Malgré l’entente, un désaccord persiste entre Québec et la FMSQ

Les radiologistes sont en désaccord avec l’idée d’assurer les échographies en clinique privée, et demandent à ce que ce soit fait plutôt à l’hôpital le soir.
Photo: Getty Images Les radiologistes sont en désaccord avec l’idée d’assurer les échographies en clinique privée, et demandent à ce que ce soit fait plutôt à l’hôpital le soir.

Malgré l’entente qui a été convenue entre le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la question du remboursement des échographies en cabinet privé n’est toujours pas réglée. En effet, les radiologistes sont en désaccord avec l’idée d’assurer les échographies en clinique privée et demandent à ce que ce soit fait plutôt à l’hôpital le soir.

Lorsqu’il a annoncé qu’il avait une entente de principe avec les médecins spécialistes pour améliorer l’accès aux soins en novembre dernier, le ministre Barrette a fait grand cas des échographies en cabinet, qui seraient désormais remboursées par la Régie de l’assurance maladie du Québec.

« À partir de 2016, l’échographie en cabinet sera payée par la RAMQ et il sera, à ce moment-là, illégal d’exiger quelque frais que ce soit pour l’échographie en cabinet pratiquée par des radiologues », affirmait-il. Il ajoutait que l’ensemble des mesures liées à cette entente serait appliqué progressivement « parce que tout ça ne se fait pas en une journée — sauf pour l’échographie : ça, ça se fait rapidement ».

Le ministre s’est en effet réservé le droit d’aller jouer dans la masse budgétaire des médecins spécialistes pour les obliger à mettre « jusqu’à concurrence de 30 millions » pour payer ces échographies faites en cabinet privé.

Mais ce n’est pas encore chose faite. En effet, on peut lire dans les détails de l’entente, rendue publique jeudi, que « les parties […] ont entrepris des discussions sur les façons d’améliorer l’offre de services […] et elles conviennent de poursuivre leur discussion à cet égard. » Le ministre aura le dernier mot, n’en déplaise à la FMSQ et aux radiologistes, mais ceux-ci tentent toujours de convaincre le ministre de favoriser des mesures alternatives pour améliorer l’accès aux échographies.

« On veut d’abord offrir les services à l’hôpital, affirme la présidente de la Fédération des médecins spécialistes, Diane Francoeur. Il faut regarder ce qui s’est fait du côté des scans et de l’imagerie par résonance magnétique [IRM]. Ils ont ouvert les plateaux techniques le soir et on en fait des scans et des résonances le soir. Notre proposition, c’est de profiter de ces conditions pour les échographies. »

Accès pas facilité

Le directeur des affaires juridiques et négociateur en chef de la FMSQ, Me Sylvain Bellavance, estime que l’accès ne sera pas facilité par l’assurance des échographies en cabinet privé, puisque ceux-ci ne font que le quart de ce qui se fait à l’hôpital. À son avis, la proposition du ministre ne fera que transférer des patients de l’hôpital vers le privé, plutôt que d’augmenter le nombre d’échographies totales.


« Si l’objectif c’est d’améliorer l’accessibilité et de donner 100 000 échographies de plus à la population, c’est beaucoup plus facile de le faire à l’hôpital que d’assurer celles qui se font en cabinet.En raison des équipements, des disponibilités et des coûts en cabinet, même en l’assurant, on n’est pas d’avis qu’il y a ce qu’il faut pour avoir une croissance énorme de la capacité [comparativement à] la croissance qui peut être faite à l’hôpital. »

Le cabinet du ministre Barrette n’a pas voulu répondre aux demandes d’informations du Devoir, jeudi, dirigeant les questions vers un communiqué de presse.

Du bluff, estime le PQ

L’entente négociée avec la FMSQ est un véritable « bluff », selon la députée péquiste Diane Lamarre. « Devant le ridicule de ce qui est demandé aux spécialistes, on comprend que le ministre ait été gêné de dévoiler l’entente », affirme-t-elle, faisant référence notamment aux clauses échappatoires et aux incitatifs financiers révélés par Le Devoir jeudi. « Il n’y avait que quatre petites obligations pour les médecins spécialistes, mais là, on a trouvé le moyen de les diluer encore. » De son côté, François Paradis de la CAQ déplore le fait qu’il n’y ait pas de cible nationale à atteindre pour les spécialistes. « Pour régler les problèmes chroniques, l’entente contient des moyens artificiels qui donneront peu de résultats significatifs. » Amir Khadir, de Québec Solidaire, abonde dans le même sens. « Il est clair que le ministre s’arrange pour ne pas appliquer de mesures de rétorsion. Après tout, Gaétan Barrette a toujours oeuvré [dans l’]intérêt des spécialistes, pas [dans l’]intérêt du système de santé. »

Photo: Brendan McIlhargey Getty Images
2 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 5 février 2016 10 h 21

    La cupidité des riches !

    Ces derniers temps, à chaque fois qu'il est question des médecins spécialistes, toujours la question d'argent revient. C'est comme si après avoir siphonné l'État ils n'en avaient jamais assez. De primes en primes s'ajoutant à leur traitement, cela contribuent à déshonorer leurs professions.

    Partant delà, il serait intéressant sur le plan financier de faire une évaluation entre le coût actuel traitement+primes des médecins spécialistes vs médecins à salaires avec avantages sociaux et régime de retraite. Cette étude le Ministre de la santé aura-t-il le courage de la commander ? Et ce même, sans exiger une soumission.

    Et la présidente du Collège des médecins qui pour se défendre décident de blâmer les snowbirds. Il faut le faire. Porter le blâme sur l'autre, la recette est connue.

  • Benoit Thibault - Abonné 5 février 2016 21 h 59

    Et les échographies obstétricales...

    Chasse gargé des radiologistes, premettrent aux obstétriciens de réaliser ces échographies augmenterait grandement l'accès et briserait la chasse gardé des radiologistes. Le fait que le ministre est lui même radiologiste n'est peut être pas anodin à cet aspect!