La clinique sans médecin menacée de fermeture

Isabelle Têtu (à droite) lors d’une consultation
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Isabelle Têtu (à droite) lors d’une consultation

À moins d’un revirement majeur, la première clinique sans médecin du Québec fermera ses portes le 1er mai. Déjà incapable d’obtenir un soutien gouvernemental, la Coopérative de solidarité SABSA vient de se faire refuser une subvention de la Fondation de l’Ordre des infirmières du Québec (OIIQ).

SABSA avait posé sa candidature pour obtenir une subvention de 250 000 $ de la Fondation de l’OIIQ. « C’est sûr que, nous, on se fiait beaucoup là-dessus pour être capables de se donner un poumon, le temps de négocier avec le gouvernement », a expliqué Isabelle Têtu, l’infirmière praticienne qui pilote la clinique. SABSA, résume-t-elle, est désormais à court d’options.

La fondation a plutôt choisi de verser l’aide au Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS) et son projet HoPE (Horizon parent-enfant), un projet de prévention en santé mentale.

Le professeur en soins infirmiers Bernard Roy, qui soutient SABSA depuis le début, est littéralement furieux de la décision de l’ordre. « Cette nouvelle a eu l’effet d’une puissante gifle pour l’équipe de SABSA, qui l’a pris comme un désaveu de la part de l’ordre », a dénoncé ce chercheur de l’Université Laval dans une lettre adressée à sa présidente, Lucie Tremblay. Cette lettre peut être consultée en cliquant ici.

Invitée à réagir, Mme Tremblay rétorque que la fondation a dû faire des choix « déchirants ». Elle ajoute que SABSA est une initiative malgré tout intéressante. « Je souhaite de tout coeur qu’on soit capable de trouver du financement pour soutenir ces initiatives-là », dit-elle. « Des initiatives comme celle de SABSA démontrent qu’on peut améliorer l’accès et désengorger le réseau. »

Interrogée sur le genre d’appui que l’ordre pouvait donner à SABSA, Mme Tremblay souligne qu’elle fait du lobby pour qu’on augmente le nombre d’infirmières spécialisées au Québec, mais qu’elle ne peut pas défendre une clinique en particulier par souci d’équité pour tous ses membres.

Pas possible à l’extérieur des GMF

Cette mauvaise nouvelle s’ajoute au refus du ministère de la Santé et du CIUSSS de financer SABSA à l’extérieur d’un groupe de médecine familiale. Ils ont plutôt offert de créer un poste d’infirmière spécialisée pour Isabelle Têtu dans le GMF le plus proche de la clinique.

Or pour Bernard Roy, « c’est ne rien comprendre à ce qu’est SABSA ». « C’est comme si on demandait au docteur Julien de quitter Hochelaga-Maisonneuve et de retourner à Sainte-Justine. Gilles Julien travaille dans une petite maison de Hochelaga-Maisonneuve parce que c’est comme ça qu’il réussit à rejoindre les gens. SABSA, c’est pareil. »

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’a jamais caché son désaccord avec le développement d’un réseau parallèle aux GMF. Il ne souhaite pas créer de précédent avec SABSA. À l’heure actuelle, la clinique a le statut de coopérative.

Créée d’abord pour soigner les personnes ayant contracté l’hépatite C, SABSA accueille beaucoup de patients envoyés par des organismes communautaires, dont de nombreux toxicomanes et des personnes avec des problèmes de santé mentale. Plus de la moitié des quelque 1500 patients n’ont pas de médecin de famille.

Depuis ses débuts en 2014, ce « service à bas seuil d’accessibilité » roulait grâce à une aide de 300 000 $ de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIS), qui n’a pas été renouvelée.

La clinique a assez d’argent pour offrir ses services jusqu’au 1er mai. Après cela, seules les activités de traitement de l’hépatite C seront maintenues dans son local du boulevard Charest. Près du quart de ses patients actuels en souffrent.

2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 14 mars 2016 09 h 49

    Bravo à MM. Couillard et Barrette

    Vous avez gagné. La santé continuera d'être l'affaire de médecins surpayés. Et vous pourrez utiliser ces couts toujours croissants comme justification à vos coupures.

  • Yvon Bureau - Abonné 14 mars 2016 10 h 13

    Par dons vaut mieux que pardon-si-j'avais-su

    Et si un don de quelques dollars étaient demandé aux dizaines de milliers membres de l'OIIQ, pour une autre année? Et aux membres des autres Ordres professionnels. Je suis partant, comme ts.

    Faut assoir ce succès de coopération.