Supercliniques: le commissaire à la santé reste sceptique

Le commissaire à la santé et au bien-être Robert Salois croit comme le ministre Gaétan Barrette que les médecins devraient prolonger leurs horaires de travail la fin de semaine pour réduire les délais d’attente à l’urgence. Or il n’est pas pour autant gagné au modèle des supercliniques.

« Cela pourrait sensiblement augmenter l’accès à des patients à la première ligne », écrit-il dans un rapport sur la performance des urgences présenté jeudi. « Toutefois plusieurs questions restent en suspens ».

Le commissaire Salois note qu’avec les super-cliniques, le patient sera vu par un autre médecin que le sien. « Le même problème qu’à l’urgence surviendra », écrit-il en parlant d’un « bris dans la continuité des soins ».

Il se demande en outre si les patients « attendront plus ou moins longtemps » en superclinique comparativement à l’urgence. Enfin, il « faudra déterminer » si les résultats obtenus sont à la hauteur des investissements, avance-t-il. « Avant d’agrandir ma maison, je vais vouloir savoir si j’utilise toutes les pièces », a ajouté le commissaire en conférence de presse.

À son avis, les solutions « existent déjà » et les réussites de certaines urgences québécoises montrent qu’il est possible de réduire les délais autrement.

Le programme des supercliniques du gouvernement libéral prévoit la création de 50 supercliniques d’ici 2018. Or pour l’heure, peut de groupes de médecine familiale se sont montrés intéressés à y participer dont seulement 15 sont éligibles.

Cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette s’est dit « déçu » par la réaction des médecins à qui il reproche de ne pas vouloir travailler la fin de semaine.

60 % des patients à l’urgence devraient être vus ailleurs

Son rapport montre que 61 % des visites à l’urgence ont un niveau de priorité 4 ou 5, dont des non-urgences. Pour réduire l’engorgement, le commissaire formule neuf recommandations. Selon lui, les GMF devraient recevoir des patients les soirs et les fins de semaine.

Il plaide aussi que les urgences gagneraient à donner plus de place aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) pour le traitement des « problèmes mineurs » en ajoutant des actes aux ordonnances collectives.

Le commissaire recommande aussi la création d’un mécanisme pour ajuster le nombre de médecins à l’urgence en fonction des besoins. À l’heure actuelle seulement 75 % des urgences peuvent le faire au Québec. Les médecins spécialistes devraient aussi être plus accessibles en milieu hospitalier.

De façon générale, il prône l’instauration d’une nouvelle « culture » de la performance dans les urgences et que le personnel se donne des cibles précises pour réduire les délais.

L’attente à l’urgence au Québec est pire qu’ailleurs au Canada alors que les ressources investies sont plus importantes. La proportion des adultes y ont attendu plus de cinq heures lors de leur dernière visite est de 35 % contre 15 % en Ontario. Pourtant le nombre de médecins est plus élevé au Québec (de 1,18 à 1,21 pour 1000 habitants contre 1,07 en Ontario). Même chose pour les infirmières.

Malgré tout le commissaire avance que « l’attente à l’urgence n’est pas une fatalité ». Les réussites de certaines urgences québécoises, le montrent, dit-il en donnant cinq exemples d’institutions plus performantes : l’Hôpital Sainte-Croix (Drummondville), l’Hôtel-Dieu de Lévis, l’Hôpital de La Baie, l’Hôpital général juif et le Centre Paul-Gibert (Charny). « Il est impensable de s’améliorer si on ne se compare pas », dit-il en déplorant que ces cinq urgences soient « victimes de leur succès » parce que le financement ne suit pas l’augmentation du volume.

Le nouveau rapport sur les urgences est le dernier du commissaire Robert Salois. Rappelons que dans le dernier budget, le gouvernement libéral a annoncé l’abolition du poste de commissaire à la santé. Son poste avait été mis sur place dix ans plus tôt à l’époque où Philippe Couillard était ministre de la Santé.

---
 

Appelé à commenter le débat en cours sur les soins donnés en CHSLD, le commissaire à la Santé Robert Salois a rétorqué qu’il avait entamé une étude sur le sujet mais que l’abolition de son poste par le gouvernement l’empêche de la compléter.

« On avait des travaux qui étaient amorcés sur ça et qu’on pense ne pas pouvoir finir », a déclaré le commissaire Salois en marge de la présentation aux médias d’un rapport sur les urgences jeudi matin.

« On s’était penchés sur les soins de longue durée en CHSLD et on avait probablement des recommandations à faire qu’on ne pourra pas faire parce qu’on va être aboli avant. »

Rappelons que dans le dernier budget, le gouvernement libéral a annoncé l’abolition du poste de Commissaire à la santé et au bien-être. Le bureau du commissaire avait été mis sur place dix ans plus tôt à l’époque où Philippe Couillard était ministre de la Santé.

1 commentaire
  • Sylvain Rivest - Abonné 2 juin 2016 10 h 56

    Le problème majeur en santé?

    Barette et couillard

    Tant que ces deux médecins en feront la gestion on en sortira pas.
    quel mauvais duo, même pris séparément.