Refuser de transmettre une demande contrevient à la déontologie

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, affirme que même si les médecins ont le droit d’invoquer l’objection de conscience pour refuser d’administrer l’aide médicale à mourir (AMM) aux patients qui le souhaitent, ils ont l’obligation déontologique de transmettre prestement toute demande à un collègue. « Toute forme d’obstruction passive » sera considérée comme une faute professionnelle, affirme-t-il.

Le ministre Barrette a réagi lundi aux informations publiées en fin de semaine dans Le Devoir révélant que la résistance envers l’aide à mourir semble régner dans certains hôpitaux de la région de Montréal. Selon des données partielles, il y aurait, toutes proportions gardées, moins de demandes d’aide médicale qui ont suivi leur cours depuis six mois dans les hôpitaux universitaires à Montréal que dans la région de Québec ou dans d’autres régions.

Les médecins en soins palliatifs du CHUM, notamment, s’opposent en bloc à l’aide à mourir et transmettent toutes les demandes à des collègues d’autres unités. « Ils ont droit à l’objection de conscience, mais les médecins de soins palliatifs ont l’obligation professionnelle de référer. S’ils ne le font pas, ils sont fautifs et il faut les dénoncer », a fait valoir le ministre Barrette.

Au CHUM, on a par ailleurs fait valoir lundi que toutes les demandes d’aide à mourir cheminaient de « façon fluide » et que le directeur des services professionnels s’assurait de trouver un autre médecin si ceux affectés aux soins palliatifs refusaient d’accéder aux volontés des patients réclamant l’AMM. « Cela n’est pas traité en urgence. Il est possible que cela prenne 10 jours, mais il faut prendre le temps de vérifier la volonté réelle de la personne, de contacter sa famille et ses proches, pour que ce soit fait dans les règles de l’art », a indiqué Joëlle Lachapelle, porte-parole de l’établissement.

Par ailleurs, le ministre Barrette a ajouté qu’il n’y avait aucune justification au déplacement ou au transfert d’un patient en fin de vie qui se trouverait dans une unité de soins où les médecins ne sont pas enclins à octroyer l’aide à médicale à mourir. Il dit avoir d’ailleurs indiqué très clairement aux présidents-directeurs généraux des centres universitaires (CHUM) que cela ne saurait être toléré, la loi étant très claire à ce sujet.

Par contre, le ministre de la Santé ne voit pas de discrimination dans la situation actuelle, qui fait que les patients souhaitant recevoir l’aide médicale à mourir sont exclus d’emblée des maisons de soins palliatifs (seulement deux d’entre elles acceptent à ce jour d’administrer l’AMM au Québec) ou d’unités palliatives adaptées aux soins de fin de vie. « Je ne pense pas que la mort dans un CHSLD ou dans un hôpital soit moins digne ou moins humaine », a-t-il défendu.

Pourtant, de nombreuses familles de patients ayant reçu l’aide médicale à mourir interrogées par Le Devoir ont dit être déçues de n’avoir pu accompagner leurs proches dans cette épreuve dans un lieu plus intime, plus adapté et plus chaleureux que celui d’une chambre d’hôpital, avec la proximité du va-et-vient des corridors.

Déception

 

À ce titre, Yvon Bureau, conseiller pour l’organisme Mourir dans la dignité, déplore que les patients optant pour l’aide à mourir aient à faire les frais des réticences morales de certains médecins ou à subir les contraintes administratives qui en découlent. « Les personnes en fin de vie ont des droits. Il ne faut pas laisser cela entre les mains de quelques équipes ou de personnes qui exercent leur pouvoir, pense-t-il. Les directions d’établissements doivent établir clairement quels sont les devoirs des médecins. »

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