Les employés mobilisés pour de meilleurs salaires

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Selon Richard Belhumeur, de la FTQ, le réseau des résidences privées est devenu un passage obligé pour les personnes âgées en raison du désengagement progressif de l’État.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon Richard Belhumeur, de la FTQ, le réseau des résidences privées est devenu un passage obligé pour les personnes âgées en raison du désengagement progressif de l’État.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Mercredi dernier, des employés d’une cinquantaine de résidences privées pour personnes âgées tenaient une première journée de grève pour réclamer de meilleures conditions de travail. Ces préposés aux bénéficiaires et autres employés de service, payés 12,50 $ l’heure en moyenne, demandent une augmentation de salaire.

Insatisfaits de leurs conditions de travail, les syndiqués de ces résidences ont intensifié leurs moyens de pression depuis un mois et demi : port de chandails avec logo de leur syndicat au travail, manifestations devant les résidences le 15 avril et grève le 11 mai. Ils réclament 15 $ l’heure, taux horaire qui rallie également les partisans d’une hausse du salaire minimum, comme l’actualité récente l’a démontré. À titre de comparaison, dans le secteur public, les préposés aux bénéficiaires des centres hospitaliers et CHSLD gagnent de 18 $ à 20 $ l’heure en moyenne, selon les échelons et l’ancienneté.

« Avec des salaires aussi bas au privé, c’est difficile de retenir du personnel formé et expérimenté, dit Richard Belhumeur, président du Syndicat québécois des employées et employés de service de la FTQ. On pense que cela affecte la qualité du service, malgré toute la bonne volonté des travailleurs. Le discours des propriétaires de résidences est de dire qu’ils n’ont pas les moyens financiers d’améliorer les salaires de façon aussi importante et qu’ils étaient obligés d’augmenter les loyers. Nous faisons valoir que la très grande majorité d’entre eux refusent de mettre leur bilan financier sur la table pour démontrer qu’ils n’ont pas les moyens. Dans la plupart des résidences, le taux d’occupation est élevé et les revenus sont au rendez-vous. »

Le Québec compte aujourd’hui autour de 1800 résidences privées pour aînés. Les employés de service ne sont syndiqués que dans quelque 200 d’entre elles.

Selon le Rapport sur les résidences pour les personnes âgées 2015 de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le loyer moyen d’une place standard, soit une place occupée par un résident qui reçoit moins d’une heure et demie de soins par jour, est de 1601 $ par mois. Pour une place avec « soins assidus », c’est-à-dire avec des frais supplémentaires pour des soins de plus d’une heure et demie par jour, le loyer moyen grimpe à 2881 $ par mois.

Selon M. Belhumeur, le réseau des résidences privées est devenu un passage obligé pour les personnes âgées en raison du désengagement progressif de l’État, qui concentre ses ressources sur les cas les plus lourds.

« Nous avons déjà interpellé l’ancien gouvernement et le gouvernement actuel, pour les inviter à mettre sur pied une table de travail afin d’examiner l’ensemble du dossier des résidences privées, la qualité des services et les conditions de travail. Tous les acteurs impliqués, employeurs, employés et représentants du ministère, auraient pu être présents. C’est resté lettre morte. »

Avec le vieillissement de la population, la construction de résidences privées pour aînés est en plein essor au Québec depuis quelques années.

« De plus en plus, nous faisons face à de grandes corporations comme Chartwell, Groupe Maurice et Réseau Sélection, qui détiennent plusieurs résidences privées et qui investissent des centaines de millions dans la construction de nouveaux complexes, dit Richard Belhumeur. Le Groupe Maurice, par exemple, a annoncé l’an dernier plus d’un milliard d’investissements pour la construction de nouvelles résidences. Si on investit autant, c’est certainement parce que les profits sont au rendez-vous. La demande sera très grande au cours des prochaines années. C’est bien beau d’investir dans le béton, mais ces grands joueurs devront penser au personnel qui assure le bien-être et la sécurité de nos parents et de nos grands-parents. Ils doivent reconnaître ce que ce personnel apporte à la société et à leur entreprise. »

Pour Yves Desjardins, p.-d.g. du Regroupement québécois des résidences pour aînés, dont font partie quelque 700 résidences, la comparaison avec les salaires des préposés du secteur public ne tient pas la route.

« Ce n’est pas le même travail, on ne peut pas comparer, dit-il. Au public, on a des gens, dans les CHSLD, qui nécessitent un minimum de trois heures de soins par jour. Dans les résidences, certains n’ont besoin que de trente minutes de soins. Dans les résidences, nos employés font surtout de l’aide à la vie domestique et de l’aide à la vie quotidienne. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un propriétaire de résidence doit maintenir un équilibre entre les revenus et les dépenses. Les revenus, ce sont les loyers que les résidents paient, et leur capacité de payer est limitée. Si au bout du compte les augmentations de loyer obligent des résidents à partir, ce n’est pas mieux. N’oublions pas que 200 résidences ont fermé leurs portes et se sont reconverties en immeubles locatifs au cours des deux dernières années. »

La population ne semble pas partager cet avis, puisqu’à l’occasion d’un sondage réalisé par Léger en août 2015, 89 % des répondants considéraient aussi ce salaire comme trop bas. De plus, 60 % des répondants estimaient que les résidences devraient prioriser l’attraction et la rétention de personnel compétent.