes vulnérables qui ont, au départ, des problèmes de déplacements ? On va leur faire faire une heure de transport, alors qu’ils s’épuisent facilement et qu’ils sont en réadaptation. Ça n’a aucun sens. J’en appelle au conseil d’administration pour qu’il prenne une décision humaine », plaide pour sa part le vice-président de la CSN, Jean Lacharité.

« Je pose la question au gouvernement : êtes-vous en train d’abandonner la population de l’est de Montréal parce que ce n’est peut-être pas votre clientèle électorale ? » conclut le leader syndical.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 6 juin 2016 05 h 02

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    Ici, je manque littéralement de mots polis pour qualifier ce qui se déroule. Mais je vais tout de même essayer de jeter à vos yeux quelques phrases acceptables.
    Dans un programme inavoué de démantelement du Québec, une bande d'individus a réussi à s'emparer du pouvoir politique. En mentant ouvertement et en détournant le sens même de l'expression "représentation élective", depuis quelques mois ses membres s'en prennent honteusement à celles et ceux qui se trouvent plus que tous les autres, en difficultés de santé et en fragilité sociale.
    Depuis plusieurs semaines, leurs stratégie de communication d'encerclement administratif du Centre Lucie-Bruno, celle-ci ayant donnée des résultats ailleurs sans déclencher chez nous une colère qui serait salutaire, montre jusqu'où ils sont prêts à aller pour réduire à néant ce que les Québécois ont eu à coeur de se donner depuis la fin des services de santé et d'aide qui reposaient autant sur un réseau privé, lui qui sélectionnait selon les capacités de payer, que sur la charité.
    Cette dernière dans ses expressions religieuses et laïques rassemblées selon les circonstances et à quoi, si la tendance du désengagement de l'Etat persiste, nous devrons sans doute revenir pour éviter aux plus fragiles des nôtres de sombrer définitivement, à cause des difficultés qui les frappent, dans une forme de marginalité qui les présentera alors comme des sous-humains en valeur...
    Sans vouloir négliger le mérite des autres centres du même genre au Québec, le Centre Lucie-Bruno est sans doute un des plus dynamique et avant-gardiste en matière d'innovation de soins, d'appareillage et d'accompagnement de vie pour les personnes handicapées. D'ailleurs, le nombre de récompenses reçues ne se compte plus, en particulier pour l'aide à celles et ceux qui trouvent un jour leur vie transformée par un accident ou une maladie imprévue...
    L'idéal de ces gens est de s'opposer à la solidarité.
    Comment ces gens font-ils pour se regarder dans la glace le matin

    • Daniel Ouellette - Inscrit 6 juin 2016 10 h 25

      Merci monsieur Côté pour avoir écrit ce texte, vous comme plusieurs d'entre-nous sommes dévastés par l'écroulement peirre par pierre de notre systéme de santé par ce gouvernement de médecins incompétent dans la gestion gouvernementale.

      Les dégâgts se calcul déjà dans plusieurs structures administratives et auprès des patients. Il semble que les québécois seraient encores prêt à donner leurs votent pour ce groupe d'individus...
      l'espoir nous est-il permis?

  • Patrick Daganaud - Abonné 6 juin 2016 08 h 39

    Un champ de ruines et de misère sous des yeux hagards

    Le gouvernement libéral de Couillard poursuit sa politique de destruction massive des services de l'État et de la nation.
    Tous ses ministres, sans exception, sont des saboteurs.
    Dès qu'ils repèrent quelque chose qui fonctionne, en particulier si cela sert les plus vulnérables, leur soif de massacre en fait une cible de désintégration.
    Leur furie saccage toute la structure des services publics, ne laissant que souffrance et désolation, crasse, intoxication.

    Nous avons chassé Harper, grand pourfendeur du bien public et nous voici provincialement aux prises avec les héros politiques du massacre à la tronçonneuse.
    Barrette est parvenu à vitesse grand V à placer le Québec au dernier rang des soins de santé d'urgence, tout en plombant l'intelligence et l'humanité médicales d'une chape d'or, plus pesante que le plomb, qui paralyse tout esprit critique, toute dénonciation articulée de la gangrène que sème partout où il passe le Hun, le Tartare, de la santé. Il a lobotomisé le cerveau de « l'élite » médicale.

    Ce gouvernement engendre la méchanceté, l'égoïsme, la compétition, la rapacité, l'avarice. Il érige en règle de vie le précepte de l’« au plus fort la poche ».
    Il nous rend vils, diminués, aveugles, serviles, insensibles.
    Il nous fait spectateurs de ses atrocités.
    Il nous rend dociles et complices.
    Il nous rend lâches.
    Il nous fait bourreaux à ses côtés.

    Il est mauvais, fondamentalement mauvais, fondamentalement corrompu.
    Il est mauvais même pour ceux qui le soutiennent.
    C'est le streptocoque A de la social-démocratie.
    Il détruit notre corps.
    Il arrache notre conscience.
    Il éteint notre âme.
    Il nous liquéfie et nous « putréfactionne ».

    Je ne pense pas qu'aucun de mes doux mots ne décrive avec exactitude l'horreur qu'il constitue dans son unique quête de donner plus de pouvoir et de richesse à ceux qui ont déjà tout.

    • Nicole Delisle - Abonné 6 juin 2016 11 h 08

      Bravo pour votre texte si vrai! Il reflète très bien ce que je ressens et que je ne saurais dire avec une aussi belle prose. La population ne peut rester
      insensible à un tel massacre. Comment comprendre que notre déchéance
      risque de se poursuivre sur une longue période, puisque ces saboteurs, comme vous dites, risquent d'être réélus dans une prochaine élection?
      Restera-t-il quelque chose à passer à la tronçonneuse en 2018? Tout sera
      déjà fait en bonne partie! M. Couillard encore plus que M. Charest pourra se vanter d'avoir mis le Québec sur les rails....de la pauvreté et de la déshumanisation. Une société mal éduquée, mal soignée, mal défendue
      par son système de justice, pauvre culturellement parlant et qui devra
      multiplier les téléthons pour arriver à se payer un tant soit peu d'humanité et de nécessité suite au désengagement total de ses élus....

  • André Côté - Abonné 6 juin 2016 09 h 40

    Une érosion progressive?

    Le Centre de réadaptation risque d'être déplacé vers l'ouest de la ville, on veut fermer l'hopital Hôtel-Dieu, le nouveau train rapide annoncé en grande pompe récemment desservira uniquement l'ouest de la ville, les entreprises québécoises passent aux mains d'étrangers, on tarde à aider la québécoise Bombardier... Quand on aligne tous ces éléments dans une même phrase, on a l'impression qu'on est en train de procéder à une érosion progressive de ce qui fait la vitalité et la spécificité de ce que nous sommes.