Le ministre de la Santé entreprend de revoir le mode de financement des hôpitaux

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a entrepris mardi un long processus visant à transformer le mode de financement des hôpitaux. On passera, à terme, d’un financement historique, donc renouvelé et bonifié automatiquement d’une année à l’autre, à un financement basé sur les soins réellement prodigués aux patients.

Québec compte ainsi épargner chaque année des centaines de millions de dollars.

À court terme, avant d’aller de l’avant, le ministre Barrette juge essentiel de commencer par établir une comparaison entre le privé et le public, en vue d’évaluer le coût exact d’une chirurgie.

Aussi, un projet-pilote, estimé à 4 millions de dollars sur une base annuelle, sera mené à compter du mois de mai dans trois cliniques privées de la région de Montréal (la clinique de chirurgie Dix30, le Centre de chirurgie Rockland MD et le Groupe Opmédic).

Des patients des hôpitaux publics se verront ainsi offrir de subir leur chirurgie, aux frais de l’État, dans une de ces cliniques privées, appelées à documenter minutieusement tout le processus et ses coûts précis. Le projet vise les chirurgies d’un jour.

L’analyse des données ainsi recueillies, en milieu contrôlé, contribuera à fixer le coût optimal d’une chirurgie, dans le cadre d’un futur financement à l’activité.

À l’heure actuelle, le coût facturé dans le réseau pour une chirurgie peut varier « du simple au double » d’un hôpital à l’autre, malgré des clientèles comparables. Une aberration, plaide le ministre, qui se dit convaincu qu’il est possible de faire mieux, à meilleur coût.

Le retard du Québec

Il en conclut que certains administrateurs d’hôpitaux « sont plus performants que d’autres ». Ces derniers ont besoin d’un « point de référence » pour savoir où ils se situent par rapport aux autres, ce qui n’existe pas à l’heure actuelle.

En point de presse, le ministre a dit que le système serait implanté « progressivement, à compter de maintenant », mais il a refusé de dire en quelle année le changement du mode de financement serait effectué à travers le Québec. Il ne peut non plus préciser l’ampleur exacte des économies anticipées. Le Québec accuse un retard en ce domaine de la gestion efficiente du financement hospitalier, a convenu le ministre.

Malgré le recours aux cliniques privées, il a insisté pour dire que ce projet-pilote n’avait rien à voir avec une quelconque privatisation des soins de santé.

Le projet-pilote va aussi contribuer à diminuer à court terme les listes d’attente, a fait valoir le ministre.

Les cliniques privées appelées à participer au projet-pilote devront « ouvrir leurs livres » et accepter d’emblée de fournir toutes les informations requises par Québec. « C’est une condition sine qua non », a tranché M. Barrette.

Après la réorganisation du réseau de la santé (loi 10) et la révision de la rémunération des médecins en vue de faciliter l’accès (loi 20), la transformation du mode de financement des hôpitaux constitue le troisième volet de la grande réforme de la santé amorcée par le ministre Barrette.

Ce sera « la façon sensée » de gouverner notre réseau, a-t-il dit.

Chaque année, il s’effectue environ 450 000 chirurgies dans les hôpitaux du Québec.

10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 24 février 2016 01 h 38

    plus ca change plus c'est pareille, mon père disait deja ça il y a 70 ans

    Je comprends, au meme moment ou on se payait des supers hopitaux combien de cliniques privées ont étés construites et ils appelle cela de la saine gestion, qui vous pensez paie pour tout ca, et pourquoi il y a toute une frange de la population qui régresse et que l'on va devoir créer des commités spéciaux pour en corriger les aspects les plus criants et vive le gouvernement des petits amis, plus ca change plus c'est pareille , que va-t-il falloir faire pour que ca change,une révolution

  • Robert Lauzon - Abonné 24 février 2016 05 h 44

    Danger, danger!

    Barette s'attaque encore au système de santé, ce dernier est donc en danger. Rien de ce qu'il a fait jusqu'à maintenant ne semble apporter de réels bénéfices. Oups, pardon, j'oubliais les généreuses augmentations de salaires aux médecins.

    Ses coupures grossières dans le système public, universel de la santé du Québec, les frais accessoires maintenant permis, bref l'ensemble de son œuvre favorise l'établissement de plus en plus grand du privé, les ressources humaines et financières y sont, de facto, détournées.

    La santé accessible et universelle, oubliez ça! C'est du fric que ça prendra pour se faire soigner et ce, de plus en plus. Pour les moins nantis, il faudra être de plus en plus patient avant d'être finalement des patients.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 février 2016 07 h 35

    Pas si étonnant

    Je lisais récemment qu'aux États-Unis la même opération pouvait être payée du simple au quadruple ou quintuple, par exemple 22 000 $ dans un certain hôpital et 100 000 $ (!!) dans un autre.

  • Sylvain Bolduc - Abonné 24 février 2016 07 h 53

    Peut-on faire la même chose?

    J'aimerais bien décider de payer mes impôts ou non, dépendant de la qualité des services que l'État me prodigue.

  • Marc Davignon - Abonné 24 février 2016 08 h 43

    À l'aide!

    Des différences ? Inexplicable? Pourquoi demandé des explications, des justifications? Le privé donnera (il y a une ironie là dedans) la réponse? Plus encore, elle sera la bonne!

    Ceci demande réflexion. Comment procéderont-ils? Sur quelle base puisqu'ils sont incapables de comprendre les différences actuelles? Est-ce que ces trois cliniques auront un cout «comparable» ? Comment feront-elles pour y arriver? Les médecins ne sont pas payés moins cher, les instruments et autres fournitures ne sont pas moins couteux. Est-ce que ce sont les autres employés qui coutent moins cher?

    Le public ne cherche pas le profit, le privé recherche le profit. Comment le privé fait pour être moins cher que le public? Le gaspillage dans le public? D'accord. Alors, les grandes différences entre institutions ne sont-elles pas suffisantes pour détecter ces pistes probables de ce gaspillage? Un manque d'expertise aussi. Ont peu aussi expliqué les grands écarts par une expertise inégale. En fait, quand certains se croient omniscients et font des «rapports» en calculant des moyennes de moyennes, ou encore, se contentant d'une seule notion pour faire de la planification : la moyenne. Pour calculer les temps d'attente, en clinique, dans les salles d'attente, sur les listes opératoires. Ne leur dites surtout pas que la réalité du système de santé est plus complexe et exige une analyse multifactorielle, vous allez vous faire haïr.

    Le plus malheureux, c'est que dans la psyché de plusieurs (comme l'ex-dragon et homme de taxi) : quand tu te fais mal au genou, tu vas à l'hôpital pour te faire réparer. Pas plus compliqué que cela. L'hôpital c'est un garage et le corps humain, une machine. L'évaluation des couts est un jeu d'enfant.

    C'est une Buik Skylark 1998! Ça va prendre du résiné! Gaslpillage? Manque d'expertise? Le second engendre probablement le premier! Et pour ceux qui se font haïr ... vous avez probablement raison et vous n'êtes pas seul.