L’amiante fait toujours des ravages au Canada

Des données récentes montrent une hausse constante du nombre de décès attribués au mésothéliome, une forme mortelle de cancer liée à l’exposition professionnelle à l’amiante. Et rien ne laisse présager un renversement prochain de cette tendance.

Qualifié de maladie « cruelle », le mésothéliome est un cancer agressif qui se développe le plus souvent sur la plèvre — la membrane qui enveloppe les poumons — à la suite de l’inhalation de poussière ou de fibres d’amiante. Comme les autres cancers liés à ce minerai (poumons, bronches, larynx, voies digestives), le mésothéliome peut cependant mettre de 20 à 40 ans avant de se développer. Dans près de 60 % des cas, le patient meurt au cours de l’année qui suit le diagnostic.

On a recensé des milliers de cas de maladies et de décès liés à l’exposition professionnelle à l’amiante au Canada, plus grand producteur et exportateur au monde d’amiante chrysotile au cours du XXe siècle.

Les plus récentes données de Statistique Canada révèlent qu’en 2012, on recensait 560 nouveaux cas de mésothéliome, soit deux fois plus que 20 ans auparavant. Entre 2000 et 2012, le nombre de décès a augmenté de 60 %, atteignant 467.

Le bilan est beaucoup plus lourd au Québec, où on retrouvait les plus importantes et les plus anciennes mines d’amiante au pays. En 2012, on y a recensé 180 nouveaux cas de mésothéliome, toujours deux fois plus que 20 ans auparavant et en croissance constante depuis, selon Statistique Canada. En 2011, le gouvernement du Parti québécois avait refusé d’offrir une garantie de prêt à la mine Jeffrey, à Asbestos, ce qui sonnait le glas de toute cette industrie au Québec.

Trudeau interpellé

Selon Kathleen Ruff, une militante pour les droits de la personne en Colombie-Britannique, ces chiffres ne constituent en fait que la pointe de l’iceberg, puisque des experts croient que les cas de cancer du poumon liés à une exposition à l’amiante pourraient doubler ce bilan.

Le 9 novembre, Mme Ruff et d’autres signataires internationaux ont écrit au premier ministre Justin Trudeau pour réclamer que le Canada interdise l’importation de produits contenant de l’amiante, et qu’il appuie l’inscription de l’amiante chrysotile à la liste des Nations unies sur les produits dangereux.

Paul Demers, directeur du Centre de recherche sur les cancers professionnels, en Ontario, rappelle que plusieurs produits contenant de l’amiante sont toujours importés au Canada — comme des patins de freins ou des tuyaux et des panneaux de ciment-amiante.

Sans compter que plusieurs anciens édifices sont toujours isolés à l’amiante, et que lors de leur rénovation ou leur destruction, la poussière dégagée peut devenir un dangereux contaminant, a-t-il souligné.

560
Nombre de nouveaux cas de mésothéliome recensés en 2012 au Canada, deux fois plus que 20 ans auparavant