«Les objectifs sont atteints»

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, à propos de ses multiples chantiers: «J’accepterai le jugement sur les résultats, bons ou mauvais.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, à propos de ses multiples chantiers: «J’accepterai le jugement sur les résultats, bons ou mauvais.»

En commission parlementaire, sous un flot de critiques presque ininterrompues, il était resté imperturbable. Gaétan Barrette a son plan et il entend le mettre en oeuvre. Adoptée sous bâillon, la réforme administrative du réseau de la santé célèbre son premier anniversaire. Les autres étapes de la réforme Barrette sont aussi en marche. À ses détracteurs, le ministre répond : vous me jugerez sur les résultats. Rien ne semble pouvoir arrêter celui qui qualifie l’opération de succès jusqu’à maintenant.

Une fois par mois, Gaétan Barrette réunit les p.-d.g. des établissements de santé du Québec à une même table. C’est le cénacle où tout se joue.

Quand Le Devoir lui parle, en fin de journée mercredi dernier, pour une longue entrevue en forme de bilan, le ministre fait maintes fois référence à cette réunion tenue la matinée même pour illustrer ses propos.

« L’effet que je recherchais et que j’ai obtenu est d’avoir une autorité sur le réseau. » Gaétan Barrette en est fier : « aucun » ministre avant lui n’avait pu parler à tout le réseau en embrassant d’un seul regard ses exécutants autour d’une table. « C’était impossible parce qu’il y avait des centaines d’établissements avec leurs directeurs et leurs conseils d’administration. Le ministre pouvait avoir un discours, mais pas d’effet à la clé. » Il pèse ses mots : « Moi, j’ai [cet effet]. »

Si le ministre parle, les p.-d.g. sont tenus à l’action. Ses critiques appellent cela de la microgestion, ou le qualifient de superministre. Gaétan Barrette n’en a cure. Il veut des résultats. « Là, nous avons un ministre qui y croit, qui dit ça va se passer comme ça et qui va juger les p.-d.g. selon leur job. »

Les p.-d.g., qu’il a tous nommés par ailleurs, y croient, assure-t-il. « J’ai dit à ceux qui sont intéressés à la transformation : vous êtes les bienvenus. »

Ceux qui ne voulaient pas ramer avec lui sont partis. Un des premiers bilans qui peut être dressé de la mise en oeuvre du projet de loi 10, c’est la disparition de plus de 1000 postes de cadres dans le réseau, sur un objectif, à terme, de 1300. Gaétan Barrette suit la donnée en temps presque réel. « De mémoire, nous en sommes à 1114 », lance-t-il.

Son attachée politique, Marie-Ève Morneau, précise plus tard que la cible est atteinte à 90 % et que, d’ici deux ans, les économies visées de 220 millions de dollars auront été réalisées.

Ce qui fait dire au ministre que, « sur le plan de la structure, les objectifs sont atteints. Le bilan que je dresse est très positif à cette étape-ci ».

Évaluer plus tard

Mais au-delà de la mathématique, que peut-on dire ? La loi visait un meilleur accès aux soins et une amélioration de leur qualité et de leur sécurité, ainsi qu’une plus grande efficience et une meilleure efficacité du système de santé.

Il est trop tôt pour dévoiler des indicateurs de l’atteinte de ces objectifs, convient le ministre. D’ici « deux ans », il sera possible d’évaluer la réforme : « Ça nous prend la structure, la loi 10, pour la continuité des services. La loi 20 [sur les médecins] pour l’accès, le financement à l’activité, pour avoir des comparables. À la fin, on a la qualité », explique-t-il.

« La pleine capacité effective de ça, c’est un peu plus loin dans le temps qu’on va la voir, ajoute-t-il. On va pouvoir mesurer en prenant un patient au hasard qui a eu un diagnostic et faire une enquête [sur son parcours de soins]. » Les indicateurs traditionnels aussi s’amélioreront, assure-t-il. « Le temps d’attente à l’urgence va diminuer, le nombre de visites aussi, les listes d’attente également. » 

S’il n’a pas encore d’indicateurs à nous partager, Gaétan Barrette ne tarit toutefois pas d’anecdotes sur le bien-fondé de sa réforme. Il en glissera plusieurs en cours d’entretien. « Il fallait faire tomber les murs dans le réseau. J’en ai sans cesse des exemples », affirme-t-il.

Avec la loi 20 pour garantir l’accès aux soins médicaux et le financement à l’activité pour la performance des établissements, le ministre affirme qu’on atteindra « l’intégration ».

C’est-à-dire que le patient entrera dans le système de santé et sera pris en charge de A à Z, sans pas de côté dans des « systèmes parallèles ». Voilà sa prétention.

L’évolution de l’inscription des patients auprès d’un médecin de famille fait aussi partie des obsessions du ministre. Il suit aussi cette donnée de semaine en semaine.

En vertu du projet de loi 20, adopté à l’automne, les médecins seront sanctionnés si des cibles d’inscription et d’accès ne sont pas atteintes d’ici décembre 2017.

Alors que les budgets de son ministère augmentent moins rapidement que les coûts de fonctionnement, Gaétan Barrette refuse toujours de prononcer le mot « compressions ».

Contexte difficile

Comment mener de telles réformes dans ce contexte budgétaire pour le moins difficile ? « Ou bien on se réorganise, ou bien on coupe des services. Je préfère réorganiser », répète-t-il.

D’autres chantiers devront être attaqués de front, convient-il : le maintien à domicile et la meilleure utilisation des infirmières et des autres professionnels de la santé. « La croissance de services qui vient avec le vieillissement de la population doit passer par d’autres véhicules que le véhicule médical. »

« J’accepterai le jugement sur les résultats, bons ou mauvais, lance le ministre à propos de ses multiples chantiers. Si, à la fin de mon mandat, je n’ai pas vu de changement, ou bien ça voudra dire qu’il y a eu de la résistance, ou bien que je n’ai pas pris les bonnes décisions. Mais je ne conçois pas qu’il n’y ait pas de résultats. »


Petit lexique de la réforme Barrette

Le projet de loi 10, la réforme administrative

Les agences régionales ont été abolies. Les 182 établissements ont été fusionnés pour un total de 22 CISSS et CIUSSS et de 7 établissements non fusionnés.

Le projet de loi 20, la réforme médicale

Objectif d’accès accru aux médecins de famille et aux spécialistes. Des ententes avec les deux fédérations médicales suspendent l’application des contraintes imposées aux médecins jusqu’en décembre 2017.

Le financement à l’activité

Le mode de financement des établissements de santé, qui se base sur le coût de chaque épisode de soin plutôt que sur le financement historique. Il doit injecter de la «concurrence» entre les établissements.
13 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 2 avril 2016 01 h 57

    Les objectifs sont atteints...

    ... Nous avons affaibli au maximum le secteur public et transféré tout ce que nous pouvions au privé.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 2 avril 2016 07 h 35

    Système hyper centralisé loin du patient

    La semaine dernière, j'ai vécu 2 expériences négatives dues à ce système. Services éloignés des patients avec un retard indû.

    Et puis, dans ce système à la soviétique, les cadres tombent comme des mouches en congé maladie!

  • Pierre Bernier - Abonné 2 avril 2016 07 h 59

    À évaluer sur les résultats ?

    Résultats "quantitatifs" et "qualitatifs" ?

    Et parmi les critères d’évaluation, les coûts de production et de prestation des produits et services et la satisfaction des usagers quant à leur accessibilité et pertinence ?

  • Charles Talon - Abonné 2 avril 2016 08 h 15

    Santé

    À date, sur le terrain, on ne voit pas de différence... Les urgences sont toujours aussi engorgées, les orphelins cherchent toujours un médecin...

    Il est vrai que le doc Barrette dirige un gros paquebot qui met beaucoup de temps à changer de direction... On a donc des changements sur papier qui se manifesteront plus tard dans la réalité.... Espérons.

    • Françoise Raymond - Abonnée 4 avril 2016 09 h 31

      À date, sur le terrain, on ne voit pas de différence... On verra plus tard? Vous y croyez?

  • Benoit Thibault - Abonné 2 avril 2016 10 h 29

    Une opération de charme anticipée

    Cette entrevu à un an de la réforme était nul doute anticipée et malgré tout le ministre ne peut que donner d'anecdotes, rien sur les indicateurs de gestion, et ... c'est plus loin dans le temps que l'on verra. Quand on ne le sait ? Sans doute un horizon plus loin que les prochaines élections...
    C'est comme ci avant lui, le réseau ne bougeait pas c'est absurde! Le réseau était en transformation continu mais axer sur des objectifs clairs avec les gardes-fous nécessaires.
    La nouvelle microgestion enlève c'est gardefous.

    Cette concentration des décisions au sein d'un si petit groupe amène des risques à bien des niveaux. Je ne puis que m'inquiéter du risque de lien poilitique de ces gestionnaires et de leur mission de donneurs de contrats structurants de leurs organisations entrautre pour les services professionnels ingénieurs, architectes, informatique, etc..

    La porte est ouverte à respecter les règles d'attribution de contrats mais demeure très à risques dfe magouillage par arrangement des comités de sélection. Quels sont les réels outils de vigilance quand tout le monde a peur pour sa job, il devient accessible de mettre des personnes "du bon bord" à des postes de décideurs à des niveaux intermédiaires et de récolté par la suite.

    Ces contrats représentent des millions de dollars. L'histoire récente ne peut que nous inquiéter. Une boucle risque d'être bouclé.