L'urgence du CLSC de l'est de l'île est menacée

Comble de l'ironie, la petite urgence du CLSC-CHSLD de Pointe-aux-Trembles pourrait devoir fermer ses portes sous peu en raison de la loi 142, adoptée par le gouvernement libéral afin d'obliger les médecins à donner un peu de leur temps dans les... urgences et à d'autres services médicaux jugés prioritaires.

Unique en son genre, la petite urgence du CLSC de Pointe-aux-Trembles-Montréal-Est est en effet la seule dans la région de Montréal à offrir des services d'urgence similaires à ceux offerts dans les urgences des hôpitaux, avec une salle de chirurgie, un service de radiologie, un défibrillateur cardiaque et un service de plâtrerie.

Or l'entrée en vigueur prochaine de la loi 142 sur les effectifs médicaux, qui obligera tous les médecins — y compris ceux qui travaillent en CLSC — à travailler chaque semaine au moins cinq heures dans les urgences, risque d'entraîner le départ imminent de 13 des 26 médecins du CLSC de Pointe-aux-Trembles.

«Même si nous faisons du véritable travail d'urgence, on nous considère comme un CLSC comme les autres et nos médecins sont obligés d'aller travailler à l'urgence d'un hôpital. Le non-sens, c'est qu'ils vont quitter l'urgence ici pour aller faire la même chose dans un hôpital et que la population devra désormais se déplacer. Notre existence soulage pourtant l'urgence de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont de 20 000 consultations à l'urgence par année», s'indigne Me Alain Roy, président du conseil d'administration du CLSC de Pointe-aux-Trembles et instigateur de la Coalition Urgence Pointe-aux-Trembles-Montréal-Est, fondée pour éviter la disparition de ce service essentiel situé à l'extrémité est de l'île.

Selon Me Roy, les obligations faites aux médecins par la loi 142 les obligera à donner moins de temps à son CLSC, ce qui se traduira, à brève échéance, par la perte de 60 % des effectifs médicaux à temps partiel et de 20 % des effectifs à temps plein. Deux médecins ont d'ailleurs déjà signalé leur intention de partir et onze autres pourraient en faire autant d'ici juin.

Compte tenu de l'absence d'un hôpital à proximité, c'est un peu par nécessité que le CLSC de Pointe-aux-Trembles a développé, à partir de 1977, des services médicaux aussi complets, de même qu'une mini-urgence. Selon la coalition, il faut compter une heure et demie de transport en commun aux résidants de l'est de l'île pour accéder à l'urgence de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Il y a cinq ans, pas moins de sept millions de dollars avaient d'ailleurs été investis dans ce CLSC par le ministère de la Santé pour aménager la salle d'urgence et agrandir les bureaux. Ces millions risquent d'avoir été investis en vain si rien n'est rapidement fait pour empêcher l'exode des médecins, déplore le président du CLSC.