Appel à l’aide pour la clinique sans médecin

La clinique SABSA offre un « service à bas seuil d’accessibilité ».
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La clinique SABSA offre un « service à bas seuil d’accessibilité ».

Plus de 70 professeurs en soins infirmiers demandent au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de revoir sa décision dans le dossier de la clinique sans médecin SABSA à Québec.

Le groupe reproche au gouvernement de ne pas soutenir la clinique qui, faute de financement, se prépare à fermer ses portes le 1er mai. Selon les professeurs, « la fermeture à l’innovation » et la « frilosité » du gouvernement « privent le réseau public de la pleine contribution de la relève ».

« La société sort grande perdante de cet aveuglement qui ne profite qu’aux intérêts mercantiles qui se déploient dans le secteur de la santé », écrivent-ils dans une lettre envoyée à différents médias lundi.

Les auteurs s’inquiètent en même temps de l’émergence des cliniques infirmières privées et font valoir que « l’universalité et l’équité de l’accès aux soins » sont « menacées ».

Comme son nom l’indique, la clinique SABSA offre un « service à bas seuil d’accessibilité ». Située dans le quartier Saint-Roch à Québec, elle est gérée uniquement par des infirmières dont une infirmière praticienne spécialisée, Isabelle Têtu. Elle dessert environ 1300 patients, y compris des personnes avec des problèmes lourds en santé mentale ou en toxicomanie qui ont besoin d’un suivi tout comme des résidants qui la consultent pour des problèmes mineurs.

L’opposition en remet

Le ministre Barrette estime que SABSA propose un système parallèle aux GMF et ne souhaite pas créer de précédent. Pour soutenir SABSA, il a exigé que Mme Têtu se joigne à un GMF, ce à quoi elle s’oppose.

Dans leur lettre, les professeurs reviennent là-dessus et avancent que SABSA n’a pas l’ambition de développer un système de santé parallèle. « Les membres de cette coopérative de solidarité souhaitent, au contraire, contribuer au développement et à l’amélioration du système de santé public et universel en proposant une formule économique permettant d’offrir des soins de premières lignes de proximité sensibles aux besoins des populations plus vulnérables. »

La lettre a circulé à l’initiative des professeurs Bernard Roy (Université Laval), Arnaud Duhoux et Damien Contandriopoulos (Université de Montréal) qui étudient le projet SABSA depuis ses débuts. Le document a été signé par 76 professeurs en soins infirmiers de l’Université Laval, l’Université de Montréal, l’Université McGill, l’Université de Sherbrooke, l’Université d’Ottawa, l’Université du Québec à Rimouski, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, l’Université du Québec à Chicoutimi et l’Université du Québec en Outaouais.

Cette intervention survient alors que la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) a convoqué les médias mardi à une conférence de presse dans le dossier avec des députés du Parti québécois (Agnès Maltais et Diane Lamarre) et de Québec solidaire (Amir Khadir).

La FIQ avait financé les premiers mois d’activité de la coopérative SABSA par une aide de 300 000 $. En 2015, elle annonçait qu’elle finançait un second projet du genre en milieu rural à Chénéville, en Outaouais.

La semaine dernière, Agnès Maltais a déposé une pétition à l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement « d’assurer la survie » de la clinique SABSA. Au moment d’écrire ces lignes, 2500 personnes l’avaient signée.

5 commentaires
  • Céline Delorme - Abonnée 22 mars 2016 08 h 21

    Clinique de soins infirmiers?

    On entend souvent parler de cette clinique: Pourquoi le titre: "Clinique sans médecin"?
    On comprend qu'il s'agit d'une clinique de "Soins Infirmiers" ou "d'infirmières cliniciennes, pourquoi se définir par ce qu'il n'y a pas dans la clinique?
    C'est assez étrange: Est-ce un choix des journalistes ou des infirmières elles-mêmes?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 22 mars 2016 12 h 40

      Pourquoi?
      Le marketing demande de livrer un message qui demande le moins d'activité cérébrale pour le comprendre ...

      La même chose produit avec cette appelation de ''super'' infirmière, au lieu de les nommer par leur véritable titre. En plus ici on fait du pure marketing promotionnelle, après le super savon et celui amélioré on a maintenant des super infirmières !

  • Alain Larouche - Abonné 22 mars 2016 09 h 41

    Destruction

    Comme un éléphant, le ministre Barrette fonce tout droit, détruisant tout sur son passage pour éliminer toutes obstructions afin d'installer un système de santé pour les médecins par les médecins.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 22 mars 2016 13 h 03

    La FIQ a financé a hauteur de 300,000$ ?


    Pourtant un rapport de juin 2015, qualifié de ''première étape d'appréciation formative'', indique bien que ''le soutien de la FIQ s'élève à 150 000$ '', et non pas 300,000$.

    http://www.fiqsante.qc.ca/publicfiles/documents/20

    À lire ce rapport on apprend que le coût moyen d'une consultation y est évalué à quelques 68$, ce qui doit être du même ordre que celui d'une consultation en GMF. Mais le service lui est bien différent, et assurément mieux adapté à la clientèle qu'il rejoint. La clinique peut représenté un ajout de service, et donc plus de coût, surtout si elle devient plus intégrée au système, et donc plus lourde à administrée.

    Mais en même temps ce service est une aide placée au bon endroit. Mme Têtu refuse de se joindre a un GMF mais pourtant Gille Julien était, et doit toujours être, officiellement à l'emploi d'un CLSC sans pour autant être bridé par la lourdeur habituel qu'on peut présumé d'un tel lien. Peut-être qu'il y aurait de la place a considérer la chose (lien avec GMF).

    Isabelle Têtu de la SABSA et David Levine, entre autres, à l'émission radio de Michel Lacombe à 12h31
    http://ici.radio-canada.ca/emissions/faut_pas_croi

  • André Champagne - Abonné 22 mars 2016 22 h 47

    L'amour du pouvoir d'un ministre.

    Le système de santé a besoin d'une cure de santé et non d'un ministre interventionniste. La dictature exercée par les médecins ministres ou leur conseillé (aussi médecin) ne répond pas aux besoins du système et surtout à ceux de la population.
    Le ministre doit changer et un autre médecin ne doit pas prendre la relève. Problème! Qui choisir? À l'aide...