La pilule abortive sera-t-elle gratuite?

Le médicament, commercialisé au Canada sous le nom de Mifegymiso, devrait être offert dans le courant de l’année. Sur notre photo, le même produit en vente sous un autre nom aux États-Unis.
Photo: Mnaoocher Deghati Agence France-Presse Le médicament, commercialisé au Canada sous le nom de Mifegymiso, devrait être offert dans le courant de l’année. Sur notre photo, le même produit en vente sous un autre nom aux États-Unis.

Santé Canada l’a approuvée en juillet dernier, mais elle n’est pas encore accessible au Québec. La pilule abortive sera-t-elle gratuite et accessible, comme l’est l’avortement chirurgical ?

L’incertitude plane, ce qui inquiète la directrice générale du Centre de santé des femmes de Montréal, Anne-Marie Messier. « On ne voudrait pas que les femmes se retrouvent devant un faux choix, c’est-à-dire que l’avortement chirurgical soit gratuit et pas la pilule abortive », explique-t-elle.

Le médicament, commercialisé sous le nom de Mifegymiso, devrait être offert dans le courant de l’année.

Le Devoir a demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) si le service sera gratuit. Il indique avoir « entamé des échanges avec l’Ordre des pharmaciens du Québec et le Collège des médecins afin de déterminer un mode d’accès à la pilule abortive qui respecte les exigences de Santé Canada et la pratique professionnelle des médecins et des pharmaciens. Les travaux se poursuivent pour en arriver à une décision dans les meilleurs délais ».

« Mentionnons que l’offre de services en lien avec l’avortement est disponible gratuitement au Québec », ajoute la responsable des communications du MSSS, Caroline Gingras.

Héritage d’une action collective

L’avortement est un service médical gratuit payé par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), tant à l’hôpital qu’en clinique privée.

En 2006, à la suite d’une action collective, la Cour supérieure a statué que les femmes qui ont une carte d’assurance maladie n’ont pas à payer pour un avortement. Québec a été condamné à verser plus de 13 millions aux femmes qui avaient eu à payer pour accéder à une IVG.

Depuis, Santé Canada a approuvé la pilule abortive. Il s’agit en fait de deux médicaments, le mifépristone et le misoprostol. Le premier bloque les effets de la progestérone et entraîne le détachement de l’embryon des parois de l’endomètre, alors que le deuxième provoque des contractions de l’utérus et l’évacuation de l’endomètre.

Anne-Marie Messier s’inquiète que, si le médicament est rendu disponible via l’assurance médicament, un coût y soit associé. La confidentialité des patientes pourrait aussi être brisée par les relevés d’assurances. « On peut penser à l’enjeu des femmes qui sont sur l’assurance de leurs parents ou de leur conjoint », relate-t-elle.

La voie qu’elle privilégie est donc une distribution par les médecins, qui devront de toute façon rencontrer les patientes à quelques reprises pour l’administration du médicament. Pour cela, Québec et les fédérations médicales devront convenir d’un tarif couvrant l’ensemble de la procédure.

Le niveau d’encadrement requis et le prix de la procédure se comparent à l’avortement chirurgical, selon Anne-Marie Messier, soit environ 600 $ en tout, dont 200 $ pour le médicament lui-même et l’excédent pour le suivi requis. La prise de la pilule abortive requiert une évaluation médicale préalable, une échographie et une visite de suivi. Ce médicament ne pourrait pas être distribué en pharmacie comme l’est, par exemple, le contraceptif d’urgence.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a bon espoir d’en arriver à une entente à l’avantage des patientes pour permettre aux médecins de famille qui le souhaitent d’offrir cette nouvelle avenue. « Je n’entrevois pas de difficulté majeure pour que ce soit accessible pour les patientes lorsque ce sera disponible », indique son président, le Dr Louis Godin.

La directrice de la clinique Morgentaler, France Désilets, voit mal comment Québec pourrait faire fi du jugement de la Cour supérieure de 2006 en ce qui a trait à la gratuité. « Nous avons très hâte que cette méthode, disponible en Europe depuis des années, soit accessible », dit-elle.

Le financement des actes médicaux devrait se faire à coût nul pour Québec, souligne-t-elle, car il n’y aura pas davantage d’interruptions volontaires de grossesse : les femmes auront simplement le choix de la méthode.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 13 avril 2016 13 h 17

    Le problème est plus général

    On sait que notre régime d'assurance-médicaments a été mis sur pied tel qu'il est pour éviter de nuire aux compagnies d'assurance. Mais, si les médicaments font partie intégrante des soins de santé, et font même parfois épargner de l'argent à la RAMQ, pourquoi devrait-on les payer? Pourquoi le traitement d'une crise cardiaque devrait-il être gratuit mais pas les médicaments pour la prevenir, par exemple?