L’Ordre des pharmaciens veut un portrait plus précis de la situation

Des pilules d’oxycodone, un opioïde. Selon la RAMQ, le nombre de prescriptions d’opioïdes est passé de 1,9 million à 2,4 millions entre 2011 et 2015.
Photo: John Moore Getty Images Agence France-Presse Des pilules d’oxycodone, un opioïde. Selon la RAMQ, le nombre de prescriptions d’opioïdes est passé de 1,9 million à 2,4 millions entre 2011 et 2015.

L’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) ne dispose pas de portrait précis de la hausse marquée des opioïdes qui transitent par les comptoirs de ces membres, mais il entend collaborer de près avec le Collège des médecins pour élucider les causes de la consommation massive de ces médicaments antidouleur, à l’origine de nombreux décès par surdose.

En réaction aux chiffres de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) dévoilés par Le Devoir lundi, révélant que le nombre d’ordonnances d’opiacés a bondi de 29 % depuis 2011 au Québec, l’OPQ se dit préoccupé par le phénomène, mais affirme que ces données globales ne permettent toujours pas de tracer un portrait précis de la consommation des opioïdes au Québec.

« Ce sont des chiffres globaux qui ne permettent pas de savoir quels médicaments sont le plus en cause dans cette hausse de consommation. Le nombre d’ordonnances a augmenté, mais est-ce que les quantités par ordonnance ont diminué ? Ces chiffres pourraient être trompeurs. S’agit-il de méthadone ? », a demandé lundi Michel Caron, adjoint professionnel à l’OPQ.

À l’Association des pharmaciens-propriétaires du Québec, on dit ne pas avoir de portrait pointu de l’évolution des ventes d’opioïdes dans les pharmacies, mais l’on sait que la prescription de méthadone — d’abord destiné aux toxicomanes en sevrage —, a connu un essor depuis que Santé Canada, en 2012, a autorisé son usage pour le traitement des douleurs aiguës chroniques.

Selon la RAMQ, le nombre de prescriptions d’opioïdes, dont la morphine, la méthadone, le fentanyl et la codéine, est passé de 1,9 million à 2,4 millions entre 2011 et 2015. Et cela, même si le nombre de patients ayant reçu de telles prescriptions n’a augmenté durant la même période que de 10 %.

Ce bond dans les prescriptions est jugé préoccupant alors que, ces dernières années, les effets délétères des opioïdes, notamment les surdoses et les dépendances aux médicaments narcotiques, ont fait les manchettes.

Seulement au Québec, l’INSPQ évalue à 1775 le nombre d’intoxications mortelles liées aux opioïdes entre 2000 et 2012. Ailleurs au Canada, les décès reliés au fentanyl, 40 fois plus puissant que l’héroïne, ont mis les autorités de santé publique sur les dents. La Colombie-Britannique, où plus de 200 surdoses mortelles ont été recensées en trois mois, vient d’en faire une urgence de santé publique.

Des études s’imposent

Des détails sur les profils de consommation de chaque opioïde seront nécessaires pour savoir si la formation des médecins et des pharmaciens sur certains médicaments doit être adaptée, estime l’Ordre des pharmaciens du Québec.

Le comité de travail mixte du Collège des médecins et de l’OPQ sur la question des opiacées se penchera sur le dossier afin de proposer, d’ici quelques mois, de nouvelles directives tant pour les médecins que pour les pharmaciens. Mais d’ici à ce que ce comité accouche d’un rapport, certains projets pourraient être envisagés, estime M. Caron.

En Ontario, dans certaines régions, les prescriptions de timbres de fentanyl s’accompagnent de l’obligation, pour le patient, de ramener les timbres usagés aux pharmaciens pour obtenir un renouvellement de leur ordonnance. Cette mesure vise à s’assurer que le fentanyl prescrit médicalement ne soit pas détourné vers le marché des drogues de rue, où ce produit a provoqué des dizaines de surdoses mortelles.