Hausse des hospitalisations d’enfants exposés à la fumée secondaire de cannabis

La consommation de cannabis en présence d’enfants devrait être interdite, selon la Dre Karen Wilson, chef de section à l’hôpital du Colorado et professeure de pédiatrie à l’Université du Colorado.
Photo: Alex Brandon La Presse canadienne La consommation de cannabis en présence d’enfants devrait être interdite, selon la Dre Karen Wilson, chef de section à l’hôpital du Colorado et professeure de pédiatrie à l’Université du Colorado.

Les impacts de la décriminalisation du cannabis sur la santé publique sont parfois loin d’être ceux anticipés, révèlent de nouvelles études en provenance d’États américains qui ont récemment légalisé la marijuana. Au Colorado, le nombre d’enfants hospitalisés pour des bronchiolites liées à la fumée secondaire de cannabis a doublé, alors que dans l’État de Washington, la légalisation n’a pas entraîné de hausse de consommation de cette drogue chez les adolescents.

Dans une étude qui sera présentée ce mardi au congrès annuel des sociétés de pédiatrie américaines à Baltimore, des chercheurs du Colorado affirment que la légalisation du cannabis pose un enjeu de santé publique certain pour les enfants, en raison de leur exposition accrue à la fumée secondaire. Dans cette étude menée au Children’s Hospital de Denver, des données récoltées un an avant et quatre mois après la légalisation (le Colorado a légalisé la marijuana en janvier 2014) auprès de parents de nourrissons admis à l’hôpital pour une inflammation des bronches révèlent que l’exposition des tout-petits à la fumée de cannabis a bondi.

Si la marijuana devient de plus en plus acceptable et accessible, il faut en savoir plus sur la façon dont la fumée secondaire affecte la santé et le développement des enfants

 

Inflammations des bronches

Chez les enfants hospitalisés pour des bronchiolites dont les parents fumaient de la marijuana, des tests d’urine ont démontré la présence de traces de THC — l’élément actif de la drogue — chez au moins un enfant sur six (16 %). Les relevés dans le temps montrent que la présence de traces de marijuana chez les tout-petits exposés à la fumée de cannabis ayant eu des problèmes respiratoires a doublé après la légalisation du cannabis, passant de 10 % à 24 %.

Les tests de présence de THC chez les enfants qui avaient été en contact avec des proches consommateurs de marijuana ont été positifs dans 75 % des cas, comparativement à 6 % chez ceux vivant dans des milieux exempts de fumée de cannabis.

Selon la Dre Karen Wilson, chef de section à l’hôpital du Colorado et professeure de pédiatrie à l’Université du Colorado, ces résultats suggèrent que la fumée secondaire de marijuana, qui contient des produits carcinogènes et psychoactifs, soulève des enjeux de santé publique certains pour la santé des enfants, alors que plusieurs autres États américains songent à emboîter le pas de la légalisation.

« Notre étude démontre que, comme dans le cas de la cigarette, les enfants sont exposés aux produits chimiques contenus dans la fumée. Si la marijuana devient de plus en plus acceptable et accessible, il faut en savoir plus sur la façon dont la fumée secondaire affecte la santé et le développement des enfants », dit-elle. Avant d’en savoir plus, cette chercheuse estime que la consommation de cette drogue en présence d’enfants devrait être interdite.

Le Canada inquiet du cannabis comestible

Au même moment, des documents fédéraux obtenus par La Presse canadienne révèlent qu’Ottawa étudie avec circonspection des données du Colorado démontrant que les aliments contenant du cannabis, notamment les biscuits et les friandises, présentent un risque substantiel pour la santé.

Dans cet État, où 45 % des ventes de marijuana se font sous une forme comestible, comme des boissons et des comprimés, le nombre d’empoisonnements alimentaires — surtout des ingestions accidentelles par des enfants — a augmenté, selon des données du Center for Disease Control des États-Unis. Depuis, la loi a été modifiée pour interdire la vente de produits attrayants pour les enfants.

Consommation stable

Par ailleurs, dans l’État de Washington, où la consommation de cannabis est légale depuis 2012 à compter de l’âge de 21 ans, on s’inquiétait de l’effet de la légalisation sur les adolescents. Or, des données dévoilées elles aussi à Baltimore par les sociétés de pédiatrie américaines démontrent que l’accès des jeunes à la marijuana est resté inchangé après la décriminalisation.

1 commentaire
  • Gilles Provost - Abonné 3 mai 2016 14 h 45

    Un article irresponsable

    Le Devoir est irresponsable d'annoncer sans nuance une "hausse des hospitalisations chez les enfants exposés à la fumée secondaire de cannabis" sur la foi d'un échantillon total de 43 enfants hospitalisés pour une inflammation des brochioles dans un seul hôpital de Denver, au Colorado.
    En fait, l'étude n'a jamais cherché a vérifier si l'exposition au cannabis avait joué un rôle dans la maladie de ces enfants. Elle n'a pas, non plus, tenté de vérifier s'il y avait hausse des hospitalisations d'enfants pour troubles pulmonaires ni, à fortiori, si une telle hausse éventuelle aurait pu être attribuable au cannabis.
    Par ailleurs, seulement 7 de ces enfants possédaient dans leur sang des résidus détectables de cannabis. C'est en analysant cet échantillon de 7 enfants que l'étude aurait conclu que le pourcentage des enfants qui présentent des traces de marijuana aurait "doublé" et "bondi" de < 10% à 24% au moment de la légalisation du cannabis dans l'état du Colorado en 2014.
    Compte tenu de la taille infinitésimale de leur échantillon, les auteurs précisaient évidemment que cette augmentation est "non significative" statistiquement, mais Le Devoir s'est bien gardé de nous en informer.

    En somme, un article trompeur, irresponsable et indigne du Devoir dans une page qui se voulait consacrée au débat sur le cannabis.