Les délais pour le transfert des ressources jugés irréalistes

Les CISSS et CIUSSS ont jusqu’au mois de juin pour procéder au transfert d’environ 345 travailleurs sociaux et de 240 autres professionnels comme les physiothérapeutes ou les nutritionnistes, selon les calculs du «Devoir».
Photo: Dario Egidi / Getty Images Les CISSS et CIUSSS ont jusqu’au mois de juin pour procéder au transfert d’environ 345 travailleurs sociaux et de 240 autres professionnels comme les physiothérapeutes ou les nutritionnistes, selon les calculs du «Devoir».

Coincés par l’échéancier que leur impose le ministre de la Santé, près d’une dizaine de directeurs de centres de santé et de services sociaux (CISSS et CIUSSS) ont décidé de repousser le calendrier ministériel de transfert de personnel vers les Groupes de médecine de famille (GMF), et ce, même si Gaétan Barrette assure n’avoir donné aucune directive en ce sens.

« On a affaire à des humains », ont répété, tour à tour, les porte-parole de la dizaine de CISSS et CIUSSS que Le Devoir a contactés jeudi. Par cette affirmation, ils tentaient de justifier les retards qu’ils accumulent dans le transfert de ressources des CLSC vers les GMF.

Parce qu’il considère que les CLSC ont failli à leur mandat d’offrir des services de première ligne, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé en mars qu’il forcerait le transfert de professionnels des CLSC — surtout des travailleurs sociaux — vers les GMF. Officiellement, les CISSS et CIUSSS ont jusqu’au mois de juin pour procéder au transfert d’environ 345 travailleurs sociaux et de 240 autres professionnels comme les physiothérapeutes ou les nutritionnistes, selon les calculs du Devoir.

Des délais allant jusqu’à un an

Mais « de semaine en semaine, la liste des problèmes s’allonge », estime le vice-président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Stephen Léger. Résultat : les CISSS de l’Outaouais et de la Montérégie Est et Centre ont repoussé leurs échéanciers à l’automne. Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, les délais pourraient atteindre un an, tandis qu’en Estrie et dans la Capitale-Nationale, les CIUSSS visent des transferts « le plus rapidement possible », mais ne peuvent fournir d’échéance claire. « On veut faire les choses correctement », résume la porte-parole Karine Simard, au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Ailleurs, la compréhension des échéanciers semble différente. « On a 90 jours pour rendre les effectifs disponibles [transférer des professionnels vers des GMF], mais pour la première année d’implantation des transferts, ça a toujours été compris que le ministère serait souple dans son application, donc ça nous mène en décembre », évalue par exemple Chantal Huot, porte-parole au CISSS de la Montérégie-Ouest.

Au ministère, l’attachée de presse du ministre Barrette, Julie White, martèle que les centres de santé et de services sociaux n’ont reçu aucune directive d’arrêter ou de suspendre les transferts. « Il faut qu’il y en ait », dit-elle à propos de ces mouvements de personnel. « On va réévaluer dans un an. Si les GMF veulent [renouveler] leur certification, il va falloir qu’ils aient le personnel », affirme-t-elle.

Un recul du ministre ?

Stephen Léger, de l’APTS, est sceptique. « On n’a pas entendu parler d’une directive donnée par le ministre. Les directions transmettent leurs décisions aux représentants syndicaux, dit-il. Mais les directions rencontrent régulièrement le ministre, et je n’ai pas vu beaucoup de décisions qui ont été prises sans obtenir une certaine forme d’approbation. »

À son avis, Gaétan Barrette ne veut simplement pas admettre publiquement qu’il recule et reconnaît que l’échéancier qu’il a fourni est trop court. « On le dit depuis le début : les transferts sont improvisés, précipités et les directions n’y arrivent pas, malgré toute la volonté qu’elles y mettent », observe M. Léger.

Les transferts seraient tellement « improvisés », en fait, que les médecins aussi se réjouiraient du ralentissement. « Il y a des endroits où les représentants des médecins nous disent : “ On ne sait même pas quoi faire des ressources qui vont nous être transférées  », rapporte Stephen Léger. Parfois, les limitations sont physiques : certains GMF n’ont tout simplement pas l’espace pour accueillir de nouveaux employés.

Dans d’autres cas, le personnel des GMF ne semble pas prêt à accueillir de nouveaux collègues, avance Daniel Vincent, porte-parole au CISSS de la Montérégie-Est. « On explique le rôle des travailleurs sociaux, par exemple. On regarde les avantages pour eux. […] C’est du nouveau personnel qui arrive, une nouvelle offre de service », rappelle-t-il.

Le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux, Jean Lacharité, évoque une « improvisation totale » qui cause beaucoup d’inquiétude chez les employés qui seront transférés. « [Les travailleurs sociaux] ne savent pas à quoi s’en tenir. Ils s’en vont dans le vide. C’est un autre exemple des mesures de monsieur Barrette », laisse-t-il tomber.


 
3 commentaires
  • Michele Laverdure - Inscrite 27 mai 2016 08 h 56

    Allez...on improvise!!!

    Quel gâchis!!!

    Suis estomaquée par ce ministre!!!

    Un bulldozer......qui écrase le terrain services et gens....

  • Nicole Delisle - Abonné 27 mai 2016 10 h 41

    Encore de l'improvisation!

    L'improvisation est souvent source de mauvaises décisions! Comment peut-on penser
    que des décisions prises à la va-vite et avec peu d'analyse réelle des conséquences subséquentes donneront les résultats prévus? Surtout quand on prend ces décisions
    sans compter les facteurs humains! On ne déplace pas des personnes comme si on déplaçait des boîtes lors d'un déménagement. Le ministre ne semble nullement préoccupé par cet aspect des décisions qu'il prend. Il se fout royalement des chambardements de vie qu'il exige des employés visés par ces transferts. Il est difficile d'imaginer un médecin n'ayant pas plus de cœur et de compassion pour les êtres humains. Je crois qu'il a manqué sa vocation. Il aurait dû être un général dans
    l'armée. Et meme là, je crois qu'il y aurait eu une mutinerie en la demeure!

  • Andrée Gilbert - Abonnée 27 mai 2016 10 h 45

    Démantèlement des CLSC

    Il existe un mécanisme d'accès en santé mentale, tant pour la clientèle jeune que celle adulte: le guichet d'accès en santé mentale. Ce guichet est présent dans chacun des territoires desservis par les CSSS. Ce mécanisme mis en place permet d'évaluer quel est l'intervenant pouvant aider la personne (par ex. travailleuse sociale, psychologue, psychiatre) et quel est le niveau de priorité (selon la nature du problème, l'impact de la maladie, le niveau de dangérosité pour la personne et pour les autres).
    Il est probable qu'il y a des améliorations à apporter à ce système. Cependant nul besoin de déplacer les travailleurs sociaux dans les GMF! (Les médecins en GMF peuvent acheminer leurs demandes à ce guichet).
    Je soupçonne Monsieur Barrette de vouloir abolir les CLSC...dans sa logique comptable de productivité (et autres considérations difficiles à identifier tant la réforme est faite sans transparence).
    Les soins aux plus vulnérables, souvent offerts par les intervenants des CLSC, exigent du temps, de la concertation, un niveau élevé d'intensité de soins. Mais qui s'en soucie? Certainement pas M. Barrette, médecin radiologiste, spécialité qui tire une large partie de ses revenus de la privatisation (que l'on sait en tête de liste des spécialités les mieux rémunérées).