Les médecins se défendent de «vider» les CLSC de leurs travailleurs sociaux

«Ce n’est pas moi qui sors les travailleurs sociaux des CLSC», se défend le Dr Godin.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Ce n’est pas moi qui sors les travailleurs sociaux des CLSC», se défend le Dr Godin.

Les groupes de médecine de famille ne vident pas les CLSC de leurs travailleurs sociaux et autres professionnels, se défend le Dr Louis Godin.

En entrevue, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) explique que les groupes de médecine de famille (GMF) auraient en priorité intégré davantage d’infirmières. « C’était notre demande principale, parce que c’est avec elles qu’on a le plus d’expérience. Tous les GMF auraient pris davantage d’infirmières », explique-t-il. Mais, avec le nouveau mode d’attribution, la moitié du personnel octroyé aux GMF sera infirmier. Un autre quart sera composé de travailleurs sociaux et un dernier quart d’autres professionnels.

Les travailleurs sociaux doivent venir appuyer les médecins de famille en santé mentale. Les médecins auraient apprécié l’octroi de psychologues, mais le MSSS a plutôt privilégié les travailleurs sociaux.

« Ce n’est pas moi qui sors les travailleurs sociaux des CLSC », se défend le Dr Godin, qui reconnaît que ces derniers ne font pas le chemin vers les GMF « dans l’allégresse ». « Que le ministre ait choisi de transférer les ressources plutôt que d’en ajouter, c’est son choix », dit le Dr Godin.

Il s’attend toutefois à ce que les professionnels se consacrent aux patients inscrits dans les GMF. « On ne peut pas recevoir des travailleurs sociaux qui amènent avec eux leur clientèle du CLSC. Les médecins sont en droit de recevoir des professionnels qui sont là pour leur clientèle », explique-t-il.

Dans tout ce débat, le Dr Godin aimerait qu’on réalise que « les patients, ils sont dans les GMF. On rapproche les services des gens ».

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) doit assumer les frais de déménagement des professionnels, alors qu’ils continueront à être payés par leur établissement d’origine, soit un CISSS ou un CIUSSS.

Le nouveau cadre de gestion prévoit aussi une augmentation de 20 à 25 % des allocations du MSSS versées aux GMF, ce qui doit couvrir les frais d’hébergement de tous ces nouveaux professionnels, indique le Dr Godin. Les locaux sont d’ailleurs un casse-tête dans certains GMF, qui devront réaménager les lieux.

Des dizaines de transferts

Alors que les GMF avaient jusqu’à la mi-mars pour signifier leurs besoins, le portrait région par région commence à se dresser.

Dans le Bas-Saint-Laurent, 12 postes de travailleurs sociaux et 10 d’autres professionnels doivent être transférés vers les GMF. Les professionnels qui seront touchés travaillent actuellement en CLSC ou en clinique externe, explique Lise Chabot, responsable descommunications pour le CISSS.

Dans cette région, on part avec une longueur d’avance, car l’intégration des professionnels est déjà une réalité dans certains GMF, ajoute Mme Chabot.

Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, ce sont 18 travailleurs sociaux et 16 autres professionnels qui migreront vers les GMF, indique le CIUSSS.

Toujours à Montréal, le CIUSSS du Centre-Ouest indique que 16 travailleurs sociaux et 12,5 autres postes de professionnels sont concernés.

Au CIUSS de l’Est-de-l’Île, entre 22 et 26 professionnels seront transférés. Même si les CLSC devront continuer à suivre les patients laissés derrière par ces transferts avec moins de personnel, « tout est mis en oeuvre pour ne pas qu’il y ait de bris de suivi », indique Jean Lepage, responsable des relations avec les médias de cet établissement.

Dans plusieurs autres régions, les estimations du nombre de transferts tournent aussi autour de 30 à 40 professionnels, selon les chiffres non officiels que Le Devoir a obtenus.

Les gens qui devront quitter les CLSC sont inquiets et en colère, relate Stephen Léger, vice-président à l’APTS, syndicat qui en représente une bonne proportion. C’est un changement de paradigme, dit-il : « On part de l’action communautaire, de la prévention, vers le curatif. Nous nous opposons à un tel démantèlement des CLSC. »

Le président de l’Ordre professionnel des travailleurs sociaux, Claude Leblond, reconnaît que les GMF ont des besoins. Mais il aurait voulu que les ressources soient ajoutées, et non pas transférées. « Je crains que tout un pan de la population n’ait plus accès aux services sociaux », déplore-t-il.

En entrevue avec Le Devoir la semaine dernière, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, s’est bien défendu de démanteler les CLSC. Le MSSS indique que moins de 5 % des travailleurs sociaux du réseau sont touchés par ce mouvement de personnel. « Un GMF même interdisciplinaire ne peut pas tout faire, a expliqué le ministre. Les CLSC ne peuvent pas disparaître. Ils ont développé un créneau très utile qui doit toutefois être intégré [au reste du réseau]. »

L’intégration des nouveaux professionnels dans les GMF pourra prendre jusqu’à un an, indique le ministère.

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