Vers la fin de la gratuité

Selon l’Association des couples infertiles, les pharmaciens ont commencé à préparer leur clientèle à la désassurance des médicaments.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Selon l’Association des couples infertiles, les pharmaciens ont commencé à préparer leur clientèle à la désassurance des médicaments.

Après avoir aboli la gratuité de la fécondation in vitro, Québec s’apprête à faire de même pour les médicaments nécessaires pour ces traitements, a appris Le Devoir. En attendant que le couperet tombe, les patientes en attente d’un traitement se dépêchent de faire des provisions de médicaments, dont la facture s’élève souvent à plusieurs milliers de dollars.

Depuis l’adoption de la loi 20 en novembre dernier, les traitements de fécondation in vitro ne sont plus couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Mais les médicaments, nécessaires pour les traitements, étaient encore remboursés. Cela est toutefois sur le point de changer, confirme le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux [INESSS], sur demande du ministre [de la Santé], revoit les médicaments qui sont actuellement inscrits aux Listes de médicaments et produira un avis au ministre afin d’assurer une cohérence avec la loi [20], affirme la porte-parole Caroline Gingras. Les travaux devraient être réalisés pour la mise à jour des Listes de médicaments devant entrer en vigueur le 15 mars 2016. Ainsi, pour l’instant, les médicaments requis pour la fécondation in vitro sont toujours inscrits aux Listes de médicaments et sont donc couverts. »

À l’INESSS, la porte-parole, Kim Tardif, confirme que « chaque médicament [lié à la FIV] est évalué ». Elle ajoute toutefois que plusieurs éléments sont pris en considération et « qu’on ne va pas arrêter de rembourser pour tout ».

Kim Tardif donne l’exemple d’un médicament utilisé pour la fécondation in vitro qui servirait également pour la stimulation ovarienne, un traitement toujours couvert par la RAMQ.

« Ce sont des choses qui ont été prises en compte. C’est sûr que si c’est un médicament qui ne sert pas qu’à la fécondation in vitro, qui a aussi une autre indication, on n’ira pas sabrer et tout couper, il faut avoir du jugement quand même. »

Cette dernière ajoute que la décision définitive appartient toutefois au ministre de la Santé, Gaétan Barrette. « Nous, de toute façon, on va fournir une recommandation au ministre, mais ça va être sa décision. »

 

Réserves

Très critique de la loi 20, qui abolit la couverture publique pour la fécondation in vitro, le Dr Pierre Miron, propriétaire de la clinique Fertilys, estime que le ministre Barrette « utilise l’INESSS pour justifier sa décision » de ne plus rembourser les médicaments qui peuvent coûter entre 2500 et 4000$ par cycle. Ce serait, selon lui, encore une mauvaise décision de Québec.

« Si Québec abolit le remboursement des médicaments, ce sera un deuxième coup dur pour les patients infertiles qui sont déjà touchés très sévèrement. »

Depuis des mois, il réclame de la transparence et un message clair de Québec afin de donner l’heure juste aux patients. « Dès le lendemain de l’adoption de la loi 20, j’ai demandé au ministère si ce serait toujours couvert, mais on n’était pas en mesure de me répondre. On a fini par me dire que pour l’instant, c’était toujours couvert. C’est le “pour l’instant” qui nous inquiétait. »

Devant le flou qui persistait au fil des mois, le Dr Miron raconte que plusieurs patientes ont fait des réserves en prévision d’un traitement prévu pour les mois à venir. « Du fait que le gouvernement risquait d’abolir la couverture des médicaments à tout moment, les patientes disaient qu’elles allaient acheter tout de suite leurs médicaments, même si leur traitement est prévu pour le mois de mai. »

Le docteur François Bissonnette, qui travaille au CHUM et à la clinique OVO, constate le même phénomène. « L’exclusion de certains médicaments très dispendieux est à prévoir pour la prochaine révision de la Liste des médicaments. Alors, la recommandation que l’on fait aux couples dont le cycle est planifié, c’est de remplir leur ordonnance rapidement. On leur dit : ne tardez pas à aller chercher vos médicaments, n’attendez pas à la dernière minute comme c’est généralement le cas. »

Pour aider ses patientes à obtenir les médicaments remboursés, il remplit les ordonnances dès la planification du cycle de traitement. « Que ce soit dans un mois ou deux, je n’ai aucun problème à prescrire le médicament. »

À l’Association des couples infertiles, on dénonce ce « poids additionnel » que le gouvernement libéral entend faire porter aux couples infertiles. « Déjà que plusieurs doivent faire une croix sur leur projet d’avoir un enfant parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer pour les traitements de fécondation in vitro, si en plus on doit payer pour la médication, ça bloque encore un peu plus l’accès à la fécondation in vitro », dénonce la présidente, Céline Braun.

Cette dernière affirme que cette décision a été prise sans consulter les patients qu’elle représente. « Jamais il n’a été question de couper les médicaments pendant l’étude du projet de loi 20 en commission parlementaire. »

Mais la nouvelle n’arrive tout de même pas comme un choc, puisque des rumeurs circulaient depuis un certain temps dans le milieu. « Des patientes nous ont avisés en janvier parce que les pharmaciens commençaient déjà à préparer leur clientèle à la désassurance des médicaments », affirme Mme Braun.

Elle craint que les assureurs privés n’emboîtent le pas à Québec.

Assurance privée

À l’Association canadienne des compagnies en assurance de personnes, la présidente, Line Duhaime, confirme les craintes de Mme Braun. En effet, les assureurs privés sont obligés d’offrir dans leurs régimes d’assurances collectives tous les médicaments qui sont sur la Liste des médicaments remboursés par Québec. Si Québec retire un médicament, l’assureur le fera lui aussi. Certains assureurs offrent un régime « plus généreux » pour lequel l’employeur paye un supplément, mais on peut déjà prévoir que les médicaments pour la fécondation in vitro disparaîtront de cette liste également en raison de leur prix très élevé.

« Je ne peux pas vous dire comment les assureurs et les employeurs vont se comporter, mais c’est certain qu’on parle quand même de médicaments très coûteux et qu’il y a des frais importants associés à ça. Je ne dis pas que ce ne sera jamais couvert, mais la règle va probablement être que ce ne sera pas couvert. »

Du fait que le gouvernement risquait d’abolir la couverture des médicaments à tout moment, les patientes disaient qu’elles allaient acheter tout de suite leurs médicaments, même si leur traitement est prévu pour le mois de mai

3 commentaires
  • Claude Richard - Abonné 15 février 2016 09 h 06

    L'enfantement à obstacles

    Notre cher gouvernement ne semble pas attacher beaucoup de prix aux naissances des Québécoises. On dirait même qu'il les décourage. Comme si le Québec n'était pas en déficit de natalité. Notre population ne se reproduit même plus. Et quand des gens qui désirent des enfants et font tout pour en avoir, c'est la course à obstacles sous l'oeil d'un Barrette indifférent, sinon hostile. Pourtant quand des gens ne veulent pas avoir d'enfant, l'État est là qui aide avec les fonds publics. Quelle échelle des valeurs avons-nous? Les immigrants, c'est bien beau, mais pourquoi un peu plus d'enfants québécois ne serait pas aussi beau?

  • J-Paul Thivierge - Abonné 15 février 2016 09 h 28

    L'avenir de la francophonie québécoise ???

    Le PLQ prépare son référendum ; admettre des dizaines de milliers d'étrangers,
    réduire les cours de français réduire les cours d'histoire du Québec.
    tout en diminuant le taux de natalité des enfants des francophones de souche
    qui pourraient voter un jour pour un Québec indépendant.

  • Micheline Dionne - Inscrite 15 février 2016 17 h 35

    perplexe et tristounette

    Je crois que si le gouvernement continuer de subventionner l'aide à procréer il ne le fera certainement pas que pour les citoyens de souche. Ce serait une honte à mon avis. Je me pose la question suivante: La maternité est - elle un droit, un devoir ou un privilège? Est-ce que l'aide à procréer doit-être une priorité pour l'État? Je serais intéressée de voir les résultats d'un sondage qui poserait la question suivante: ëtes-vous d'accord pour qu'une partie de l'argent de vos impôts servent à aider à la procréation? J'avoue que j'hésiterais... je m'abstiendrais de répondre en fait...