Québec restreindra l’accès à l’un des médicaments les plus populaires

Grâce à diverses mesures, entre 2008 et 2014, la facture liée aux IPP a fléchi de 40 %.
Photo: Jorge Salcedo Getty Images Grâce à diverses mesures, entre 2008 et 2014, la facture liée aux IPP a fléchi de 40 %.

Québec pourrait restreindre considérablement l’accès à une des classes de médicaments les plus prescrites au Québec pour les assurés du régime public. Ces derniers pourraient n’avoir droit qu’à trois mois de remboursement par année pour les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), prescrits pour divers malaises gastriques. Près de 760 000 assurés du régime public prennent ces médicaments.

Le but : « améliorer » l’usage de ces molécules souvent prescrites à tort et « atténuer la pression financière » sur le régime public d’assurance médicaments, écrit l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) dans un avis déposé sur son site Web en mai.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui avait commandé cet avis, compte en appliquer les recommandations d’ici quelques mois. Le MSSS n’a pas voulu confirmer cette information et indique que l’analyse est toujours en cours.

Un usage de plus de 90 jours par an ne serait couvert que pour certains diagnostics précis ou si l’arrêt du médicament provoque un retour des symptômes plus de trois jours par semaine.

Les utilisateurs actuels auraient de 6 à 12 mois de sursis avant que la mesure s’applique.

Des coûts déjà en déclin

« Dans de nombreux cas, la prescription d’IPP est injustifiée », écrit l’INESSS dans son avis. Le comité scientifique estime que les mesures précédentes, comme la rédaction d’un guide clinique, n’ont pas suffi à fléchir la tendance : de plus en plus de personnes se voient prescrire ces médicaments.

Plus de la moitié des patients qui prenaient ces médicaments en 2014 le faisaient depuis plus de deux ans, alors qu’ils devraient être le plus souvent utilisés quelques semaines.

Évolution du coût des IPP pour le régime public d’assurance médicaments du Québec

1996 : environ 30 millions

2008 : 275 millions

2014 : 167 millions

Source: Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, 2016

La préoccupation financière autour des IPP n’est pas nouvelle. Grâce à diverses mesures, entre 2008 et 2014, la facture liée à ces médicaments a fléchi de 40 %, passant de 275 à 167 millions annuellement, selon l’INESSS.

Québec a par exemple réussi à faire fléchir les coûts de 35 millions de dollars en fixant un prix maximal payable pour ces molécules.

En abaissant de nouveau le prix maximal payable à 36 cents le comprimé en 2015, une économie supplémentaire de 10 millions de dollars devait être réalisée, selon les documents déposés par la RAMQ lors de la plus récente étude des crédits du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

La première ligne préoccupée

Bien qu’ils reconnaissent que ces médicaments sont souvent mal prescrits, médecins et pharmaciens anticipent les conséquences que cette décision pourrait avoir sur les patients.

« Il y a beaucoup de facteurs économiques dans cette décision, juge la Dre Josée Parent, présidente de l’Association des gastro-entérologues du Québec. Je comprends qu’il faille limiter leur utilisation, mais ce sont des médicaments très efficaces, sans effets secondaires, qui donnent une belle qualité de vie aux patients qui en ont besoin. »

Le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Bertrand Bolduc, estime que l’avis de l’INESSS fait l’unanimité « d’un point de vue clinique ». « Mais il faut aller plus loin que les mesures administratives. Les véritables économies, c’est en réduisant la cascade médicamenteuse que nous allons les obtenir », selon lui. Mais, chaque fois qu’un pharmacien recommande le retrait d’un médicament inutile, il perd des honoraires. « Il faut repenser la rémunération des pharmaciens », estime-t-il, pour favoriser ce travail essentiel.

« Nous ne sommes pas contre l’idée d’améliorer l’usage de ces médicaments », explique le pharmacien Christophe Auger. Mais pour le président de l’Association professionnelle des pharmaciens salariés du Québec, ça reste une décision « administrative » qui ne tient pas compte des patients. « Au bout des 90 jours, des patients qui ne correspondent pas aux exceptions reconnues vont devoir payer pour avoir accès à leur médicament », déplore-t-il. Le coût de traitement serait d’environ 20 dollars par mois.


Consultez l'avis de l'INESSS sur les inhibiteurs de la pompe à protons

Les médicaments pour la procréation assistée resteront couverts

Québec a finalement décidé de ne pas exclure les médicaments pour la procréation assistée de la couverture publique. En entrevue avec Radio-Canada, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a indiqué que l’analyse initiale de l’INESSS, qui recommandait la découverture de ces médicaments, était trop restreinte. « Ce genre de décision n’est pas prise sur la base d’une économie, c’est une question d’équité », a-t-il ajouté.
1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 4 juin 2016 14 h 27

    Étatiser l'industrie pharmaceutique et congédier Barrette

    À l'origine des maux : l'industrie pharmaceutique et notre ministre de la S et des SS, l'homme à la débarbouillette - C'est donc, dans la création, le septième jour que la douche et le bain auraient été engendrés...

    La première parce que vendre est son seul objectif et que, pour cela, elle est prête à nous rendre tous malades.
    D'ailleurs, à titre anecdotique, la multinationnale pharmaceutique Bayer a acheté celle des OGM, Monsanto...C'est tout dire.

    Le dernier, Barrette, parce qu'il pilote une réforme néolibérale de la santé fondée sur la privatisation et le profit à faire à partir des états de maladie.

    On comprend aisément que, dans de tels systèmes, il n'y a d'intérêt pour aucun des bénéficiaires du profit à ce que le monde soit en santé.

    Quant à l'unique but de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) d' « atténuer la pression financière » sur le régime public d’assurance médicaments », disons qu'il se sert du prétexte d'« améliorer » l’usage des molécules souvent prescrites à tort » pour conserver une apparente virginité.