Barrette s’attire les foudres des couples infertiles

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, met en doute la capacité d’élever un enfant pour les couples infertiles qui n’ont pas les moyens de se payer un traitement de fertilité. C’est du moins l’interprétation que fait le Parti québécois d’une déclaration controversée du ministre qui soulève l’ire des couples infertiles.

La députée péquiste Diane Lamarre s’est indignée des propos du ministre, l’accusant d’être « complètement insensible » et de porter un « jugement de valeur » sur les couples qui n’ont pas les moyens de se payer ces traitements très dispendieux. « En gros, ce que nous dit le ministre, c’est que ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une FIV sont aussi bien de ne pas avoir d’enfant, car ils n’auraient pas les moyens de l’élever. Nous avons devant nous un gouvernement qui est insensible aux familles. Selon le ministre, à partir de quels revenus une famille est-elle assez riche pour soutenir le coût d’avoir un enfant ? »

Questionné sur son intention de ne plus assurer les médicaments pour la fécondation in vitro, le ministre a lancé un véritable pavé dans la mare lundi. « La fécondation in vitro (FIV), c’est une chose. Élever un enfant en est une autre. Les coûts qui sont liés à la Fécondation in vitro sont, au bout du compte, assez similaires au coût d’avoir un enfant. Alors si la FIV en soi est un obstacle à avoir un enfant, eh bien ! j’ai quelque chose à vous dire, c’est qu’élever un enfant est aussi un coût. »

Diane Lamarre a attaqué le ministre sur toute la ligne mardi pendant la période de questions, réclamant des excuses pour les familles du Québec. « Ceux qui ont de l’argent, ceux qui sont riches et qui peuvent payer devraient avoir des enfants, et les autres sont aussi bien de ne pas en avoir, puisqu’ils ne pourront pas assumer ce que ça coûte de les élever. C’est ça que nous dit le ministre, des couples sont exclus de toute FIV. »

Le ministre s’est défendu en accusant sa collègue de vouloir « construire un scénario » et de lui prêter des intentions. « Ce n’est pas un jugement de valeur », s’est-il défendu, répétant que le crédit d’impôt dégressif en fonction du revenu du couple ne constitue pas un obstacle pour l’accès à la fécondation in vitro. « La députée de Taillon […] veut monter en épingle le montant résiduel qui reste à la charge des citoyens, des couples à qui on donne une aide proportionnelle à leurs revenus. La réalité, quand on met les choses en perspective, elle est claire : ce n’est pas un obstacle, au contraire, à avoir un enfant par la procédure de fécondation in vitro, ça montre simplement que l’investissement que nous faisons dans les familles du Québec est à la hauteur appropriée et que la décision que nous avons prise était équilibrée. »

En soirée, le ministre a été interpellé à nouveau par Diane Lamarre lors d’un débat de fin de séance. Cette dernière a dit vouloir offrir au ministre « la possibilité de se rétracter, de corriger ce qu’il avait affirmé, de nuancer ».

Le ministre s’est expliqué, faisant encore une fois le parallèle entre le coût de la FIV et celui associé au fait d’avoir un enfant. « La relativité des choses est que pour une famille à faible revenu, le gouvernement va financer jusqu’à 80 % du coût [du traitement] et que les 20 % restants représentent un montant d’argent qui, dans les faits, essentiellement, représente un montant équivalant à celui que toute famille dépense en élevant un enfant. C’est tout. Ça met les choses en perspective, la perspective étant que, sur une période de 18 ans, de 20 ans, de 21 ans, de 22 ans, à partir du moment où on sait que, comme parents responsables, et on est tous responsables, tous les gens qui ont des enfants sont responsables, bien il y a une dépense qui vient avec. À l’année moins un, bien, ça ne peut pas être un obstacle, là, si c’est un montant similaire ou inférieur, et, dans le cas présent, c’est inférieur au coût qui est induit par le fait d’élever un enfant. »

À l’Association des couples infertiles, la vice-présidente, Martine Vallée, s’insurge devant de tels propos. « C’est méprisant. Depuis quand faut-il prouver nos revenus pour avoir un enfant ? Le ministre est complètement déconnecté de la réalité des familles de la classe moyenne pour dire des choses comme ça. »

Selon elle, en incluant le prix des médicaments et des traitements, le coût moyen d’un traitement de fécondation in vitro est d’environ 16 000 $. « J’en ai un enfant, je suis capable de l’élever, mais je n’ai pas l’argent en banque pour me payer un traitement de fécondation in vitro. »

Comme le révélait Le Devoir mardi, plusieurs couples infertiles n’ont pas l’argent nécessaire pour assumer le coût des traitements, et ce, même dans le cas où ils peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt. Plusieurs hésitent à s’endetter pour l’aventure, craignant que la fécondation ne fonctionne pas et de devoir tout de même rembourser plusieurs milliers de dollars.

Il faut de l’argent pour élever un enfant ? C’est vrai, convient l’Association des couples infertiles, qui rappelle au ministre que c’est d’autant plus difficile de le faire si on part avec une dette de plusieurs milliers de dollars pour avoir payé un traitement de fécondation in vitro. « Au Québec, mieux vaut être riche et fertile que pauvre et infertile. »

5 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 17 février 2016 03 h 18

    Avec les libéraux, tout s'éteint.

    Il n'y a, dans le sillon libéral, que pleurs et lamentations.

    Ce gouvernement n'aime pas la vie.

    Partout où il passe, il lassie sa traînée de cendres.

  • Denis Paquette - Abonné 17 février 2016 06 h 12

    A quand un vrai gouvernement

    Peut être s'agit-il de fixer une limite raisonnable mais pourquoi faut il toujours attendre pour connaitre la bonne foi du ministre, est ce que les gens ne mérite-t-il pas un peu plus de respect, qu'il est ennuyant de toujours attendre l'opinion du ministre, ce gouvernement n'est- il pas capable d'être un vrai gouvernement

  • Sylvain Auclair - Abonné 17 février 2016 08 h 49

    Addition

    Le problème, monsieur Barrette, c'est que les couts de la fécondation s'additionne à ceux des soins et de l'éducation.

  • Claude Richard - Abonné 17 février 2016 09 h 42

    Médecins vs couples infertiles

    Peut-on penser que dans les centaines de millions que les libéraux ont littéralement donnés aux médecins il y a une petite part qui est enlevée aux couples désirant des enfants et nécessitant des traitements médicaux? Et dans le milion et plus que Gaétan Barrette a eu de sa fédération en la quittant, combien, par voie de vases communiquants, sont soutirés de cette enveloppe? Entre la rapacité des uns et la "pauvreté" des autres, je préfère mille fois cette dernière. La richesse n'est pas synonyme d'humanité, certes non!

  • Marcel Lamy - Abonné 17 février 2016 12 h 22

    Ben voyons...

    On va s'insurger.... oui mais pas longtemps... On va tout de même les réélire au prochain scrutin. Et ils le savent!! Pourquoi s'en faire se disent-ils. Nos moutons bêlent mais la laine pousse toujours.

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