Le Collège des médecins soupèse ses options

L'hôpital St. Mary
Photo: Jean Gagnon / CC L'hôpital St. Mary

Le Collège des médecins tente de déterminer les circonstances entourant la mort d’un patient qui n’a pu être opéré d’urgence à l’hôpital St. Mary en novembre dernier.

« Il est trop tôt pour dire si le Collège des médecins va faire une enquête ou pas parce que, en ce moment, le syndic est encore à l’étape de recueillir des informations pour savoir s’il y a apparence d’un manque quelconque de la part des médecins qui ont vu le patient », répond Leslie Labranche, porte-parole au Collège des médecins.

« Ça prend un certain délai pour analyser une telle situation et, en ce moment, il y a beaucoup d’informations [contradictoires] qui circulent, donc il faut vraiment aller chercher l’information à la source », ajoute-t-elle. Le Collège des médecins compte notamment parler à l’administration de l’hôpital pour connaître le déroulement exact des événements ayant mené à la mort du documentariste Mark Blandford, âgé de 73 ans, le 2 novembre dernier.

Comme le rapportait le journal The Gazette cette semaine, le septuagénaire s’était rendu par lui-même à l’urgence de l’hôpital St. Mary pour des douleurs abdominales. Il a été vu au triage puis retourné à la salle d’attente, où il a été retrouvé inconscient un peu plus tard. « Les manoeuvres de réanimation ont été entreprises. Un ultrason a révélé un anévrisme rupturé. La chirurgie vasculaire a été demandée et la décision de transférer la personne a été prise », confirme l’administration du Centre intégré universitaire de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal dans un communiqué de presse.

Obligation déontologique ?

Depuis le début de la semaine, l’histoire évolue et la version des uns contredit celle des autres. Le spécialiste qui aurait pu procéder à l’opération, le Dr Carl Émond, affirme que l’hôpital lui avait retiré ses privilèges de pratiquer cette opération. L’administration de l’hôpital soutient que le médecin avait toujours ses privilèges, mais qu’on a décidé de transférer ces opérations spécialisées au CUSM pour des raisons de qualité. Une lettre interne soutenait plutôt que c’était une conséquence de la réforme et des compressions budgétaires.

Mais peu importe les règles administratives, le médecin avait l’obligation d’opérer pour tenter de sauver la vie du patient, tranche l’avocat spécialisé en santé Jean-Pierre Ménard. « En contexte d’urgence, ce qui prime, c’est de porter assistance au patient. Un médecin ne peut pas invoquer le règlement de l’hôpital pour passer outre à ses obligations déontologiques. »

Au Collège des médecins, on n’est pas aussi catégorique. « Oui, le médecin doit porter secours à un patient en situation d’urgence et lui fournir les meilleurs soins possible, mais il doit le faire en tenant compte du contexte dans lequel il se trouve. Si l’hôpital n’est pas équipé pour offrir tel type de soin médical, il ne peut pas procéder. À l’impossible, nul n’est tenu », précise la porte-parole Leslie Labranche.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui n’a pas donné suite aux appels du Devoir jeudi, a déclenché son propre processus interne d’évaluation.

« Il faut absolument qu’on fasse la lumière sur ce qui s’est passé, pour la famille et pour que ça ne se répète pas, affirme le député de la CAQ François Paradis. Il semble y avoir un imbroglio autour de ce qu’on peut faire ou non en fonction des nouvelles règles [liées à la Loi 10]. On a un devoir, minimalement, de clarification, parce que la période de transition n’est pas terminée. »

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on répond qu’on va laisser l’établissement faire sa propre enquête et qu’on « avisera » si les résultats ne sont pas satisfaisants.

Il est trop tôt pour dire si le Collège des médecins va faire une enquête ou pas parce que, en ce moment, le syndic est encore à l’étape de recueillir des informations pour savoir s’il y a apparence d’un manque quelconque de la part des médecins qui ont vu le patient