Les sucres ajoutés figureront-ils sur les étiquettes nutritionnelles?

Des études de plus en plus nombreuses ont montré qu’une consommation excessive de sucres ajoutés est associée à un risque accru de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de caries dentaires.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Des études de plus en plus nombreuses ont montré qu’une consommation excessive de sucres ajoutés est associée à un risque accru de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de caries dentaires.

Santé Canada s’apprête à revoir les étiquettes nutritionnelles apposées sur l’emballage des aliments vendus au Canada. Dans un commentaire publié lundi dans le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC), deux chercheuses du Département des sciences de la nutrition de l’Université de Toronto militent pour que la nouvelle version précise la quantité de sucres ajoutés aux aliments lors de leur préparation, étant donné les effets délétères de ces sucres sur la santé, et compte tenu du fait que la proposition finale de réglementation retenue en juillet 2015 n’inclut pas la déclaration des sucres ajoutés.

Actuellement, les étiquettes nutritionnelles apparaissant sur les aliments préparés mentionnent uniquement leur contenu total en sucres, soit la combinaison des sucres présents naturellement dans les fruits, les légumes, les produits laitiers et certaines céréales, et des sucres ajoutés à l’aliment, comme le sucre de canne, le sirop à haute teneur en fructose, le miel, le sirop d’érable et les jus de fruits. « Les sucres ajoutés sont exempts des bénéfices fournis par les vitamines, les minéraux et les fibres qui sont présents dans les fruits, les légumes et les produits laitiers », précise Jodi Bernstein, stagiaire postdoctorale à l’Université de Toronto et première auteure du commentaire publié dans le JAMC avec la professeure Mary L’Abbé.

Information essentielle

De plus, des études de plus en plus nombreuses ont montré qu’« une consommation excessive de sucres ajoutés est associée à un risque accru de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de caries dentaires », soulignent les deux auteures.

Même si de nombreux consommateurs canadiens, professionnels de la santé et organismes voués à la prévention de maladies ont manifesté leur désir que soit précisé le contenu en sucres ajoutés sur les nouvelles étiquettes nutritionnelles, Santé Canada n’a finalement pas retenu cette information pourtant essentielle.

Quant à elle, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, qui entreprend une refonte majeure des étiquettes nutritionnelles, prévoit d’inclure une mention sur les sucres ajoutés ainsi qu’un rappel de la norme recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Public Health England et le US 2015 Dietary Guidelines, lesquels conseillent de limiter sa consommation en sucres ajoutés à moins de 10 % des calories absorbées quotidiennement. Sachant qu’un adulte consomme en moyenne 2000 calories par jour, le simple fait de boire une bouteille de boisson gazeuse de 500 ml dépasse déjà cette limite !

Non seulement la déclaration du contenu en sucres ajoutés dans les aliments permettrait aux consommateurs de comparer différents produits entre eux et de choisir ceux pouvant les aider à réduire leur consommation en sucres ajoutés, mais elle faciliterait aussi les études sur l’effet d’une consommation excessive de sucres ajoutés, font valoir les chercheuses.

De plus, cette mesure inciterait probablement les fabricants à réduire la quantité de sucres qu’ils ajoutent à leurs produits afin de faire face à la concurrence. Un tel phénomène a été observé quand le contenu en acides gras trans est apparu sur les étiquettes nutritionnelles, font remarquer Mmes Bernstein et L’Abbé.

Les deux chercheuses comptent sur le nouveau gouvernement fédéral élu en octobre dernier pour rectifier la réglementation avant qu’elle ne soit adoptée. « Le premier ministre a demandé à son ministre de la Santé d’améliorer les étiquettes nutritionnelles, de sorte qu’elles fournissent aux consommateurs plus d’informations sur les sucres présents dans les aliments qu’on leur offre », soulignent-elles.