Deux fois moins de travailleurs sociaux en CLSC

Les syndicats sont particulièrement préoccupés par le sort des patients sans médecin de famille.
Photo: iStock Les syndicats sont particulièrement préoccupés par le sort des patients sans médecin de famille.

La réforme des services de première ligne du ministre de la Santé Gaétan Barrette commence à se faire sentir dans la région de Québec où 46 % des travailleurs sociaux des CLSC se préparent à être transférés dans les groupes de médecine familiale (GMF).

Sur les 59 travailleurs sociaux qui travaillent dans la région de Québec, 27 seront transférés vers les groupes de médecine familiale au cours des prochains mois. En ajoutant les autres professionnels (nutritionnistes, psychologues, physiothérapeutes, personnel infirmier, etc.), ce sont 42 professionnels qui déserteront les CLSC de la région au cours des prochains mois.

Une situation vivement dénoncée par les syndicats. « On savait que ça s’en venait, mais la hauteur des ressources [déplacées] nous a fait sursauter », explique Danny Roy, le président du Syndicat des professionnel(le)s de la santé et des services sociaux (SPSSS) affilié à la CSN.

Les syndicats sont particulièrement préoccupés par le sort des patients sans médecin de famille. « Si on extrait la moitié des ressources en CLSC, on va créer nécessairement un engorgement. » À l’heure actuelle, les personnes qui se présentent dans un CLSC peuvent voir un travailleur social en moins d’une heure. Or, M. Roy souligne que les « familles qui viennent consulter en CLSC sont souvent en situation de crise ».

En vertu du nouveau système, les travailleurs sociaux à l’intérieur des GMF verraient les patients que les médecins du groupe leur confient. C’est d’ailleurs l’un des aspects qui irrite le plus la profession, qui craint en outre de perdre une bonne part de son autonomie.

Selon nos informations, ceux qui suivaient déjà des patients précis en CLSC pourraient continuer à les voir durant une période de transition. Les patients seraient ensuite confiés à des collègues. Une travailleuse sociale touchée par la réforme de Québec croit toutefois que cela risque de ne pas trop se produire parce qu’on ciblerait pour les transferts des travailleurs sociaux affectés à l’accueil dans les CLSC.

Des transferts dans Lanaudière

L’une des travailleuses sociales touchées à Québec a confié au Devoir qu’elle voyait mal comment le nouveau système sera plus efficace. « Le docteur Barrette dit qu’il veut avoir une seule porte d’entrée dans le système mais il n’est pas cohérent », a déclaré cette professionnelle qui a requis l’anonymat.

« Lorsqu’on est en GMF, il n’y a que la clientèle du GMF à l’interne qui peut fréquenter les professionnels du GMF. Or si on n’a pas accès aux GMF, on se tourne vers les CLSC. […] C’est la clientèle la plus vulnérable qui va écoper. Elle va se présenter en CLSC mais le rendement en CLSC va être moindre. »

La CSN s’attend à ce que le modèle déployé à Québec soit à l’image de ce qui se profile pour tout le territoire québecois. On sait notamment que dans Lanaudière, 34 professionnels doivent être transférés, dont 19 travailleurs sociaux.

Début mars, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a déclaré que le modèle des CLSC était à son avis un « échec ». Il compte désormais sur les GMF pour offrir des services de proximité de qualité.

Du côté du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS), on cherche à tempérer les inquiétudes. « Il n’y aura pas moins de travailleurs sociaux. Ils vont être déployés autrement », a commenté Isabelle Simard, directrice des services multidisciplinaires au CIUSSS.

Elle souligne qu’à l’heure actuelle, les médecins des GMF confient leurs patients à des travailleurs sociaux en CLSC et que le nouveau système permettra de simplifier les trajectoires.

Interrogée sur le sort des patients sans médecin de famille, Mme Simard souligne qu’il y aura encore des professionnels dans les CLSC. « C’est sûr que l’objectif, c’est de ne pas faire ça au détriment de la clientèle vulnérable. Il faut s’assurer que cette offre de services-là va être maintenue. »

Le CIUSSS n’était pas en mesure de dire quand exactement le transfert de personnel se réalisera, mais prévoit que cela se fera « au cours des prochains mois ».

5 commentaires
  • Mike Muchnik - Abonné 30 mars 2016 07 h 20

    Va-t-on finir par envier les américains et leur Obamacare ?

    Ce que veut dire le ministre Barette quand il parle d' "échec" : "On a pris la décision il y a quelques années de commencer à privatiser la première ligne en créant les GMF au lieu de renforcer les CLSC. D'obliger les professionnels à travailler dans les GMF ne fait que continuer ce mouvement de privatisation." Avec le financement par activité qui s'en vient, on risque fort d'assister à la version québécoise de "Welcome to Managed Care, an American Failure"

  • Jules Desrosiers - Abonné 30 mars 2016 08 h 12

    qui arrêtera ces hommes forts ?

    C'est dégoutant!
    Encore renforcer le privé aux dépens du public.
    Toujours renforcer la mainmise des docteurs sur le système de santé québécois.
    L'appétit de ces ogres (Couillard, Coiteux, Barrette) est donc sans limite?
    Et notre apathie, inébranlable?

    • Gilles Théberge - Abonné 30 mars 2016 11 h 58

      C'est nous monsieur Desrosiers.

      C'est nous seuls.

      A la conditions de ne pas s'éparpiller, se diviser, multiplier les chapelles politiques ou les partis...

      C'est nous seuls, qui avons les bottines assez d'assez gros bouts pour donner un coup de pied au derriere de Barrette, Couillard et le reste de la gang.

      Alors faut savoir ce qu'on veut. Gonfler notre jabot, ou être efficace!

  • Nicole Delisle - Abonné 30 mars 2016 11 h 27

    Le rythme de déconstruction n'en finit pas!

    Je commence à me demander si le ministre Barrette avait plus de plaisir à démolir
    les constructions Lego de ses petits amis qu'à en construire lui-même, quand il était
    tout jeune. À le voir agir, on se demande si cet homme avait vraiment une vision d'ensemble du système de santé avant d'entreprendre une telle réforme. Pour l'instant, la seule vision qui nous apparaît visible en est une financiere, sauver des
    sous, coûte que coûte, et au diable, la santé de la population! Ne méritons-nous pas
    mieux comme ministre de la santé?

  • Alain Massicotte - Abonné 30 mars 2016 20 h 29

    Deux fois moins de travailleurs sociaux dans les CLSC

    Le système de santé se médicalise de plus en plus.Dans les G.M.F. les travailleurs sociaux vont dorénavant sous le joug des médecins qui eux vont décider si tel ou tel patient à besoin des services d'un travailleur (euse) social. De plus ils devront composer avec les infirmières qui ont la facheuse habitude de toujours tenter d'occuper les champs d'intervention des autres professionnels de la santé afin de mieux construire leur rapport de force dans leurs négociations avec le gouvernement ou tout simplement pour s'assurer d'être les Boss dans le milieu médical partageant le pouvoir avec les médecins. La spécificité des travailleurs sociaux n'est pas de compétence médical, mais bien sociale ,c'est toute une différence pourquoi assujestir cette profession au contrôle médical .Se poser la question c'est y Répondre ???????????????????.