La mission des CLSC n'est pas menacée, dit Levine

David Levine est conscient des inquiétudes que soulève la réforme administrative des services sociaux et de santé. Mais, dit-il, les CLSC n’ont pas à craindre l’asphyxie à la suite de leur union avec les hôpitaux.
Photo: Jacques Nadeau David Levine est conscient des inquiétudes que soulève la réforme administrative des services sociaux et de santé. Mais, dit-il, les CLSC n’ont pas à craindre l’asphyxie à la suite de leur union avec les hôpitaux.

David Levine, grand manitou de la réforme des soins de santé dans la métropole et p.-d.g. de l'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé de Montréal, affirme que les CLSC ne sont pas voués à la disparition et qu'ils continueront tous à desservir leur population, mais sous un autre nom.

Interrogé hier sur les craintes soulevées par la réforme de la santé engagée à Montréal pour répondre aux exigences de la loi 25, adoptée en décembre par le gouvernement libéral, David Levine assure que les rumeurs de fermeture des CLSC sont sans fondement. Après avoir rencontré des représentants des CLSC ces derniers jours, il se dit très au fait de leurs inquiétudes et se montre prêt à y répondre.

«Il y a une préoccupation réelle voulant que l'influence des hôpitaux au sein des futurs centres de santé fasse bifurquer l'argent vers eux. Nous sommes sensibles à cette préoccupation et nous voulons en tenir compte», a souligné David Levine, dont l'agence a amorcé il y a quelques jours des consultations préliminaires sur son projet de réforme.

Il n'est toutefois pas question, comme le voudraient les CLSC, d'exclure totalement les hôpitaux du processus de fusion prévu et de limiter les fusions administratives aux seuls CLSC et aux CHSLD. «Cela m'a été demandé d'exclure d'emblée les hôpitaux, mais cela est impossible et ne répondrait ni aux balises exigées par le ministère ni même à la loi. Nous n'arriverions pas à atteindre nos objectifs», a tranché David Levine.

Lors d'un point de presse, le p.-d.g. de l'agence montréalaise, qui a le mandat de procéder à la fusion des établissements de santé dans l'île de Montréal d'ici 2005, a expliqué que les scénarios de fusion les plus probables font pour l'instant état de la création d'au moins 11 territoires distincts dans la métropole.

À l'intérieur de ces 11 sous-régions montréalaises, les CLSC, les centres d'hébergement et de soins de longue durée, les hôpitaux et les centres de réadaptation devront fusionner leurs conseils d'administration afin de créer une seule entité administrative locale, qu'on prévoit nommer «centre local de santé et de services sociaux».

En fait, les ex-CLSC et ex-hôpitaux deviendront des «points de services» du futur «centre local de santé et de services sociaux» de leur secteur. Selon les scénarios envisagés par l'agence montréalaise, ces centres de santé locaux desserviront une population oscillant entre 110 000 et 230 000 personnes.

Des exceptions

Mais afin d'éviter que les impératifs financiers des gros hôpitaux régionaux n'entrent en concurrence avec les besoins de la population locale, David Levine a précisé que les cinq hôpitaux universitaires et affiliés de la métropole seront exclus de ces futurs centres locaux de soins de santé. Ainsi, le CHUM, le CUSM, l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'hôpital du Sacré-Coeur et l'Hôpital général juif conserveront des budgets distincts alors que la plupart des autres petits hôpitaux seront financés à même les budgets versés au centre local de santé de leur secteur.

Ce sera notamment le cas des hôpitaux Jean-Talon, Fleury et Santa Cabrini, du Centre hospitalier de Lachine, de l'hôpital LaSalle et de l'hôpital Saint Mary's, qui seront fusionnés aux CHSLD et CLSC pour donner naissance aux futurs «centres de santé» de leur territoire et qui recevront désormais une portion d'un budget global.

Les centre de santé de secteurs de l'île qui n'ont pas d'hôpital devront conclure une entente avec un hôpital afin que celui-ci leur fournisse les services nécessaires à leur population, a ajouté M. Levine. Certains hôpitaux pourraient aussi échapper aux fusions pour des raisons culturelles.

Les nouveaux centres de santé n'auront pas la tâche facile car ils devront constamment évaluer leurs besoins en services de santé et en services sociaux en fonction de l'état de santé et du profil de leur population.

Un des éléments clés du succès de la création de ces futurs réseaux locaux repose par ailleurs sur l'informatisation. L'agence souhaite la création d'un lien informatique entre les membres de chaque centre de santé, ce qui permettra de partager entre eux certains éléments du dossier médical des patients, notamment les résultats de tests diagnostiques et les médicaments prescrits. «Nous savons que le gouvernement du Québec aura accès à une portion des sommes données par le fédéral pour créer l'inforoute de la santé. À notre avis, il existe donc des ressources pour financer cela», affirme M. Levine.

Quant aux centres médicaux affiliés (CMA), dont Le Devoir faisait état hier et qui orchestreront dorénavant la pratique médicale dans chaque sous-région de la métropole, David Levine a bon espoir que tous les médecins y adhéreront par intérêt compte tenu des avantages que cela leur procurera. «Il y aura un net désavantage à ne pas adhérer aux CMA car ces médecins devront continuer à courir seuls pour obtenir des tests et des consultations avec des spécialistes dans les hôpitaux pour leurs patients, sans lien informatique», insiste le Dr Pierre Masson, directeur des affaires médicales à l'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé de Montréal.

La Régie entend amorcer des consultations officielles sur ces scénarios après le 27 février.