L’étau se resserre autour du virus Zika

Même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prédit qu’il faudra encore des « semaines ou quelques mois » avant de prouver le lien entre le virus Zika et les cas de microcéphalie, les indices s’additionnent pour inculper le pathogène dans ces graves malformations du cerveau.

À Genève, la sous-directrice générale de l’OMS, Marie-Paule Kieny, a soutenu vendredi que le lien entre le virus transmissible par moustique et la microcéphalie chez certains nourrissons était « de plus en plus probable ». Malgré la collaboration d’une quinzaine de groupes et d’entreprises qui planchent sur le développement d’un vaccin, il faudra toutefois encore 18 mois avant que des essais cliniques ne puissent démarrer, a ajouté l’OMS.

Zika présent dans le cerveau d’un foetus

Toutefois, cette semaine, une étude publiée par des chercheurs slovènes dans le New EnglandJournal of Medecine (NEMJ) est venue renforcer la thèse d’un lien causal avec le Zika.

Ces chercheurs ont trouvé le virus en grande quantité dans les cellules du cerveau d’un bébé dont la mère avait été infectée à 13 semaines de grossesse. Cette femme d’origine slovène, bénévole au nord du Brésil, a été dirigée vers un centre médical européen après que des anomalies foetales ont été suspectées à 28 semaines de grossesse, en octobre 2015.

Après des échographies normales réalisées à 14 et 20 semaines, celles menées à la 29e semaine de gestation ont démontré que le foetus, jusque-là normal, présentait un retard foetal et une microcéphalie.

La mère a subi une interruption médicale de grossesse à 32 semaines. L’autopsie réalisée sur le foetus et des tests génétiques ont révélé que le virus Zika était présent en quantité dans les tissus cérébraux, mais absent de tout autre organe.

« Cela change carrément la donne. Cela veut dire que le virus est présent chez le foetus des mois après l’infection et qu’il se concentre dans une zone bien précise qui semble être le cerveau », affirme le Dr Éric Frost, professeur de microbiologie et d’infectiologie à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

Ces dernières semaines, des chercheurs brésiliens ont aussi décelé le virus dans le liquide amniotique de 28 femmes enceintes rapportant les symptômes associés au Zika, qui avaient décidé de mettre fin à leur grossesse. Dans ces cas, il était toutefois impossible de savoir avec précision s’il s’agissait d’une infection liée au Zika ou à un virus apparenté, comme celui de la dengue.

Des chercheurs américains ont aussi dépisté le virus dans le sperme d’un homme, plus de 60 jours après qu’il eut été infecté. La persistance de ce type de virus dans l’organisme est très inhabituelle, selon l’infectiologue. « Normalement, les tests d’anticorps ne peuvent dépister un virus que deux, trois ou quatre jours après l’infection. Si on retrouve le virus si longtemps après, dans la région affectée, on se rapproche drôlement d’une preuve bétonnée », pense-t-il.

Après l’état d’urgence mondial décrété par l’OMS, certains y ont vu un geste démesuré compte tenu du faible nombre de cas de microcéphalie rapportés. Sur plus de 4000 cas soupçonnés au Brésil, 400 ont été confirmés, mais seulement 6 ont pu finalement être reliés au virus Zika avec certitude.

Les larvicides montrés du doigt

En pleine crise du Zika, des voix au Brésil s’élèvent pour mettre en cause les larvicides largement épandus pour tuer le moustique vecteur du virus dans le bond observé des cas de microcéphalie.

Le 3 février, des médecins argentins et brésiliens ont plutôt montré du doigt l’ajout récent d’un insecticide dans l’eau potable des zones où l’épidémie fait rage. Les éclosions antérieures et celles observées dans d’autres pays, plaident-ils, n’avaient jusqu’ici jamais entraîné de telles malformations chez les nouveau-nés.