Pénurie d’un antibiotique contre la syphilis

En forte hausse depuis le tournant des années 2000, le nombre de cas de syphilis semble se stabiliser depuis 2012.
Photo: iStock En forte hausse depuis le tournant des années 2000, le nombre de cas de syphilis semble se stabiliser depuis 2012.

Une pénurie d’antibiotiques contre la syphilis force l’Agence de la santé publique du Canada à diffuser un avis pour que les stocks soient utilisés à bon escient. La pénurie pourrait s’étirer jusqu’en juillet, estime l’agence fédérale.

Dans un avis publié la semaine dernière, l’agence précise les cas pour lesquels l’antibiotique Bicillin devrait être administré. C’est une forme de pénicilline commercialisée par la pharmaceutique Pfizer. La pénurie découle d’un « problème de fabrication », indique l’avis.

Toutes les ITSS sont en augmentation. Nous avions déjà de la difficulté à contenir la propagation de la syphilis avec le traitement de pénicilline. La pénurie ne risque pas d’améliorer notre bilan.

 

L’agence recommande « la conservation du stock disponible » de l’antibiotique et « l’utilisation de traitements alternatifs dans la mesure du possible ». Elle détaille les différentes situations où d’autres traitements peuvent être administrés.

À Montréal, le Dr Réjean Thomas doit déjà composer avec l’épuisement des stocks de cet antibiotique depuis deux semaines. Il déplore la situation. Le Bicillin pouvait être administré par injection dès le diagnostic. « Le traitement alternatif de deux semaines est plus préoccupant, car il laisse une fenêtre de transmission plus grande », indique-t-il.

À la clinique l’Actuel où il pratique, on traite un cas de syphilis chaque jour, en plus des nombreux autres cas d’infections transmissibles sexuellement ou par le sang (ITSS).

« Toutes les ITSS sont en augmentation, rappelle le Dr Thomas. Nous avions déjà de la difficulté à contenir la propagation de la syphilis avec le traitement de pénicilline. La pénurie ne risque pas d’améliorer notre bilan. »

« L’épidémie de syphilis infectieuse, initialement concentrée dans la région de Montréal, touche maintenant la plupart des régions du Québec », indique le plus récent rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur les ITSS. En forte hausse depuis le tournant des années 2000, l’infection semble se stabiliser depuis 2012, indique le rapport publié en février. Il y a eu 586 cas en 2014. La maladie était pourtant presque disparue, avec trois cas déclarés seulement en 1998. La presque totalité des cas, soit 94 %, concerne des hommes. L’infection est plus fréquente chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, mais des cas chez des femmes et des hommes hétérosexuels ont aussi été rapportés.

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