Les médecins mieux rémunérés pour les patients vulnérables

L’enveloppe globale de rémunération des médecins qui font des visites à domicile augmentera, passant de 25 à 30 millions de dollars, affirme la FMOQ.
Photo: iStock L’enveloppe globale de rémunération des médecins qui font des visites à domicile augmentera, passant de 25 à 30 millions de dollars, affirme la FMOQ.

Québec modifiera la rémunération des médecins pour favoriser les visites à domicile pour les patients les plus vulnérables, au détriment des autres.

Alors que le tarif d’une visite à domicile pour un patient en perte considérable d’autonomie passera de 85 à 127 $, il diminuera légèrement pour les autres, confirme la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), qui a négocié cet arrangement avec le ministre de la Santé et des services sociaux Gaétan Barrette. Si sur place une deuxième personne nécessite un examen, souvent le conjoint, le tarif passe de 66 à 98 $ la visite.

127 $
Nouveau tarif d’une visite à domicile pour un patient en perte considérable d’autonomie. Jusqu’ici, un médecin recevait 85 $ pour une visite de ce type.

L’enveloppe globale de rémunération des médecins qui font des visites à domicile augmentera, passant de 25 à 30 millions de dollars, affirme la FMOQ, qui y voit une mesure positive pour les patients qui en ont le plus besoin.

Cette nouvelle grille de rémunération doit être approuvée incessamment par le Conseil du trésor. Elle doit entrer en vigueur en juin prochain.

Baisse pour les réguliers

Alors qu’ils recevaient entre 45 et 50 $ pour une visite à domicile pour un patient « normal » auparavant, les médecins recevront désormais entre 39 et 55 $. Le tarif fluctuera en fonction de l’âge du patient et du nombre de patients inscrits auprès du médecin, ceux qui ont une clientèle de plus de 500 patients étant favorisés. Dans certains cas, le tarif sera donc moindre qu’auparavant.

« Ce qui a été décidé, c’est de favoriser le suivi à domicile pour les patients en perte sévère d’autonomie », explique le directeur des communications de la FMOQ Jean-Pierre Dion. Il reconnaît que la rémunération de certains médecins pourrait diminuer si leur pratique n’est pas en adéquation avec la nouvelle façon de distribuer les revenus. « La nomenclature a toujours été utilisée pour orienter la pratique », souligne-t-il. « Un médecin qui a une pratique importante à domicile, sa rémunération devrait augmenter », ajoute-t-il.

Le Dr Vincent Demers, qui pratique dans la région de Québec, a dénoncé ces changements sur son blogue. Selon lui, « si les médecins à domicile sont rarissimes au Québec, ils le seront davantage avec cette mesure comptable qui vise vraisemblablement à maximiser la productivité en cabinet ».

Il affirme que les nouvelles règles le désavantageront s’il souhaite continuer à visiter sa clientèle composée de famille avec de jeunes enfants, de mères célibataires, de personnes défavorisées, de familles d’accueil, d’autochtones et d’immigrants, ainsi que de personnes âgées et de malades chroniques. « C’est la fin du véritable médecin de famille, déjà agonisant, moribond. La vocation finit par avoir ses limites

La députée péquiste Diane Lamarre compte interpeller le ministre de la Santé Gaétan Barrette sur le sujet, vendredi.

« Nous y voyons une mesure dissuasive à faire des visites à domicile, explique-t-elle. Le ministre met tous les oeufs dans le panier des groupes de médecine de famille (GMF), au détriment des autres services. »