Mutilations génitales: l’OMS sonne l’alarme

Selon l’OMS, c’est en Somalie qu’il se pratique le plus de mutilations génitales. En photo, Amran Mahamood a pratiqué l’excision pendant 15 ans. Elle a renoncé à la pratique après avoir appris d’un leader religieux que la mutilation n’est pas énoncée dans les lois islamiques.
Photo: Nicole Sobecki Agence France-Presse Selon l’OMS, c’est en Somalie qu’il se pratique le plus de mutilations génitales. En photo, Amran Mahamood a pratiqué l’excision pendant 15 ans. Elle a renoncé à la pratique après avoir appris d’un leader religieux que la mutilation n’est pas énoncée dans les lois islamiques.

Àl’occasion de la 4e conférence mondiale sur la maternité et la santé des femmes à Copenhague, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait un rappel à l’ordre lundi, pour dénoncer les médecins de pays en développement qui pratiquent des mutilations sexuelles sur demande.

Selon un rapport diffusé par l’organisme mondial lundi, au moins 200 millions de femmes et de jeunes filles de 5 à 17 ans dans le monde ont subi diverses formes de mutilations génitales pour des raisons non médicales. En plus de problèmes psychologiques, ces mutilations entraînent nombre de problèmes de santé, qui vont des saignements aux douleurs lors de la miction, des menstruations et des relations sexuelles, en plus des infections et des hémorragies ou de graves complications pouvant entraîner la mort du nouveau-né pendant l’accouchement.

L’organisme s’inquiète en outre de l’émergence, dans les pays où la mutilation féminine est courante, d’une « médicalisation » de ces interventions, pratiquées sur des fillettes de plus en plus jeunes, soit avant l’âge de cinq ans plutôt qu’à l’adolescence. Dans certains pays, un nombre croissant de parents demandent ainsi carrément aux « agents de santé qualifiés » de pratiquer ces mutilations, espérant diminuer ainsi les risques sanitaires.

Selon les chiffres fournis par l’organisme mondial, 94 % des femmes en Égypte recourent à cette nouvelle forme « médicalisée » de mutilation, 76 % au Yémen, 65 % en Mauritanie, 48 % en Côte d’Ivoire et 46 % au Kenya.

 

 
Pays du continent africain où les mutilations génitales sont considérées comme une pratique traditionnelle, selon l’Organisation mondiale de la santé. Crédit: Le Devoir
 

Pour stopper cette tendance effrayante, l’OMS alerte les médecins et propose au personnel médical des protocoles pour ouvrir des discussions franches avec les familles qui réclament de telles mutilations sexuelles pour leurs filles ou, même, une réinfibulation après un accouchement.

« Les agents de santé ont un rôle crucial à jouer pour résoudre ce problème mondial. Ils doivent savoir reconnaître et soigner les complications des mutilations sexuelles féminines », a fait valoir la Dre Flavia Bustreo, sous-directrice générale à l’OMS.

Avant, ces rites ancestraux étaient le plus souvent réalisés clandestinement par des proches ou des soignants traditionnels. Dans certains pays, la médicalisation croissante de cette pratique contraire aux droits de la personne doit à tout prix être condamnée et combattue, affirme l’OMS.

De l’Afrique à l’Amérique du Nord

Le dernier portrait mondial tracé par l’OMS à la suite d’enquêtes menées au milieu et à la fin des années 2000 évalue que la proportion de femmes de 15 à 49 ans mutilées atteint 98 % en Somalie, 96 % en Guinée, 94 % en Sierra Leone, 93 % à Djibouti, 91 % en Égypte et 90 % dans le nord du Soudan.

Un rapport de l’UNICEF de 2013 réalisé sur la situation des fillettes indique quant à lui qu’avant l’âge de 15 ans, à Djibouti, en Érythrée, au Niger, au Sénégal et en Somalie, une fillette sur cinq a subi la forme la plus radicale d’excision, soit l’infibulation consistant en l’ablation et la suture des parties génitales externes.

L’OMS, qui lutte sans relâche contre cette forme de mutilation subie par les femmes, a jugé nécessaire de rappeler aux médecins l’importance d’accompagner les familles et d’offrir les soins appropriés aux femmes victimes de cette coutume, pratiquée essentiellement dans 30 pays d’Afrique, et dans quelques pays d’Asie et du Moyen-Orient.

À la faveur des flots migratoires, un nombre de plus en plus important d’immigrantes victimes de mutilations ou de jeunes filles nées dans des familles où cette coutume se perpétue vivent désormais en Occident, affirme l’OMS. Pour cette raison, plus de « 500 000 femmes et filles ayant subi ou [étant menacées de] subir l’excision » vivraient aux États-Unis. On compterait 66 000 femmes dans la même situation, seulement en Grande-Bretagne, selon l’organisme mondial.

Des progrès

Quand ils font face à une patiente ayant subi une forme de mutilation génitale, « certains docteurs ne savent même pas ce qu’ils voient », a commenté lundi à l’AFP la Dre Doris Chou, une spécialiste de la santé maternelle et prénatale de l’OMS. D’où l’importance de proposer et d’apporter à ces patientes les soins nécessaires pour rendre l’acte sexuel moins pénible. Dans le cas des femmes enceintes victimes d’infibulation, elle presse de rouvrir les vagins et les lèvres cousus lors d’une infibulation, puisque cet état, en sus des douleurs atroces infligées à la mère, peut entraîner le décès du bébé pendant l’accouchement.

Grâce aux efforts de sensibilisation déployés depuis les années 90, les mutilations génitales sont toutefois en baisse dans 29 des pays étudiés, et la prévalence trois fois moins importante chez les adolescentes en Tanzanie et au Kenya que chez les femmes de 45 à 49 ans, indique l’UNICEF. Au Bénin, en Irak, au Liberia, au Nigeria et en République centrafricaine, cette pratique a reculé de moitié chez les filles de 15 à 19 ans. Malgré ces avancées, l’UNICEF note qu’il subsiste d’importantes variations sous-régionales là où certains groupes ethniques résistent à l’abandon de cette coutume, notamment en Guinée, en Guinée-Bissau, en Tanzanie et au Sénégal.