50 supercliniques d’ici la fin 2018

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Le gouvernement Couillard va de l’avant avec sa promesse électorale et vise l’implantation de 50 super-cliniques au Québec d’ici la fin 2018. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, y voit la réponse tant attendue au désengorgement des urgences, mais la Fédération des médecins omnipraticiens ne partage pas son enthousiasme.

« Voilà un point tournant significatif dans la transformation de notre réseau », a déclaré le ministre Barrette mardi après-midi, au moment de présenter le programme qui permettra, espère-t-il, d’améliorer l’accès aux soins de première ligne.

Une super-clinique est d’abord et avant tout un Groupe de médecine de famille (GMF) qui acceptera d’offrir davantage de services et de se soumettre à certaines contraintes. En échange, le gouvernement offrira un soutien financier et du personnel infirmier supplémentaires.

Une super-clinique, c’est…

Au moins 20 000 consultations par année

Une clinique ouverte 12 heures par jours, 7 jours par semaine

L’accès à des services de radiographie simple, d’échographie et de prélèvements

La possibilité de prendre un rendez-vous jusqu’à trois heures avant la fin de la fermeture de la clinique

Pour obtenir et conserver le statut de super-clinique, un GMF devra offrir au moins 20 000 consultations annuelles, ouvrir ses portes 12 heures par jours, 7 jours par semaine et permettre la prise de rendez-vous jusqu’à trois heures avant la fermeture de la clinique.

« Depuis quand les rendez-vous ne doivent se donner que le lundi jusqu’au vendredi, de 8 h à 15 h, depuis quand ?, a lancé Gaétan Barrette. Je suis convaincu que parmi les gens qui nous écoutent, il y a plein de monde qui aimerait avoir leur rendez-vous chez leur médecin à 18 h 30 plutôt que de l’avoir à 11 h. C’est aux médecins de s’adapter à la population. »

Deux semaines après avoir annoncé la création d’un guichet unique d’accès à un médecin de famille, le ministre Barrette avance dans la même direction avec les super-cliniques : plus de 80 % des visites minimales requises devront être faites par des patients qui n’ont pas de médecin de famille ou qui ont un médecin de famille qui ne pratique pas dans la super-clinique. Un système de rendez-vous électronique « national » sera mis en place.

En cas d’épidémie, qu’il s’agisse de la grippe ou de toute autre maladie, l’offre de service de consultations sans rendez-vous devra être doublée. Chaque super-clinique devra minimalement offrir des services de radiographie simple, d’échographie et de prélèvements. « Il n’y aura jamais de frais accessoires pour ces trois éléments-là », a précisé le ministre.

Emplacements choisis

 

Le ministre de la Santé l’a dit et redit lundi : c’est le gouvernement, et non les promoteurs immobiliers, qui décideront de l’endroit où se trouveront les futures super-cliniques. « Nous ne voulons pas que les super-cliniques s’ouvrent n’importe où. Nous voulons que les super-cliniques soient un intermédiaire entre la population et les urgences, donc elles doivent être distribuées sélectivement sur le territoire », a-t-il insisté.

Un GMF pourra devenir une super-clinique s’il est situé dans une zone où la densité de la population est suffisante. Cela signifie qu’il n’y aura pas de super-clinique sur la Côte-Nord, en Gaspésie ou aux Îles-de-la-Madeleine.

En quelques chiffres

5,6 millions: Québécois qui sont inscrits auprès d’un médecin de famille, soit 70,6 % de la population.

411 000: Personnes « orphelines » de médecin qui sont inscrites au guichet d’accès à un médecin de famille.

50 000: Patients (par mois) qui ont obtenu un médecin de famille dans les six derniers mois de 2015.

85%: Pourcentage de patients que Québec souhaite voir inscrits d’ici la fin de 2017.


Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux et données au 31 décembre 2015 de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Québec croit que les ressources financières et humaines rattachées au statut de super-clinique convaincront les médecins d’adhérer au programme. Chaque super-clinique pourra compter sur un « soutien financier administratif » et l’ajout d’infirmières. « Ces infirmières seront à la charge du réseau », a noté M. Barrette. Les sommes allouées et le personnel fourni varieront selon le nombre de consultations annuelles prévues.

Le gouvernement procédera à des vérifications sur une base annuelle et les super-cliniques qui ne remplissent pas tous les critères pourraient perdre leur statut.

Dans son dernier budget, le gouvernement a prévu plus de 17 millions de dollars pour le déploiement de 32 super-cliniques au cours de l’exercice financier en cours et espère en ajouter 18 d’ici la fin de son mandat. « Si nous devons et pouvons aller au-delà, le financement sera au rendez-vous », promet le ministre Barrette.

« Elle est là, la réponse au désengorgement de l’urgence, a-t-il conclu. Il ne resterait, dans un monde idéal, que les gens qui ont besoin d’être couchés sur une civière ou qui ont une problématique plus sévère qui nécessite une courte observation. »

Les médecins doutent

 

« C’est une révolution, mais est-ce qu’elle sera accueillie par les médecins ?, se demande le président du Conseil pour la protection des malades, Paul G. Brunet. C’est à souhaiter, parce que c’est la clé de voûte. Et si [le ministre Barrette] réussit cela, je serai obligé de dire qu’il m’a confondu.

En mai 2015, au moment de l’annonce sur les GMF, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, était aux côtés de Gaétan Barrette en conférence de presse. Hier, c’était le grand absent.

C’est que les omnis et Québec ne sont pas parvenus à s’entendre sur le fin mot de l’entente sur les super-cliniques.

La FMOQ estime qu’il n’est pas nécessaire d’ouvrir les soirs de fin de semaine. « Nous ne croyons pas que ce soit la meilleure façon de répondre aux besoins de la population, affirme le Dr Godin. Nous pensons que c’est plus approprié de faire plus de consultations dans la journée le samedi et le dimanche, c’est ça que les patients veulent ».

Il ajoute qu’en raison des contraintes d’horaires imposées par Québec, le concept de super-clinique ne séduira pas beaucoup de médecins. « On risque de se retrouver avec un réseau incomplet, qui est plus lent à se déployer et donc avec une offre moindre pour les patients », avertit-il.

Non seulement il n’est pas nécessaire d’ouvrir en soirée la fin de semaine, mais les médecins sont nombreux à avoir des tours de garde à l’hôpital pendant ces périodes, fait-il valoir, rappelant au passage qu’il n’en tient qu’aux médecins d’adhérer ou non au modèle présenté par le ministre Barrette.

« [Le gouvernement] concentre encore plus de pouvoirs dans les mains des médecins et affaiblit encore davantage les CLSC alors que ceux-ci voient actuellement leurs ressources professionnelles transférées vers les GMF, toujours sans débat public », a pour sa part déploré la CSN.

Avec Amélie Daoust-Boisvert



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