Angoisse et grogne chez les jeunes médecins

La FMOQ ne peut chiffrer l’attrait qu’exercent les autres provinces sur ses membres, mais constate certainement un effet.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La FMOQ ne peut chiffrer l’attrait qu’exercent les autres provinces sur ses membres, mais constate certainement un effet.

Les nouvelles règles d’attribution de postes en médecine de famille continuent à susciter la grogne et l’inquiétude, au point où de jeunes médecins se cherchent un emploi à l’extérieur du Québec.

À l’Université McGill, aucun des neuf résidents québécois en médecine familiale ayant suivi le programme de médecine d’urgence n’a obtenu de poste dans un hôpital du Québec. Deux ont obtenu un poste en cabinet. L’an dernier, la moitié de la cohorte avait obtenu un poste en urgence au Québec.

Ces neuf finissants se cherchent maintenant du travail hors Québec. « Ils considèrent partir », confirme la Dre Mai Anh Le Van, qui est directrice adjointe du programme de médecine d’urgence. Il s’agit d’une formation d’un an de plus que le programme régulier de résidence de médecine de famille. Les finissants sont poussés hors du Québec, ajoute la Dre Le Van, car ici, « ils n’utiliseraient pas les habiletés pour lesquelles ils ont fait leur formation supplémentaire ».

Selon les informations obtenues par Le Devoir, des étudiants qui ont suivi la même formation de médecine d’urgence à l’Université de Montréal et de Sherbrooke se retrouvent aussi sans poste. Certains ont déjà obtenu des postes ailleurs au Canada ou en recherchent un.

Tout cela alors qu’après les cris d’alarme de plusieurs urgences en région, voilà qu’à Montréal aussi on craint de manquer de médecins pour tenir le fort des urgences.

La Dre Le Van, qui travaille à l’urgence du CUSM, est inquiète. « Si le ministère ne nous accorde pas de postes, nous risquons la découverture cet automne », affirme-t-elle. Avec 60 médecins, il s’agit d’une des plus grosses urgences au Québec. Mais huit départs viendront fragiliser l’équipe prochainement. Il y a des limites aux nombres de quarts de travail supplémentaires que le reste de l’équipe peut assumer, rappelle la Dre Le Van. « Comme pour les pilotes, ça peut devenir dangereux de trop travailler. »

Le cinquième des finissants touché

La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) a reçu une centaine de plaintes de finissants qui vivent des difficultés avec l’attribution de leur poste, sur un total d’environ 500 nouveaux médecins. « La médecine de famille est une pratique diversifiée, quoi qu’en dise le ministre. Actuellement, c’est de l’acharnement, on dévalorise totalement la médecine de famille », déplore son secrétaire, le Dr Christopher Lemieux.

Il ne peut chiffrer l’attrait qu’exercent les autres provinces sur ses membres, mais constate certainement un effet. « Pour certains finissants, l’Ontario peut avoir un attrait, malheureusement ça devient la réalité », affirme-t-il.

Il n’y a pas que les finissants qui soient touchés.

C’est le cas d’une médecin cumulant plusieurs années d’expérience qui s’exilera sous peu en Ontario et qui s’est confiée au Devoir sous le couvert de l’anonymat.

Après avoir travaillé plusieurs années comme médecin dépanneur dans les urgences partout au Québec, de Sept-Îles à Rouyn-Noranda, elle souhaitait poser ses pénates quelque part. Avec les nouvelles règles, impossible pour elle d’être recrutée par une urgence dans la grande région de Montréal.

Au pied du mur, elle a signé un contrat avec l’Hôpital général de Hawkesbury. « J’ai visité plusieurs hôpitaux ontariens et j’étais la bienvenue. J’étais tellement étonnée. Je trouve ça franchement triste d’avoir plus de facilité à aller travailler en Ontario qu’au Québec », déplore-t-elle.

Tout va bien, affirme Barrette

Aucune urgence ne manquera de médecins, a martelé le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette, mardi. « Dans deux mois, il y aura au net 300 médecins de plus au Québec, comment serait-il possible qu’il y ait des problèmes ? » a-t-il lancé aux journalistes lors d’une mêlée de presse. Il a en outre promis que les besoins des urgences seraient pris en considération. « Si deux médecins prennent leur retraite, on va donner les dérogations », a-t-il promis.

Il reproche aux jeunes médecins de considérer la prise en charge de patients en cabinet « avec peu d’intérêt ».

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) affirme que les cas litigieux sont « trop nombreux » et tente de convaincre Québec de faire preuve de plus de flexibilité. Dans un message publié sur le Web, le président Louis Godin assure qu’il se porte à la « défense des intérêts de l’ensemble des médecins omnipraticiens, y compris ceux qui commencent leur pratique cette année ». Le « mur-à-mur » de Québec dans l’octroi des postes « ne tient pas compte des besoins particuliers de chaque milieu », dénonce-t-il.

14 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 mai 2016 06 h 26

    Tut va bien !

    Avec Barette, tout ce que l'on entend, c'est le bordel.

    Les frais accessoires sont illégaux,
    Les infirmières sont épuisées,
    Il manque de médecins de famille,
    il faudrait augmenter le salaire des infirmières
    Les jeunes médecins ne peuvent travailler dans leur spécialité,
    Le temps d'attente dans les hôpitaux est au minimum 8 heures d'attente,
    Les jeunes médecins quittent le Québec vers d’autres provinces
    et autres pays.
    Pourquoi on n’essaierait pas de changer ministre, celui qui fait le beau à la Télévision et qui promet de rencontrer des mères nécessiteuses qu'il évite hors caméra. (TLMEP)

    Pis y en a encore et encore.

    Et a bien y penser un changement du premier ministre qui l'appui de façon inconditionnelle serait un grand soulagement.

    • Gilles Théberge - Abonné 11 mai 2016 09 h 26

      Madame Ste-Marie, je suis d'avis qu'un changement du premier ministre ne sera pas suffisant.

      C'est un changement de premier ministre qu'il nous faut, parce que celui que nous avons se comporte comme un bovidé devant le désastre que Barrete s'apprête à faire!

    • Raymond Chalifoux - Abonné 11 mai 2016 12 h 04

      @ Gilles Théberge: ".. un bovidé.."?

      C'est ce genre de quadrupède ventru doté de gros yeux humides, et qui tout en regardant passer les trains chique du stuff vert et chie des bérets? C'est bien ça?

      J'aime bien l'image car c'est avec justesse qu'elle illustre ce qui depuis deux ans nous vaut mille.. maux...

  • Josée Duplessis - Abonnée 11 mai 2016 06 h 36

    Encore lui!!!

    Encore lui qui nous dit qu'il y en a pas de problème.
    Ça me rappelle un message publicitaire de bière je crois.
    ''Y'en a pas problème, voyons voyons mon bon ami, pensez-y donc!!!
    Et l'autre chanson : TAnt qu'il y' aura quequ'chose dans l'frigidaire....j'boirai ma bière pis j'laisserai faire.
    Et oui nous en sommes toujours là.
    Le laisser faire et laisser dire.
    Nous ne devrions pas avoir le droit de voir et ne rien faire. Ça devrait être un crime.
    Si ce que fait le gouvernement est dangereux pour la santé de la population, il devrait être accusé au criminel.
    Crime contre son peuple.
    Allez passe du temps dans les hôpitaux et vous verrez que le personnel est dévoué et fatigué.
    Nous, ça fait 11 mois que nous accompagnons nos parents à l'hôpital et nous sommes en mesure de le constater.
    Alors moins de médecin à l'urgence, c'est un crime pour ces patients.

  • François Dugal - Inscrit 11 mai 2016 07 h 43

    Ethique

    Les jeunes médecins auraient-ils un sens éthique suffisant pour rembourser les frais scolaires que les citoyens leur ont généreusement octroyé lors de leurs études, advenaht leur départ vers des contrées aux "matins ensoleillés"?

    • joan michaele - Abonnée 11 mai 2016 19 h 56

      Ceci est un autre débat. Vous questionnez le principe de l'éducation et des frais de scolarité. Peut-on généraliser la règle pour tous? Quiconque fait des études au Québec et quitte travailler à l'étranger doit rembourser les frais de scolarité?

    • Normand Renaud - Inscrit 11 mai 2016 21 h 08

      Le problème ne vient pas des étudiants, mais du programme. Pourquoi et comment on a pu implanter cette formation supplémentaire si aucune offre de ce type de spécialisation n'est disponible ici au Québec.
      Faut croire que le programme a été conçu pour aller travailler à l'extérieur.

  • André Nadon - Abonné 11 mai 2016 07 h 56

    Pourquoi s'en faire?

    Comme disait l'annonce: " Lui y connaît ça. "
    Barrette l'a dit. Il n'y aura pas de problèmes. Ses enfants chéris regimbent, mais il saura les mater.

  • Robert Beauchamp - Abonné 11 mai 2016 08 h 04

    Encore McGill ?

    Il a déjà été vérifié et confirmé que 75% des finissants en médecine de McGill planifie déjà leur départ à lafin de leurs études. Maintenant c'est du 100%. Ne serait-il pas temps d'exiger un minimum de délai pour services subventionnés? Difficile à défendre comme réaction quand on sait que maintenant les médecins pratiquant au Québec, sont les plus chèrement payés au Canada. On accepte donc ceux qui veulent partir de toute façon.