Les éclosions bactériennes sont encore fréquentes dans les spas

Le rapport de l’INSPQ indique qu’en 2013-2014, 144 personnes ont été affectées par une maladie contractée au contact ou lors d’ingestion d’eau ou de l’inhalation de vapeur d’eau.
Photo: iStock Le rapport de l’INSPQ indique qu’en 2013-2014, 144 personnes ont été affectées par une maladie contractée au contact ou lors d’ingestion d’eau ou de l’inhalation de vapeur d’eau.

Les problèmes de contamination bactérienne dans les spas publics « sont fréquents » et ont été à l’origine d’environ une centaine d’infections diverses en 2013-2014, révèle le plus récent bilan réalisé par des chercheurs de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

Un relevé des déclarations faites aux directions de santé publique au cours de ces deux années démontre que 144 personnes ont été affectées par une maladie contractée au contact ou lors d’ingestion d’eau ou de l’inhalation de vapeur d’eau lors de 18 éclosions différentes, dont plusieurs dans des spas publics.

144
Nombre de personnes affectées par une maladie contractée au contact ou lors d’ingestion d’eau ou de l’inhalation de vapeur d’eau lors de 18 éclosions différentes, dont plusieurs dans des spas publics.

Le rapport ne détaille pas de façon précise les éclosions survenues dans des bains à remous, mais l’auteur de l’étude, Germain Lebel, chercheur à l’INSPQ, a confirmé au Devoir qu’une bonne partie des cas de « maladie d’origine hydrique » rapportés a touché des utilisateurs de spa.

Le rapport révèle notamment qu’en 2014, pas moins de 45 personnes ont été victimes d’une infection dans un même spa « touristique » de la région des Laurentides, toutes contaminées par la bactérie Pseudomonas aeruginosa. Une deuxième éclosion de la même bactérie a frappé quant à elle une quinzaine d’autres personnes dans un autre établissement. En fait, p. aeruginosa est à l’origine de plus de la moitié des éclosions de nature infectieuse survenues au Québec en 2013 et 2014, soit 60 cas sur 117, note le rapport.

Sa présence semble de plus en plus fréquente, et le nombre de personnes touchées, à la hausse, puisque entre 2005 et 2014, le rapport affirme que pas moins de 88 personnes ont été affectées lors de huit éclosions différentes.

Une bactérie courante

Selon le Dr Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l’INSPQ, cette bactérie peut proliférer dans les eaux chaudes des spas qui sont insuffisamment traitées contre les agents bactériens. Elle cause une affection de la peau, appelée folliculite, qui se traduit par des rougeurs très caractéristiques. Dans le tiers des cas d’infections recensées, les bactéries en cause n’ont pu être identifiées, mais on soupçonne encore fortement p. aeruginosa d’être à l’origine des problèmes de santé rapportés.

Par contre, la déclaration des infections liées à l’usage des spas est largement « sous-estimée », affirme ce médecin, qui a produit en 2009 un rapport percutant sur la qualité de l’eau dans 95 spas de trois régions du Québec. À cette époque, le contrôle effectué par la santé publique avait démontré que 41 % des spas échantillonnés étaient contaminés par p. aeruginosa. Depuis, aucune autre étude n’a mesuré la qualité des eaux dans les établissements publics opérant des spas.

Malgré les mesures prônées après la sortie de ce rapport, l’auteur affirme que le règlement du ministère de l’Environnement relatif à la qualité de l’eau dans les piscines et spas, édicté en 2007, n’a pas été modifié depuis sa parution. Un problème, selon les chercheurs, qui estiment que le caractère spécifique des spas commande une réglementation mieux adaptée à ces milieux propices au développement de certaines bactéries.

Faut-il s’inquiéter ?

« Viser l’absence totale de bactéries n’est pas réaliste, mais il faut qu’elles ne prolifèrent pas en trop grande quantité. Pour arriver à cela, il y a un besoin d’information et de formation plus important. Or, il n’y a pas de portrait de la situation réelle à l’heure actuelle », affirme Nicholas Brousseau.

La loi prévoit que les opérateurs de spas publics sont contraints de tenir un registre de la qualité de l’eau et sont les seuls responsables de voir à l’application de mesures de contrôle.

« Il n’y a personne qui, concrètement, surveille la qualité de l’eau dans les spas publics, mis à part les propriétaires, à moins qu’une infection soit déclarée », affirme l’auteur du dernier bilan, Germain Lebel. Selon Nicholas Brousseau, la sensibilisation des opérateurs de spas a progressé depuis 2009, mais la consultation des registres des spas demeure la seule façon pour le public de s’assurer que ce genre d’établissement est bien tenu.